• Rotroldiques est un texte sans concession, comme le sont les tentatives de création les plus accomplies.
    Bien qu'il nous fasse immédiatement penser aux Philippiques de Démosthène, ou bien encore aux Bucoliques et Géorgiques de Virgile, ce titre étrange nous fait bientôt entendre ironiquement qu'il sera là question de ce qu'il y a de relatif et même de propre à Rotrou, à cette petite commune de Nogent-le-Rotrou, ainsi qu'aux quelques personnages à surnager vainement dans ce décor parfaitement dévasté et sinistre à loisir. Un lieu désolé, désolant, comme une sorte de voyage depuis la nuit, par la nuit, et vers la nuit. Une sorte de mauvaise épopée calamiteuse et dérisoire, où chacun s'enfonce à hauteur de ses défauts, de ses faiblesses, dans l'obscurité la plus grande et la plus poisseuse. On y perd donc la vue, non pas seulement le sens de la vue dont l'oeil est l'outil par nature, mais également les vues de l'esprit, du coeur, de l'imagination, les vues de toutes les espérances, l'ensemble ne formant plus bientôt qu'un vaste trou noir où tout bascule, parfaitement avalé. Il faudrait là convoquer l'un des titres de Cioran :
    Précis de décomposition, et plus précisément ce mot : Précis, entendu comme le sommaire ou l'abrégé, le résidu même, de ce qu'il y a de principal et de plus essentiel dans une affaire, une science, un savoir, une histoire, comme dans cette histoire : Rotroldiques, conduite par l'écriture diablement clairvoyante et tranchante de Nicolas Cavaillès qui nous donne à connaître, sans détour, de manière transparente, l'un des petits récits de notre condition d'animalcules.

  • Cet court ouvrage qui tient autant de l'essai cétologique que de la fantaisie littéraire, s'attaque à l'un des mystères les plus coriaces et les plus fascinants du règne animal : les bonds prodigieux qu'effectuent parfois les grands cétacés hors de l'eau. Beaucoup d'hypothèses ont été formulées à ce sujet par les biologistes du comportement, aucune n'a convaincu. L'auteur explore une piste personnelle et théorise ce que les baleines se tordant au-dessus de l'océan doivent à l'ennui et à l'absurde ; il invite à considé­rer leur saut comme une victoire sur l'insupportable et comme une manifestation exemplaire de la plus haute des libertés.
    « Nous ignorons pourquoi les baleines et autres cétacés effectuent parfois ces sauts stupéfiants au-dessus des mers et des océans, mais les hypothèses ne manquent pas, elles se renforcent même du seul fait que la question n'a pas été tranchée. On dit qu'elles bondissent dans les airs pour déglutir, se débarrasser de leurs parasites, communiquer, séduire en vue d'un accouplement, pécher en gobant, chasser en catapultant, fuir des prédateurs sous-marins comme l'espadon ou le requin, s'étirer, s'amuser, en imposer, ou encore ponctuer un message, une attitude. Aucune de ces explications ne convainc : fâcheusement partielles ou intolérablement saugrenues, toutes ont été contestées. Comme c'est le cas face aux grandes interrogations métaphysiques, elles semblent toutes buter contre l'étroitesse du cerveau et de l'imagination qui les échafaudent. La question serait-elle insoluble ? [.] Ivresse, libération, secousse non moins absurdes, en dernier lieu, futiles, qui n'apaisent qu'un moment, qu'il faut toujours recommencer, et dont la baleine doit savoir en son for intérieur, dans ce magma d'instincts, de mémoire et d'analyse, la grande vanité. Mais en un monde qui n'est que poussière d'étoile remuée dans un trou noir, la créature, même bardée de ses instincts, gènes et neurones, même flattée par l'héritage multi-millénaire de la sélection naturelle, peut goûter un acte aussi gratuit que la totalité dans laquelle elle baigne. Ainsi la baleine sauterait-elle quia absurdum, parce que c'est absurde ? »

  • « En Schumann, la musique avait trouvé l'une de ces proies de choix qui, promptes à céder aux sirènes esthétiques, leur aliènent bientôt toute leur existence, quitte à nuire à leurs proches et à les emporter avec elles dans leur chute. Tel fut le lot des enfants Schumann ».
    Nicolas Cavaillès retrace dans cet ouvrage le destin du compositeur et de la pianiste Robert et Clara Schumann, et de leurs huit enfants, tous frappés - de près ou de loin - par l'impératif absolu de l'art. Il sonde ainsi les notions d'héritage et de transmission familiale, et offre une réflexion subtile sur l'enfance, l'individualité et l'infinie solitude de l'homme.

    1 autre édition :

  • France, dix-septième siècle. La révocation de l'Édit de Nantes pousse certains à l'exil, tel François Leguat (1638-1735), huguenot forcé de quitter ses terres à l'âge de cinquante ans. Le destin de cet homme croise dès lors des contrées opposées et éloignées : Hollande, Mascareignes, île Maurice, Indes néerlandaises, Angleterre... Tour à tour gentilhomme des plaines de Bresse, aventurier de l'océan Indien et patriarche des bas-fonds de Londres, Leguat passera de l'Éden originel à la cité de l'Apocalypse. Nicolas Cavaillès s'empare littérairement de la vie de ce personnage hors-norme, y entremêlant quête spirituelle, découverte d'un monde inexploré et violence de l'être humain.

  • Au travers de l'épopée nocturne d'un animal des moins exotiques, Nicolas Cavaillès dresse, dans Le Mort sur l'âne, un portrait atypique de l'île Maurice et en raconte l'histoire. Au rythme de la toponymie si particulière des lieux - Curepipe, Trou-d'Eau-Douce, cap Malheureux, Bois aux Amourettes, Montée-Bois-Puant... -, depuis les hauteurs de l'île jusqu'au littoral - sans plages ni touristes -, ce voyage dans l'intérieur des terres est aussi un voyage dans le temps.
    S'inspirant d'un conte du XIXe siècle, Nicolas Cavaillès invoque dans ce récit l'idée paradoxale que la civilisation, dans son effort pour rendre le monde toujours plus « vivable », fait oeuvre de destruction, de mort souvent - le comble, étant le touriste, qui détruit ce qu'il veut « visiter ». Heureusement, quelques exceptions se distinguent : le poète Baudelaire, qui séjourna à Maurice en 1841, et Kaya, figure musicale locale mort en 1999. Tout deux sont les symboles du refus d'un monde policé et du respect d'un monde « sauvage ». L'incarnation de la revanche du chaos sur le langage, cette suprême usurpation du monde - le langage n'ayant rien à nous apprendre puisque l'essentiel se trouve hors de celui-ci.

  • La correspondance échangée par la poétesse et philosophe Catherine Pozzi (1882-1934) - bien connue pour avoir été la maîtresse de Paul Valéry - avec les femmes de son temps permet d'enrichir la connaissance actuelle non seulement de l'oeuvre de Catherine Pozzi, mais aussi de son entourage et des milieux intellectuels féminins qu'elle fréquentait.
    Le corpus épistolaire présente ici la lecture détaillée de trois correspondances distinctes :
    - avec la poétesse mystique Raïssa Maritain, tout d'abord, correspondance propice à une réflexion sur la nature du sujet pozzien, à la lisière de la métaphysique ;
    - avec la psychologue Hélène Kiener, ensuite, autour d'un rêve que fit Catherine Pozzi l'année de sa mort, rêve à partir duquel nous abordons le domaine esthétique ;
    - avec Audrey Deacon, enfin, et nous retraçons alors la tragique histoire d'amour de deux jeunes filles du début du siècle, terminant ainsi cet ouvrage par une note érotique.
    S'étendant sur toute une vie, cette correspondance totalement inédite renseigne de manière unique sur les liens - intimes ou intellectuels, amicaux ou tendus, superficiels ou profonds - de Catherine Pozzi avec des femmes comme : Marie Jaëll, Augustine Bulteau, Marie de Régnier, Renée de Brimont, Colette, ou encore les soeurs Brancovan, Anna de Noailles et Hélène de Camaran-Chimay.
    La mort - la mort du sujet, l'art et la mort, la mort et l'amour - constitue notre fil conducteur, à partir de quoi nous tentons de donner à lire dans toute sa sombre splendeur la destinée de Catherine Pozzi, l'essor douloureux et le formidable enrichissement dans le temps de l'une des plus grandes solitudes du XXe siècle.

  • Comprendre Cioran : l'étude de référence sur l'auteur du Précis de Décomposition Le livre Voici l'ouvrage incontournable sur l'oeuvre de Cioran, restitué dans tous ses paradoxes, un Cioran qui, confronté au drame d'une existence absurde, trouve un sursis dans la voie esthétique et la contemplation désespérée du monde. Une oeuvre traversée par des forces contraires, vitales et funestes, enthousiastes et blasées, amoureuses et haineuses, naïves et désabusées. C'est en s'attachant à l'analyse de son maître ouvrage, Précis de Décomposition, que Nicolas Cavaillès dévoile tout le génie du grand écrivain roumain, aussi secret que Michaux, son frère en " connaissance par les gouffres ", aussi téméraire que Blanchot dans l'expérience suicidaire de l'écriture. Par traduire cette lutte avec lui-même, sorte de pugilat métaphysique et stylistique, Cioran a recours au registre de la vocifération, du juron, de l'épitaphe, du syllogisme. Lucidité destructrice, soliloque d'un homme qui se libère de tout ce qui pèse sur son âme, mélange d'envol lyrique et de cynisme : le drame cioranien se joue sur la scène fugace et transcendantale, à la fois métaphysique et physique, mentale et corporelle, qu'est l'écriture.

  • Ve de monsieur Leguat

    Nicolas Cavaillès

    • Sixtrid
    • 23 Février 2017

    France, XVIIe siècle. La révocation de l'Édit de Nantes pousse certains à l'exil, tel François Leguat (1638-1735), huguenot forcé de quitter ses terres à l'âge de cinquante ans. Le destin de cet homme croise dès lors des contrées opposées et éloignées : Hollande, Rodrigues, île Maurice, Indes néerlandaises, Angleterre...
    Tour à tour gentilhomme des plaines de Bresse, aventurier de l'océan Indien et patriarche des bas-fonds de Londres, Leguat vogue au cours de sa longue existence de l'Éden originel à la cité de l'Apocalypse. Né en 1981, Nicolas Cavaillès dans ce premier roman, s'empare littérairement de la vie de ce personnage hors-norme, y entremêlant quête spirituelle, découverte d'un monde inexploré et violence de l'histoire.

    Vie de monsieur Leguat a obtenue le Prix Goncourt de la nouvelle en 2014.

  • Concilier dans la mesure du possible Orient et Occident, faire goûter au lecteur français la véhémence de ses imprécations balkaniques (pour le corrompre oe) - tel a pu être le projet secret de Cioran , tel est le drame de l'écriture cioranienne, dont une analyse des brouillons construit un récit aventureux. Drame d'un poète, et non d'un philosophe : le présent ouvrage aura voulu le laisser entendre, comme il aura voulu faire apprécier le mot de Francis Ponge selon lequel, plus que dans les livres, «la poésie se trouve dans les brouillons acharnés de ceux qui espèrent... qui militent pour une nouvelle étreinte de la réalité».

  • Gogo tombe à l'eau. Qui reste ? Golo, qui seul, sur le bateau cherche Gogo.
    Quand un cachalot surgit des flots. Une poésie aussi drôle qu'absurde, une fantaisie littéraire pour les petits que Nicolas Cavaillès, en amateur de cétacés (cf.Pourquoi le saut des baleines aux éditions du Sonneur), s'est amusé à composer. Marjorie Béal a su, avec humour, donner forme et couleur à ce récit. Soyez attentifs, ne perdez pas de vue les personnages au risque de ne plus savoir qui est qui. Ecrit comme une spirale, les aventures de Gogo et Gogo sont à lire sans fin.

  • Valéry est-il un «mystique bloqué»? Que signifie l' «admiration-haine» revendiquée par Cioran? Peut-on voir dans l'oeuvre de Cioran l'aboutissement de celle de Valéry? Cet essai est suivi d'un choix de textes rares ou inédits des deux auteurs.

    1 autre édition :

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