Littérature générale

  • Six lettres à l'imperatrice Marie de Russie sur l'avenir de l'âme Nouv.

    Lavater ? Le Johann Caspar Lavater, le fameux auteur de La Physiognomonie, ou l'art de connaître les hommes d'après les traits de leur physionomie ? Exactement, lui-même, en personne. Mais sans doute ici s'agit-il plus du croyant, de l'homme de foi que de l'auteur de la science physiognomonique ; cet homme de foi qui put effrayer son ami Goethe, quand celui-ci finit par ne plus voir en Lavater qu'irrationalisme et adhésion aveugle à la superstition.
    Mais comment le savant qui se voulait connaître l'intérieur des êtres par leur extériorité, ne pouvait -il pas délibérément poursuivre sa quête ? Aussi les aventures de son exploration l'auront-elles conduit à vouloir atteindre le mystère de l'âme elle-même. Pour preuve (exceptionnelle) ces six lettres si singulières, adressées à l'impératrice Marie de Russie, dans lesquelles se trouve exposé tout un (sérieux) programme, comme il n'en existe sûrement que fort peu : comprendre les rapports qu'entretiennent les mondes spirituel et matériel, ce qu'il en est des âmes après la mort, ou même encore le moyen par lequel une âme peut adresser des lettres à un être aimé laissé sur terre.

  • Récit subtilement fragmenté, Lalali se compose d'une série de petits tableaux évoquant l'atmosphère des fins des mondes, des univers en ruine, tels qu'on les imagine aux temps d'avant l'histoire comme à ceux qui succèdent aux apocalypses. Il n'est ici plus question de savoir où ni quand. Et seuls demeurent ce silence pénétrant comme la pluie froide, ce vide à la mesure d'un gouffre et cette lenteur qui colle aux gestes et aux mouvements qui se refont et se refont à la manière de longs rituels.

  • Elle fut la confidente d'Honoré de Balzac. L'amitié rare qui les unit jusqu'à la mort de ce dernier fut d'une fidélité sans faille. Elle reçut l'écrivain chez elle, durant de longs séjours, à Angoulême et Issoudin, où furent écrits notamment La Grenadière et La Rabouilleuse. Elle est encore la dédicataire de La maison Nucingen. Mais dans cette ombre de Balzac, on oublie très souvent que Zulma Carraud (1796-1889) fut elle-même une écrivaine. Trop simplement cataloguée dans la rubrique : Littérature jeunesse, elle est pourtant l'auteure d'une oeuvre qui mérite la lumière. S'il en fallait encore une preuve, que l'on découvre ici ce récit vif et drôle et plein d'esprit, avec sa belle allure de conte, les aventures rocambolesques d'une goutte d'eau et de ses métamorphoses.

  • Il s'agit d'une enquête captivante, palpitante, qui n'a rien à envier aux plus grands récits de piraterie dont le plus célèbre demeure L'île au trésor de Stevenson. Une enquête qui nous mène d'énigmes en énigmes, de révélations en révélations, vers l'auteur d'un fameux cryptogramme : Olivier Levasseur, dit la Buse. Un cryptogramme lancé vers la foule par son auteur le jour de sa pendaison et qui permettrait, à qui saurait le déchiffrer, de localiser un trésor fabuleux. L'auteur de cette enquête époustouflante, Charles de la Roncière, (1870-1941) a signé nombre d'ouvrages consacrés aux affaires maritimes et il est encore aujourd'hui reconnu pour sa célèbre Histoire de la marine française des origines à 1715.Seul un savant de son espèce pouvait nous conter et nous faire vivre au plus près les existences et les aventures de ces fameux pirates qui sévirent au cours du xviiie siècle dans l'Océan Indien.

  • Sans doute aurait-on bien des di!cultés à mesurer précisément combien l'oeuvre de Proust en son entier est imprégnée de références plus ou moins explicites à la peinture. On peut même avancer qu'À la recherche du temps perdu, cette cathédrale de prose, est une architecture dont l'une des principales clefs de voûte est constituée d'une immense métaphore filée dont le thème est très précisément l'art pictural. Pour s'en convaincre, il suffirait déjà d'en consulter l'index pour bientôt balancer entre Poussin, Giotto, Velasquez et Carrache, Leonard de Vinci, Botticelli, Rubens, Renoir et Giorgione, pour ne citer que ces seuls noms parmi la longue cohorte des autres qui s'y déploie. On y découvrirait aussi, bien sûr, les quatres noms qui nous retiennent ici : Monet, Moreau, Rembrandt, Watteau.
    Ces quatre noms renvoient à quatre textes de Marcel Proust qui font partie d'un large ensemble destiné à la presse ou aux revues, et sur lesquels, souvent, les spécialistes peinent à déterminer précisément une date quant à leurs rédactions. Il s'agit toutefois de quatre petits joyaux peu connus du public, que certains décriraient comme des sortes d'articles, quand d'autres leur préfèreraient sûrement le titre d'essais ou de fragments. Quoi qu'il en soit, chaque lecteur y trouvera, dans ce style si caractéristique de l'écriture de Marcel Proust, toute l'esthétique et toute la sensibilité de leur auteur, qui sont ici comme des invitations précieuses et rares à nous faire pénétrer dans l'univers ou le monde propre de chacun de ces quatre artistes.

  • Quand il meurt en 1792, à l'âge de 72 ans, guillotiné du fait de ses prises de position contre la Révolution française, Jacques Cazotte a traversé le siècle dit des Lumières. Mais voilà bien un parcours singulier. Employé dans l'administration de la marine, Cazotte, pour remplir ses fonctions, se verra naviguer à plusieurs reprises jusqu'en Martinique. Puis, de retour de ces périples périlleux, malade et presque aveugle, il prendra sa retraite dès 1759 et trouvera refuge près d'Épernay, en Champagne.
    Cet étrange personnage (que Gérard de Nerval a rangé parmi ses Illuminés), conseiller du roi, maire du petit village de Pierry, adepte des thèses exaltées des Martinistes, nous est encore connu du fait d'une oeuvre littéraire, dont n'émerge plus à présent qu'un seul titre : Le diable amoureux, ouvrage d'exception, admiré par Jorge Luis Borges, et qui fait de Cazotte, à juste titre, l'un des précurseurs de la littérature fantastique française. Cette oeuvre ne se réduit pas toutefois à ce seul titre, loin s'en faut.
    Abondante et variée, elle comprend au moins des oeuvres badines et morales, un roman d'aventures :
    L'Ollivier ; un recueil de contes à la manière d'une Continuation des Mille et une nuits ; et des contes parodiques comme La Patte du chat, conte zinzinois, et surtout ces Mille et une fadaises, humoristiquement publiées, en 1742, à Baillons, chez l'Endormi, à l'image du Ronfleur, comme l'indique la première édition. Pour le plaisir et l'émerveillement du lecteur, ces Mille et une fadaises ont l'art de se présenter comme un récit mené tambour battant, où se rencontrent, en compagnie de Fées plus ou moins fréquentables, des situations invraisemblables, au point d'y pouvoir même croiser, entre autres, un habitant de la lune tombé sur terre et des meubles vivants, doués de parole. Manière d'atteindre là, très certainement et de manière unique, les cimes de l'imagination la plus ébouriffante.

  • L'affaire relève d'une longue tradition dans le temps et l'espace puisque les spécialistes n'ont pas manqué de relever que le thème du coeur mangé a traversé les siècles et se retrouve jusqu'en Inde et en Sibérie. Grosso modo, on y retrouve toujours le même scénario :
    Un triangle, mari, femme, et l'amant de celle-ci ; tromperie, secret, soupçons, puis découverte du pot aux roses, enfin vengeance de la part du mari qui fait en sorte que le coeur de l'amant (et parfois même son sexe) soit mangé par la femme adultère. Étrange phénomène qui renverse l'aventure courtoise en une mésaventure de premier plan. D'ailleurs, et le selon le principe d'un même renversement, contrairement aux récits de l'aventure courtoise qui se déroule dans des lieux fabuleux, les récits rassemblés dans ce volume ont pour cadre une réalité quotidienne et bien plus prosaïque. Quoi qu'il en soit, comme en miroir, qu'il puisse s'agir d'une aventure ou d'une mésaventure, l'amour toujours frappe le coeur, le mord, l'arrache, le coupe, le croque et le dévore, métaphoriquement ou non. Voici donc quatre histoires de coeurs mangés, écrits entre le xiie et le xviie siècles, et même si les amants s'y font chaque fois dévorer ce qu'ils ont de plus cher, leur coeur, et parfois plus encore, ces récits étonnants n'en demeurent pas moins subtilement savoureux.

  • Juif berlinois, Carl Einstein (1885-1940) peut être aujourd'hui considéré comme un témoin exceptionnel des avant-gardes du xxe siècle. Ennemi de tout compromis, inventeur au sens plein du terme, qu'il s'agisse de littérature (en atteste Bebuquin) ou d'esthétique (en attestent notamment ses essais concernant l'art africain), Carl Einstein a eu l'insigne mérite de contribuer au renouvellement radical des modes de représentations et de créations, qu'il s'agisse de littérature ou d'histoire de l'art, créateur d'un style qui procède par fulgurances et par bonds, au point de pouvoir dérouter encore aujourd'hui quiconque s'intéresse à son oeuvre. C'est pourquoi Bebuquin, oeuvre de jeunesse de Carl Einstein, déroutante et parfaitement même indéfinissable, demeure une sorte d'objet littéraire non identifié.
    Réparti en dix-neuf chapitres, ironiquement qualifié de roman, Bebuquin, écrit entre 1906 et 1909, a le don de renverser les lois de l'écriture, comme les cubistes en leur temps avaient défié les lois de la peinture. Bebuquin, est-il besoin de le préciser, est un texte qui ne s'embarrasse d'aucune convention :
    Aucun narrateur, aucune intrigue, aucune histoire. Ici, nulle psychologie, nul déroulement linéaire d'un récit, personnages à peu près inidentifiables. OEuvre inclassable et décontertante, où se côtoient sans discontinuer la parodie, l'humour et le grotesque, pour aboutir à l'ébranlement continuel de la tradition littéraire, Bebuquin demeure encore aujourd'hui, et sûrement pour longtemps, un moyen de mettre à bas toute convention, en s'accomplissant dans une dynamique de création libre qui permet à l'art d'écrire d'acquérir une autonomie des plus affolantes. Aussi, par sa radicalité, sa modernité et sa liberté sans pareilles, cette oeuvre de Carl Einstein ne pouvait pas manquer de trouver place parmi cette collection des Cahiers de curiosités, en ce qu'elle représente, non seulement un jalon de l'histoire littéraire, mais encore, également, à n'en pas douter, une énigme qui demeure impérativement incontournable pour toute littérature à venir.

  • Rotroldiques est un texte sans concession, comme le sont les tentatives de création les plus accomplies.
    Bien qu'il nous fasse immédiatement penser aux Philippiques de Démosthène, ou bien encore aux Bucoliques et Géorgiques de Virgile, ce titre étrange nous fait bientôt entendre ironiquement qu'il sera là question de ce qu'il y a de relatif et même de propre à Rotrou, à cette petite commune de Nogent-le-Rotrou, ainsi qu'aux quelques personnages à surnager vainement dans ce décor parfaitement dévasté et sinistre à loisir. Un lieu désolé, désolant, comme une sorte de voyage depuis la nuit, par la nuit, et vers la nuit. Une sorte de mauvaise épopée calamiteuse et dérisoire, où chacun s'enfonce à hauteur de ses défauts, de ses faiblesses, dans l'obscurité la plus grande et la plus poisseuse. On y perd donc la vue, non pas seulement le sens de la vue dont l'oeil est l'outil par nature, mais également les vues de l'esprit, du coeur, de l'imagination, les vues de toutes les espérances, l'ensemble ne formant plus bientôt qu'un vaste trou noir où tout bascule, parfaitement avalé. Il faudrait là convoquer l'un des titres de Cioran :
    Précis de décomposition, et plus précisément ce mot : Précis, entendu comme le sommaire ou l'abrégé, le résidu même, de ce qu'il y a de principal et de plus essentiel dans une affaire, une science, un savoir, une histoire, comme dans cette histoire : Rotroldiques, conduite par l'écriture diablement clairvoyante et tranchante de Nicolas Cavaillès qui nous donne à connaître, sans détour, de manière transparente, l'un des petits récits de notre condition d'animalcules.

  • L'image est celle d'un homme fragile, discret. En somme, nul besoin de se répandre, de causer fort. Il faut bien moins, très peu, se contenter du recueillement et de l'humilité.
    L'oeuvre et la vie d'Edmond-Henri Crisinel (1897-1948) en sont sûrement des manières exemplaires.
    Ici, c'est vrai, nul ne trouvera trace de pose ou d'artifice. L'essentiel n'étant pas ailleurs, mais justement ici : dans le mystère de cette existence et son incarnation. L'image est donc celle d'un homme simple, un homme de foi inébranlable, au quotidien des plus banals, remplissant comme elles doivent l'être les tâches qui lui incombent. Ainsi, à la manière d'un employé modèle, Crisinel, durant près de trente ans, remplira-t-il au mieux sa fonction de journaliste à la Revue de Lausanne. Mais cette image est également celle d'un être en proie aux affres de la dépression la plus profonde, qui le conduiront à vivre à trois reprises l'expérience de séjours en milieu psychiatrique. L'image pourrait donc apparaître comme celle d'un homme coupé, divisé, profondément torturé par cette sorte de scission entre un mode du dehors et un autre du dedans. Cependant, l'oeuvre ce Crisinel, sa rigueur, son obsessionnelle densité, doivent certainement beaucoup à ce rapport. N'écrivait-il pas lui-même, dans l'une de ses dernières lettres, en 1948, peu avant son suicide : Je crois pouvoir dire que ma vie est belle, mais tout au long avec ses aspects terrifiants.
    Mais, fondamentalement, tous ces aspects qui peuvent sembler antagonistes, voire incompatibles, ne constituent-ils pas finalement un être en son entier, cet être entièrement, à même de se forger à la fois une voie et une voix poétiques comme une ligne parfaitement épurée ? Il est aussi permis de voir ici quelque chose comme le mouvement d'un être qui ne permettrait jamais d'opposer d'une manière ou d'une autre cette vie nocturne et tourmentée de l'âme et cette présence au quotidien du monde. À cet égard, peut-être, le témoignage d'un autre poète comme Philippe Jaccottet ne peut manquer de nous éclairer :
    Je crois justement que c'est parce qu'il [Crisinel] marchait presque toujours dans l'ombre avec l'incertitude de sa route, parce qu'il ne vivait pas de la même vie que les autres, parce qu'il était blessé dans son âme, qu'il poursuivit avec tant de tremblante obstination une lumière plus pure que nous ne pouvons l'imaginer. L'esprit de la faute pesait sur lui ;
    Mais c'est la menace des Juges intimes, la présence quasi perpétuelle et difficilement tolérable de ces hautes faces noires dans sa pensée qui le rendaient, par contrecoup, si sensible aux plus fines nuances de la terre et à ce qui est trop fragile pour ne pas être essentiel.

  • Le Grand Siècle fut, dit-on, friand de ces cabinets de curiosités dans lesquels se trouvaient collectés pêle-mêle des objets exotiques, pittoresques et bizarres. Les cahiers de curiosités, collection littéraire des éditions Marguerite Waknine, se proposent de retrouver pareil esprit, en rassemblant des textes anciens, modernes et contemporains, présentant un tel caractère unique, insolite et rare. Autrement dit, s'écarter de l'actuel, des formats de l'actualité, de l'aplanissement des voix, de l'ablation du singulier, pour renouer, admirablement et délicieusement, avec le bon et beau désordre de la richesse du monde, avec la belle et bonne diversité des corps et des esprits.

  • Le Grand Siècle fut, dit-on, friand de ces cabinets de curiosités dans lesquels se trouvaient collectés pêle-mêle des objets exotiques, pittoresques et bizarres. Les cahiers de curiosités, collection littéraire des éditions Marguerite Waknine, se proposent de retrouver pareil esprit, en rassemblant des textes anciens, modernes et contemporains, présentant un tel caractère unique, insolite et rare. Autrement dit, s'écarter de l'actuel, des formats de l'actualité, de l'aplanissement des voix, de l'ablation du singulier, pour renouer, admirablement et délicieusement, avec le bon et beau désordre de la richesse du monde, avec la belle et bonne diversité des corps et des esprits.

  • Le Grand Siècle fut, dit-on, friand de ces cabinets de curiosités dans lesquels se trouvaient collectés pêle-mêle des objets exotiques, pittoresques et bizarres. Les cahiers de curiosités, collection littéraire des éditions Marguerite Waknine, se proposent de retrouver pareil esprit, en rassemblant des textes anciens, modernes et contemporains, présentant un tel caractère unique, insolite et rare. Autrement dit, s'écarter de l'actuel, des formats de l'actualité, de l'aplanissement des voix, de l'ablation du singulier, pour renouer, admirablement et délicieusement, avec le bon et beau désordre de la richesse du monde, avec la belle et bonne diversité des corps et des esprits.

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