• Le vieux Thovma Khatisian n'est plus très séduisant. « Tu es affreux, Thovma Khatisian. Aucune femme ne s'éprendrait de toi, à part ta mère. Tes yeux sont chassieux et rivés au sol. De ta bouche entrouverte s'écoule de la salive puante. » Le pauvre bougre est sur le point d'expirer. Et il se souvient dans une dernière pensée de sa vie tumultueuse. Né en 1915, durant le génocide arménien, il porte dans sa chair la mémoire d'un peuple décimé...

    Le Conte de la dernière pensée témoigne une nouvelle fois du génie d'Edgar Hilsenrath. L'auteur, survivant de la Shoah, y rend un hommage extraordinaire aux victimes du génocide arménien de 1915. Le livre mêle avec virtuosité le tragique et la farce ; il rejoint ainsi par sa puissance les autres romans, désormais cultes, de l'auteur : Nuit, Le Nazi et le Barbier et Fuck America. Seul des textes d'Egar Hilsenrath à ne pas être d'essence autobiographique, il s'inspire de recherches sur le génocide de 1915 et la culture arménienne tout en révélant un imaginaire hors norme.

  • Satires

    Edgar Hilsenrath

    « Tout est fini. La vie d'un Allemand ne vaut plus la peine d'être vécue. Les Ricains vont débarquer. Puis les travailleurs immigrés. Mais attends, ma chère Gerda. Il y aura d'abord la faim, et la dénazification. Puis la réforme monétaire. Après, ça ira peut-être mieux. Mais sans moi, Gerda. Je ne veux plus. Oui, on remontera la pente. Et il y aura de nouveau des Forêt noire aux cerises et des gâteaux aux fraises. Les Allemands seront de plus en plus gras et ne voudront plus travailler. Alors les travailleurs immigrés viendront faire les travaux pénibles. Et tu seras seule, Gerda. Et tu vieilliras. Et tu seras de plus en plus grosse à force de manger du gâteau aux fraises. Du gâteau aux fraises avec de la chantilly ».

    Dans un ensemble de dialogues absurdes et souvent grotesques, Edgar Hilsenrath livre son regard sur une Allemagne qu'il redécouvre après un long exil. Nazis croupissants et veuves de guerre, travailleurs immigrés et jeune génération en quête d'identité : un survivant de la Shoah dit le dérisoire de la réalité, d'un passé irrésolu qui hante ses personnages, et c'est tout le génie de l'écrivain qui surgit à nouveau.

    L'illustration de couverture a été réalisée par Henning Wagenbreth.

  • Arrache´ a` l'insouciance et l'espièglerie de l'enfance par la terreur nazie, le jeune Ruben Jablonski se retrouve a` la sortie de la Seconde Guerre mondiale dans une situation de´sespére´e. Libéré´ d'un ghetto, séparé´ de sa famille et a` la recherche d'un nouveau destin, il s'engage dans un périple épique qui le conduit de la Roumanie aux États-Unis, en passant par l'Ukraine, la Turquie, la Palestine et la France...
    Les réminiscences enfantines, l'humanité´ qui survit a` l'horreur et l'amour de la littérature pour unique boussole confèrent aux Aventures de Ruben Jablonski une force et un humour rares. Edgar Hilsenrath a écrit ce roman en 1997, bien après les autres livres qui lui avaient déjà` apporte´ une renommée internationale. Et il en a fait la bouleversante synthèse des quinze années qui ont vu sa vie basculer.

  • 1933. Max, le fils bâtard de la pute Minna Schulz, s'enrôle dans les SS à l'arrivée d'Hitler au pouvoir. Affecté dans un camp d'extermination où disparaissent son meilleur ami (juif) et toute sa famille, il endosse après la guerre l'identité de son ami assassiné. Max, devenu Itzig Finkelstein, épouse la cause juive et traverse l'Europe pour rejoindre la Palestine, où il devient barbier et sioniste fanatique.

    Trente ans avant Les Bienveillantes de Jonathan Little, Le Nazi et le Barbier raconte l'Holocauste du point de vue du bourreau. L'humour (noir) en plus.

    Écrit durant l'exil d'Hilsenrath à New-York, le livre fut d'abord un best-seller aux Etats-Unis avant d'être publié en Allemagne, avec un succès polémique. Désormais considéré comme un classique, ce titre montre un autre aspect, tout aussi iconoclaste, du génie littéraire de l'auteur de Fuck America.

    Traduit par Jörg Stickan & Sacha Zilberfarb.

  • Fuck America

    Edgar Hilsenrath

    Bandini, le héros de John Fante, a trouvé son héritier. C'est un branleur. Mais un branleur de génie !

    1952. Dans une cafétéria juive à l'angle de Broadway et de la 86e rue, Jakob Bronsky, tout juste débarqué aux États-Unis, écrit un roman sur son expérience du ghetto pendant la guerre : Le Branleur ! Au milieu des clodos, des prostituées, des maquereaux et d'autres paumés, il survit comme il peut, accumulant les jobs miteux, fantasmant sous sa couette sur le cul de la secrétaire de son futur éditeur M. Doublecrum...

    L'Amérique, ce « paradis », est une jungle où la valeur d'un homme se juge à son portefeuille et où tout est marchandise : l'homme, la femme, le sexe, et aussi la littérature. Récit drôle et cruel, évoquant Roth ou Bukowski, Fuck America est en grande partie autobiographique : le livre s'inspire des conditions de vie de l'auteur à son arrivée aux États-Unis dans les années cinquante, alors qu'il travaillait comme serveur dans un delicatessen juif de New York.

  • Nuit

    Edgar Hilsenrath

    Resté occulté en Allemagne près de 20 ans, Nuit est aujourd'hui considéré comme le chef-d'oeuvre d'Edgar Hilsenrath. C'est la nuit permanente sur le ghetto de Prokov. Au fil des jours, dans un décor apocalyptique, Ranek lutte pour sa survie. Les personnages sont réduits à des ombres... comme s'ils n'avaient plus ni âme ni corps. Pourtant, dans ce brouillard permanent, surnagent des éléments de vie : la faim, le froid, les scènes d'amour hâtives, de pendaisons (ratées) ou d'accouchement au milieu du ghetto montrent que l'humanité demeure.
    Hilsenrath s'est inspiré pour Nuit de sa propre histoire, et du ghetto ukrainien où il a passé quatre ans entre 1941 et 1945. C'est d'ailleurs la genèse de ce livre, qu'il a réécrit vingt fois entre 1947 et 1958, qui est racontée dans Fuck America. En Allemagne, Nuit, publié en 1964, a été saboté par son propre éditeur, qui craignait les réactions à cette approche, très crue, de la Shoah : le livre, épuisé en un mois, n'a jamais été réimprimé. Aujourd'hui, Nuit s'est vendu à plus de 500 000 exemplaires dans le monde.

  • Nouvelles

    Edgar Hilsenrath

    Ce recueil de nouvelles réunit des textes écrits par Edgar Hilsenrath sur une trentaine d'années. C'est un ensemble insolite, qui va de la farce au récit tragique, du témoignage au conte, en passant par le manifeste politique et la critique littéraire. Entre réminiscences et imaginaire, Edgar Hilsenrath raconte la Bucovine de son enfance, évoque l'écriture et la publication de ses trois romans les plus connus, invente une correspondance délirante entre un général et le coiffeur juif Itzig Finkelstein (alias le meurtrier de masse Max Schulz) - personnage principal de Le Nazi et le Barbier -, livre un éloge d'un de ses deux modèles - Erich Maria Remarque -, dénonce le néonazisme et fait une déclaration d'amour à la langue allemande.

    On retrouve dans ces nouvelles d'Edgar Hilsenrath sa verve, son humour et son cynisme caractéristiques, mais on y découvre aussi un auteur plus sérieux, parfois amer, toujours engagé. Absurdes, drôles, acerbes, nostalgiques, souvent satiriques, les textes de ce recueil sont touchants de sincérité.
    « Où ai-je ma place ? Au fond, nulle part. Mon pays est dans ma tête. Tant qu'elle reste claire, tout va bien. » (Edgar Hilsenrath)

  • Guerre froide, 1970. La fille du patron de la mafia new yorkaise, Anna Maria Pepperoni, connaît son premier orgasme lors d'un voyage de presse à Moscou. Le responsable ? Sergueï Mandelbaum, fils de rabbin et dissident juif fauché doté d'une étonnante propension à susciter des orgasmes. La mafia met tout en oeuvre pour le faire venir aux États-Unis afin d'épouser Anna Maria, mais le passeur qu'elle a recruté est un dangereux dépeceur sexuel. Les obstacles, et pas seulement diplomatiques, s'accumulent...

    Après le succès américain du Nazi et le Barbier, le cinéaste Otto Preminger commande un synopsis à Hilsenrath, qui écrit en six jours Orgasme à Moscou. Dans cette réécriture déjantée d'OSS 117, l'auteur de Fuck America abandonne toute limite et se livre à une mémorable surenchère burlesque. Truffé de références à la situation politique de l'époque, le livre, dénué de (presque) tout sérieux, est un divertissement électrique sur fond de guerre froide. À côté de toute une mafia de pacotille, le livre met aussi en scène Brejnev, Nixon, Moshe Dayan et le président du conseil italien, obsédé sexuel (déjà !)

  • Terminus Berlin

    Edgar Hilsenrath

    Écrivain de la Shoah et de l'exil, Edgar Hilsenrath livre avec Terminus Berlin son roman le plus poignant, celui du retour désenchanté en Allemagne. Son héros retrouve, comme lui, le pays natal près de trente ans après avoir quitté l'Europe et ses fantômes. Le temps est venu de faire le bilan d'une vie tourmentée.

    Fidèle à son humour, Hilsenrath raconte avec un sens aigu de la dérision le destin de son alter ego littéraire. Lesche, traumatisé par son expérience du ghetto, peine à trouver sa place dans un Berlin marqué par le consumérisme et la chute du Mur. Les rencontres improbables et la résurgence glauque du fascisme forment la trame de ce roman publié en Allemagne en 2006.

    Lapidaire et ironique, ce texte émeut par la figure de clown triste que l'auteur y révèle. Après l'avoir écrit, Edgar Hilsenrath décida que son oeuvre était close. Il n'a plus rien publié depuis.

    « Quand on écrit quelque chose pour se débarrasser l'âme, on en est définitivement libéré. L'écriture est une libération pour moi. » (Edgar Hilsenrath)

  • La guerre. Un froid glacial s'est abattu sur le village de Pohodna. Les habitants juifs de ce shtetl ont reçu l'ordre de rejoindre le wagon qui les attend à la gare. À l'intérieur, oubliant l'obscurité et la crainte, le rabbin confie à l'esprit du vent : « Les goys sont stupides. En ce moment ils pillent nos maisons. Et ils creusent le sol de nos jardins. Et ils croient que nous avons laissé là-bas tout ce que nous possédions. Et ils rient dans leur barbe. Mais ils ne savent pas que nous avons emporté le meilleur. » « Et c'est quoi, le meilleur ? » demande le vent. Et le rabbin de répondre : « Notre histoire. Elle, nous l'avons emportée avec nous. » Pour ceux qui admirent les romans d'Edgar Hilsenrath, Le Retour au pays de Jossel Wasserman apparaîtra comme un nouveau chef-d'oeuvre. L'auteur y réincarne avec force l'univers des shtetls, ces petites communautés juives éparpillées dans l'est de l'Europe avant que la deuxième guerre mondiale et la Shoah ne les réduisent à néant. Texte tardif dans l'oeuvre d'Hilsenrath, il est peut-être le plus émouvant de tous par sa douceur et son humble drôlerie, son désir de faire revivre un monde qui a bercé l'enfance et l'imaginaire d'un auteur désormais culte. Cette nouvelle édition, dans une traduction revue par Chantal Philippe, paraît à l'occasion des 90 ans d'Edgar Hilsenrath.

  • En août 1939, à Zurich, un riche fabricant de pain azyme fait son testament. Outre sa fortune, Jossel Wassermann lègue l'histoire de sa famille et de son village natal, Pohodna, un pauvre schtetl de Bucovine, aux confins orientaux de l'ex-Empire austro-hongrois.
    À travers les paroles de Jossel, c'est le petit monde juif d'Europe centrale qui reprend vie, avec ses personnages pittoresques - porteurs d'eau, marieuse, traîne-savates, sans oublier le rabbin portant papillotes et caftan noir. Sur près d'un siècle, les histoires s'enchaînent, truculentes, subversives... si vivantes qu'elles paraissent devoir ne jamais finir. Pas même à l'heure de l'Holocauste, où le rabbin les confiera in extremis à la garde du vent, sur le toit du wagon qui emporte toute la population de Pohodna vers la mort.
    Avec cette évocation d'une culture anéantie, l'auteur du Conte de la pensée dernière nous rappelle le pouvoir du verbe, plus fort que la mort, plus fort que l'oubli.

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