Belles Lettres

  • Descartes est à la fois un auteur omniprésent dans la pensée contemporaine et une figure régulièrement critiquée et rejetée. Non seulement il passe pour le représentant de principes philosophiques fautifs - comme le dualisme des substances pensante et étendue ou bien la conception internaliste de la pensée, ce « mythe de l'intériorité » fustigé par Wittgenstein et Ryle -, mais sa philosophie est associée, par certains, aux maux qui accablent notre modernité, tels la « volonté de puissance » oeuvrant, selon Heidegger, dans la domination technique du monde ou encore le « désenchantement » scientifique consécutif au combat d'une rationalité ascétique contre le pouvoir d'émerveillement des hommes. Dans sa démesure solipsiste, la métaphysique cartésienne établirait en outre une rupture illusoire entre le sujet pensant et l'extériorité du monde (du monde social en particulier) et méconnaîtrait la dimension originellement charnelle de notre condition. Même dans sa pensée morale, d'inspiration stoïcienne, Descartes développerait la figure d'une indépendance quasiment inhumaine du sujet vertueux, sujet censé ne considérer la vie que comme une « comédie » lui permettant d'éprouver sa force intérieure.
    Ainsi, Descartes apparaît souvent comme l'auteur d'une « mythologie » à la fois erronée et dangereuse. Que la philosophie cartésienne de l'évidence et de la « lumière naturelle », éclairée par la bonté de Dieu et confiante dans les capacités naturelles des hommes, puisse désormais incarner une rationalité fantasmagorique, demande de s'interroger sur notre rapport à la raison, sur le type de savoir qu'elle ouvre et, finalement, sur la question de la transcendance de l'esprit à l'égard de ce qu'il juge.
    Le présent ouvrage a pour but de distinguer avec clarté la « mythologie » rétrospectivement construite autour de Descartes et la complexité vivante de sa pensée. Loin d'une démarche naïvement hagiographique, nous voudrions montrer que l'amour cartésien de la raison, de la science et de Dieu, en somme de l'esprit, n'aboutit pas à la philosophie « barbare et inhumaine » que certains contemporains ont dessinée, ni à une « mythologie » d'un autre âge servant de repoussoir au positivisme contemporain.

  • Quelques années après avoir présenté, dans Du monde clos à l'univers infini, les thèmes cosmologiques liés à la révolution astronomique des XVI e et XVII e siècles, Alexandre Koyré entreprend, dans le présent ouvrage, de dépeindre de façon précise et minutieuse cette révolution elle-même, « c'est-à-dire l'histoire de l'évolution et de la transformation des concepts clés à l'aide desquels l'astronomie essaie d'ordonner ou de «sauver» les phénomènes - salvare phenomena - en substituant au chaos des apparences sensibles une réalité intelligible qui la sous-tend et qui l'explique ».
    Selon les propres termes de l'auteur, « la révolution astronomique s'accomplit en trois étapes, liées, chacune, à l'oeuvre d'un homme : avec Copernic, qui arrête le soleil et lance la terre dans les cieux, l'héliocentrisme se substitue au géocentrisme. Avec Kepler, la dynamique céleste - hélas, aristotélicienne - remplace la cinématique des cercles et des sphères de Copernic et des Anciens. De ce fait, même la hantise de la circularité se trouve partiellement - dans un monde clos elle ne peut l'être entièrement - surmontée et l'«astronomie elliptique» fait son entrée triomphale dans le monde. Enfin, avec Borelli, dans un monde désormais ouvert et régi par la dynamique, s'achève l'unification de la physique céleste et de la physique terrestre qui se traduit par la déroute du cercle au profit de la droite infinie. » Un ouvrage magistral sur une période clé de l'histoire des sciences.

  • 1543 : Copernic divulgue ses nouvelles théories astronomiques et affirme que la Terre n'occupe pas une place unique et privilégiée au centre de l'univers et qu'elle se déplace dans l'espace céleste.
    Dans cet ouvrage, Thomas S. Kuhn raconte par le menu l'extraordinaire bouleversement découlant d'une telle découverte.
    En effet, bien que le mot « révolution » soit au singulier, l'événement fut multiple. Son noyau était une transformation de l'astronomie mathématique, mais cette transformation embrassait aussi des changements d'ordre conceptuel en cosmologie, en physique, en philosophie ainsi qu'en matière de religion. La révolution copernicienne offre une excellente occasion de découvrir comment, et avec quelles conséquences, les concepts de plusieurs champs différents de la connaissance se trouvent intimement mêlés dans un canevas.
    /> La grande originalité du présent ouvrage tient donc à sa volonté de découvrir la signification du caractère multiple de la révolution copernicienne, qui se traduit par une constante transgression des frontières établies entre la « science », l'« histoire » et la « philosophie ».

  • L'oeuvre de giordano bruno n'avait jamais été intégralement traduite en français, ni du reste en aucune autre langue.
    Dans la présente collection, on s'est proposé non seulement de combler cette lacune, mais d'offrir - pour la première fois - une édition réellement critique des écrits d'un philosophe souvent cité et trop peu lu. l'édition des textes italiens est désormais complète ; l'édition des principaux textes latins est en cours. le travail a été confié à une équipe internationale de spécialistes, qui ont en commun une conviction pour peu qu'on le dégage des interprétations réductrices et de quelques mythes persistants, bruno intéresse aujourd'hui tant la philosophie que la poétique, tant l'art dramatique que l'histoire des sciences.
    Cette collection est complétée par une série de documents et d'essais.

  • Les Provinciales de Pascal (1656-1657) ont diffusé une présentation hargneuse de Luis de Molina, dont la présente édition tente de donner un portrait plus juste.
    Luis de Molina est l'un des principaux acteurs de la résurgence de la scolastique dans la péninsule ibérique. Né en 1535 à Cuenca, il entre dans la Compagnie de Jésus en 1553. Il enseigne la philosophie puis la théologie à Coimbra et obtient une chaire au collège d'Evora.
    Molina fut chargé par ses supérieurs de commenter la première partie de la Somme théologique de Thomas.
    Cette édition représente la troisième partie « Des secours de la grâce » de la Concordia liberi arbitrii cum gratiae donis. La première édition de ce travail fut publiée à Lisbonne en 1588.
    Molina voulait par ce livre essayer de réconcilier, au moins par les mots, les doctrines augustiniennes de prédestination et de grâce avec les enseignements de Michel de Bay alors condamnés par l'Église catholique. En partant du principe qu'un homme est libre de commettre ou de ne pas commettre un acte, Molina avance que les circonstances rendent la grâce de Dieu ni inutile ni impossible : pas impossible, car Dieu accorde toujours sa grâce à ceux qui la demandent avec sincérité ; et pas inutile, car la grâce, bien que pas efficace, est une cause suffisante de salut. Pour Molina, la doctrine de libre arbitre n'exclut pas la prédestination. Le Dieu omniscient, par sa scientia media, ou sa capacité de connaître les évènements futurs, prévoit comment sera utilisé notre propre libre arbitre.
    Ces doctrines, bien qu'en accord avec les doctrines dominantes de l'Église catholique à l'époque, et recommandées car en opposition totale avec les enseignements de Martin Luther et Jean Calvin, causèrent de violentes controverses dans certains ordres, en particulier chez les Dominicains, obligeant le pape Clément VIII à intervenir. En premier lieu (1594), il invita simplement les deux parties au silence ; mais finalement, en 1598, il nomma la Congregatio de auxiliis divinae gratiae pour trancher sur la dispute, qui devenait une querelle entre les ordres. La congrégation se révélant incapable de trancher, ses rassemblements furent suspendus en 1607 par Paul V qui, en 1611, interdit toute nouvelle discussion sur cette question.

  • Que pouvons-nous connaître? Que savons-nous vraiment? Qu'est donc, en soi, la connaissance? Le savoir et l'ignorance: tel est le sujet de cet essai philosophique publié en 1584.Comme à son habitude, Bruno rompt totalement avec la tradition scolastique. Il compose un livre audacieux, sous forme de trois dialogues où seront tour à tour disputés les dogmes scientifiques hérités de l'Antiquité et leurs conceptions figées de l'Univers.Violemment anti-aristotélicien, Bruno démonte la pseudo-logique du positivisme et du scientisme et, surtout, du scepticisme. Pour lui, le détour par l'ignorance est nécessaire: d'où, une fois encore,la présence de l'âne "positif" (le cheval pégaséen du titre),symbole d'une approche humble de la connaissance.L'âne du sens commun n'est autre, dans ces dialogues, que le pédant (qui s'exprime en latin), imbu de son omniscience supposée. L'idée maîtresse de Bruno est la suivante: s'il existe une infinité de mondes possibles, il existe autant de moyens obliques et détournés de parvenir au savoir .Comme pour chaque volume des oeuvres complètes, nous présentons une édition critique bilingue, la seule à ce jour à se fonder sur l'intégralité des manuscrits de Bruno. Il s'agit de l'édition de réfé­rence au niveau international. Elle se poursuivra, en 1994, par la publication de L'Infini, l'Univers et les mondes, De la cause et L e Souper des cendres.

  • Traduction d'un ouvrage publié en Italie en 1993, dû à Luigi Firpo, un des meilleurs experts italiens de l'histoire intellectuelle des XVI-XVIIe siècles, voici l'édition à peu près définitive des pièces du procès d'inquisition de Giordano Bruno.On connaît les principaux épisodes de la carrière de Bruno: sortie de l'ordre dominicain (1575) fuite à Genève passage à Toulouse et Paris, où il jouit d'une certaine paix séjour en Angleterre chez l'ambassadeur de France (Michel de La Mauvissière, son principal mécène) retour en France, affrontement avec les milieux aristotéliciens de Paris départ précipité pour l'Allemagne, où il erre de ville en ville (Francfort, Wittenberg), en Bohème (Prague) retour en Allemagne (Francfort) et, enfin, le retour au pays natal, Venise et Padoue, en août 1591, après une quinzaine d'années de pérégrination au cours desquelles il a publié une vingtaine d'ouvrages latins et sept en italien, approché le roi de France, l'Empereur Rodolphe II et la Reine Elizabeth.Pour son malheur, il a été invité à Venise par un certain Mocenigo, rejeton d'une grande famille vénitienne, à la recherche de "connaissances secrètes" qui pourraient l'aider à faire bonne figure dans la société. Celui-ci prend rapidement peur devant la liberté de pensée religieuse de Bruno, qui n'hésite pas à critiquer clairement les dogmes fondamentaux du christianisme (filiation divine, virginité de Marie, création du monde, culte des saints etc.). Craignant que Bruno ne le quitte sans lui avoir révélé ses secrets, Mocenigo le dénonce à l'inquisition le 23 mai 1592. Commence alors un procès, qui s'achèvera par la mort de Bruno sur le b¸cher, à Rome, le 17 février 1600.Dans une considérable préface (150 pages), où le procès est reconstitué méthodiquement et son développement expliqué, Firpo fait justice de nombreux mythes (torture de Bruno, entretiens avec Campanella en prison, rôle néfaste de Bellarmin etc.). Viennent ensuite tous les textes permettant de reconstituer ce procès (édition critique et traduction française) et d'un petit nombre de notes (en particulier sur les nombreux personnages qui interviennent dans l'affaire)Parmi les documents les plus importants, citons les trois dénonciations successives de Mocenigo le texte même des six interrogatoires de Venise (les "constituts") les interrogatoires des témoins vénitiens (éditeurs, académiciens) les documents de l'extradition de Bruno le très important "Sommario" de mars 1598 (résumé de l'état d'avancement du procès) les décrets de condamnation (incomplet) le récit de la mort de Bruno par Schoppe, qui y a assisté, etc.

  • Ce livre contient tous les textes écrits par le médecin Nicolas Salomon pour sa Bibliothèque des philosophes [chymiques], publiée en deux volumes de 1672 à 1678. Il s'agit d'un « recueil des auteurs les plus approuvés qui ont écrit sur la pierre philosophale », traduits en français. Dans ses discours introductifs, Salomon défend la « chymie » contre ses détracteurs, et plaide pour l'authenticité des oeuvres les plus importantes à ses yeux, attribuées à Hermès Trismégiste ou Nicolas Flamel.
    Obsédé par son combat, perdu d'avance, en faveur de l'alchimie, il tenta vainement de convertir le Dauphin, fils de Louis XIV, à cet art.

  • 2 volumes vendus ensemble.

    Expulsion de la bête triomphante Londres, 1584.

    Giordano présente aujourd'hui au [lecteur] les semences choisies et bien ordonnées de sa philosophie morale, non pas pour qu'il les admire comme des nouveautés, ni ne les reconnaisse ni ne les comprenne comme telles, mais pour qu'il les examine, les considère et les juge, acceptant tout ce qu'il doit en accepter, excusant tout ce qu'il doit y excuser, défendant tout ce qu'il doit défendre contre les grimaces et le sourcil froncé des hypocrites, le nez et la dent des imbéciles, la lime et le sifflet des pédants.

    Giordano Bruno

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