Littérature générale

  • Les tondues

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    Les Tondues raconte cette part d'histoire méconnue qui a vu tondre publiquement pas moins de 20 000 femmes au sortir de la Seconde Guerre mondiale. Il évoque de quelle(s) manière(s) et pour quelles raisons, le souvenir de cet acte expiatoire a été étouffé au sein des familles et occulté dans la société française.
    Le récit, alerte et sensible, est porté par cinq personnages. Il révèle peu à peu les secrets enfouis et questionne une pratique punitive d'humiliation révélatrice des droits que s'octroie le politique sur le corps des femmes. Le texte de la pièce, plein de gravité et de fantaisie, de sororité et d'émotion, est porteur tout à la fois d'une certaine rage et d'une grande résilience. Il fait écho à notre mémoire collective.
    La forme de théâtre déambulatoire, choisie par Périne Faivre et sa compagnie pour mettre en scène Les Tondues, raconte cette histoire là où elle s'est déroulée, dans l'espace public. La scénographie et la dramaturgie d'un genre propre au théâtre de rue sont décryptées en fin d'ouvrage par Stéphanie Ruffier, critique de théâtre. L'historien Fabrice Virgili signe la préface et complète la publication par un éclairage qui donnera au lecteur les clefs d'un fait longtemps refoulé dans l'histoire de France.

  • Marie-Do Fréval signe ici le deuxième et le troisième volet du triptyque ouvert par Tentative(S) de Résistance(S) créé en 2015 et publié en 2017.

    Tentative(S) d'Utopie Vitale.
    Après avoir interrogé nos résistance(s), elle s'attaque à l'utopie. Sa langue fulgurante est mise au service des figures de Rosa la Rouge, inspirée de Rosa Luxemburg, qui sort de sa tombe, la Vieille des Tentative(S) de Résistance(S) qui revient et s'adresse au Président de la République, le bébé Triso-Miné qui, dans un cri, questionne la normalité et Utopia qui du fond de son désarroi construit l'utopie en serrant une pâte dans le creux de sa main. C'est une écriture qui cherche la force et la vulnérabilité de l'utopie, sa naissance au coeur de l'être humain. Marie-Do Fréval campe encore ici une figure non genrée qui désexualise ici le monde des idées.

    Paillarde(S).
    Paillarde(S) aborde de façon non consensuelle la virilité en trois actes. Tout commence par la prise de parole inattendue d'un vigile devant une salle de spectacle qui dénonce la virilité sécuritaire. «Vigilance, vigilance ! Méfiez-vous de l'histoire de France ...» Il dévoile ses pensées et va jusqu'à rejouer sa propre histoire sur la scène d'un théâtre vide, ou plutôt envahi par un totem gonflable. Dans la salle où le public le suit, le vigile change de peau et de genre pour réveiller le théâtre, mais sans y parvenir. Il décide alors d'entraîner le public à se transformer lui-aussi. Dans une ambiance de carnaval paillard tout le monde ressort et se réapproprie la rue en chantant et dansant. Cet acte musical, paillard et subversif n'est autre que le voyage d'une femme gode à la main qui se bat contre les tabous et fait résonner la paillardise sur la place publique.

  • Dans les discours, les représentations et les imaginaires collectifs, la marionnette peut tour à tour être une image emblématique des rapports de domination et de manipulation ; être considérée comme une créature essentiellement frondeuse et irrévérencieuse ; ou encore, être ravalée au rang de divertissement parfaitement innoff ensif et tout juste bon pour les enfants. Avec pour objectif de mettre ces diff érents clichés à l'épreuve des faits, de démêler la part des mythes et des réalités, et surtout, de mettre au jour les raisons historiques, sociales et politiques qui les sous-tendent et leur donnent corps, le volume Marionnettes et pouvoir. Censures, propagandes, résistances, s'attache, de la fi n du XIX e siècle à aujourd'hui, à la diversité des rapports de pouvoir dans lesquels marionnettes et marionnettistes se trouvent pris, auxquels ils prennent part, qu'ils infl uencent ou qu'ils génèrent.
    Rassemblant une quinzaine d'études tour à tour conduites par des chercheurs académiques, des historiens de la marionnette et des artistes-chercheurs qui interrogent les arts de la marionnette en Europe, au Moyen-Orient, en Asie et aux Etats-Unis, cet ouvrage s'organise en quatre sections : « Appareils d'État » ;
    « Profession » ; « Dramaturgies » ; « Espaces alternatifs ».
    D'une étude à l'autre, le lecteur sera amené à traverser des contextes et des espaces très divers (marionnettes en temps de guerre, marionnette dans les usines ou dans la rue, marionnette sur Internet), et il retrouvera des repères de la grande Histoire qui lui sont familiers (de Franco à Suharto en passant par la révolution culturelle chinoise, de la marche pour le climat à la Syrie de Bachar el-Assad), mais dont le prisme de la marionnette lui fera découvrir un envers tantôt glaçant, tantôt dynamisant par sa créativité.
    Au fi l de l'ouvrage et des diff érents focus qui l'architecturent, c'est in fi ne une histoire culturelle des arts de la marionnette qui se dessine (le statut de cet art et de ses praticiens, les représentations qu'on leur attache et les diverses fonctions qu'ils peuvent endosser, les multiples lieux dans lesquels ils se donnent à voir et à entendre, les réseaux professionnels et sociaux dans lesquels ils s'inscrivent, les juridictions dont ils relèvent), à la faveur d'un travail approfondi et historicisé sur les répertoires, les techniques, les esthétiques et les pratiques.

  • Kossyam

    Collectif

    Kossyam est une fable contemporaine inspirée par le soulèvement populaire burkinabè d'octobre 2014 qui a conduit au départ de Blaise Compaoré, président depuis 27 ans.
    Grâce à la connaissance profonde qu'il a de son pays, et en transformant le récit des faits à l'aide des outils du forgeron et du raconteur accompli, KPG a su aborder les liens subtils et compliqués entre les différentes sources de pouvoir. Mariant les codes des contes les plus anciens, les observations finement acérées du citoyen engagé et les intuitions de l'artiste de la parole, KPG propose un texte aiguisé et tranchant.
    Le spectacle a été créé en 2017 dans deux versions, l'une contée et l'autre dansée. Kossyam voyage et se joue dans tous les espaces publics et tous les théâtres possibles. L'universalité de son propos fait qu'il s'adresse, bien au-delà du Burkina Faso, au monde entier.

  • René Allio a, durant toute sa vie d'adulte, tenu des carnets qui lui servaient à faire le point sur son travail de peintre, de créateur de costumes et de décors de théâtre, de scénographe, de scénariste, de cinéaste. Dans des pages remarquablement écrites, il fixe, pour lui- même au début, ses espoirs, difficultés et bonheurs rencontrés dans le processus créatif, son expérience sensible et critique des oeuvres d'autres artistes, sa lecture d'évènements sociaux et politiques qui le questionnent et le marquent, mais aussi - quoiqu'un peu plus rarement - les moments forts de sa vie privée.
    Ce journal offre aussi un panorama passionnant des courants de pensée, des écoles et théories qui naissent et disparaissent en ces années de contestation, des cinéastes, acteurs et metteurs en scène connus et moins connus, en un mot un tableau de tout ce qui a vu le jour au cinéma, au théâtre et dans les musées, à Paris mais aussi dans d'autres pays, durant ces décennies si fécondes, si mouvementées que furent les années soixante à qautre-vingt-dix.
    Allio se révèle effectivement, dans ces carnets qui n'étaient pas au départ destinés à la publication, un remarquable essayiste, en outre philosophe, historien, esthète et théoricien. On y découvre ses impressions, ses réflexions, aussi bien sur ses lectures que sur les évènements politiques contemporains, sur l'histoire et le passé, sur les personnalités auxquelles il fut confronté, sur ses espoirs, ses projets, ses réussites, ses échecs.
    Sous la direction de Gérard-Denis Farcy, le volume I, édité à l'automne 2013 par les éditions L'Entretemps, couvre la période 1958-1975. Pour ce second volume, l'historienne Myriam Tsikounas prend le relais et rédige l'appareil critique, assistée d'Annette Guillaumin qui assure - comme pour le premier volume - la transcription.

  • Depuis la fin du XX e siècle, les arts de la scène ont multiplié les expériences de partage que ce soit par la participation, l'immersion, l'interaction, ou des spectacles aux messages troubles qui se dérobent à une narration linéaire et close, à la figuration et à l'identité. Induisant des mouvements de sens en commun, quoique non communs, ces spectacles contemporains rejoignent à maints égards l'aspiration du philosophe Jean-Luc Nancy à promouvoir « l'être-ensemble ». Ce concept-clé de Nancy renvoie à la nécessité de repenser le commun. Cherchant à éviter des pensées déterminatrices de la communauté, il conçoit l'être-ensemble comme une dynamique sans achèvement, un mouvement de sens qui se nourrit de tous les échanges. Ce mouvement est d'abord partage, et lieu de la question.
    Quand les scènes présentent des dispositifs ouverts, elles ne cherchent pas à transmettre un sens de façon autoritaire ni même simplement à « activer » le public. Elles deviennent ainsi le lieu d'une mise en jeu de soi, de questions, de gestes. Elles performent un être-ensemble. La nature de ces échanges varie néanmoins d'un spectacle à l'autre : elle n'est plus simplement sémiologique, performative ou participative, mais complexe. Les études rassemblées dans cet ouvrage tentent de sonder les vecteurs de sens, les terrains du partage sensible, les rapports intersubjectifs. Elles analysent la dimension réflexive et autoréflexive de ces relations qui stimule le partage... autant qu'elle l'empêche d'aboutir.

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