D'en Bas

  • Derrière les grilles du zoo humain, le sauvage sert à enseigner la civilisation.
    Derrière les murs de la Salpêtrière, les folles servent à enseigner la raison.
    Dans les chambres aux miroirs multiples, les filles servent à enseigner l'ordre.

    Paris, seconde moitié du XIXe siècle, la ville de tous les excès où se déploient les scandales de l'art, les prouesses de la science, les grands travaux d'urbanisme, les brutales politiques hygiénistes.

    Paris, 1856, naissance de Jeanne L'Étang. Enfermée de maison en maison, des combles de la maison mère aux pavillons de la Salpêtrière jusqu'aux salons des maisons closes, Jeanne L'Étang apprendra à vivre et à s'orienter entre ces mondes d'exils.

    L'auteure s'est immergée dans les archives de l'Assistance Publique, de la Bibliothèque universitaire Pierre et Marie Curie et de la Bibliothèque historique de la ville de Paris, pour y rencontrer Charcot, Freud, Degas, les clients des bordels et les folles de la Salpêtrière, les bourgeois et les mendiants, la ville et ses ombres, jusqu'à construire autour de son héroïne la langue la plus précise et la plus puissante possible.

  • La légende du merle Nouv.

    La légende du merle est un roman diariste, intimiste, porté par le chant d´un merle du pre-mier printemps de février au coeur de l´été, à la moitié d´août où l´oiseau s´est tu. Dans la félicité du paysan retraité, aujourd´hui confiné, l´écrivain prend des notes, les réécrit quinze fois, évoque tour à tour avec mélancolie l´absence de ses petits-enfants, puis avec sensualité les femmes de sa vie. Les carnets de l´écrivain-paysan se lisent d´une traite comme un long poème qui vient interroger son processus d´écriture : « (.) il y avait les prés si appréciés, si vivants, si percutants, comment les ramener sur la page blanche, étaler les surfaces, la mue des surfaces en images satellites, je commence les foins ici (...) » Au fil de cette « rétrospective anarchique » il ne se trouve pas plus malin, mais ça le rend heureux, il est rempli de paysages locaux, on le dit écrivain régional, « le merle n´est pas un oiseau migrateur, il a ses limites ».

  • La castration

    Andreas Becker

    • D'en bas
    • 8 Septembre 2020

    Il y avait, à mes pieds, dans les sympathiques brumes des bas-fonds, une ville en dehors, une ville en mouvement, la belle ville grise de Paris.

    Une rumeur terrible se répand. Un castrateur serait en train de sévir en démembrant, de sa bouche, des vieux hommes. L'horreur est alors palpable. Qui est cet homme qui se retranche dans une chambre d'hôtel, pas loin de la gare du Nord ? Et pourquoi chasset-il sans cesse ?

    La Castration est une folle épopée, nous menant du Nord de l'Allemagne et de sa culture protestante à la Capitale de la France qui est bien plus qu'un décor : un personnage à part entière. Rarement on a vu ainsi décrite la ville de Paris, ses rues, la gare et son buffet, la Seine. Toute une galerie de personnages mystérieux se regroupe autour du castrateur, mais lui n'a qu'une idée en tête : réaliser le crime ultime et éliminer la dernière de ses victimes.

  • Lentement, une femme s'eace devant le monde. Autour d'elle, les silences, les absences, une clarté presque insoutenable, les paysages vides du Nord de l'Allemagne. Elle s'allonge sur un canapé, chez elle, dans son salon ; seuls l'alcool et les médicaments la font encore bouger. Le médecin est formel, la mort approche par cirrhose du foie.
    Andréas Becker accompagne la malade d'une langue ciselée et tendre, d'une langue qui cherche constamment à dire ce qui est encore exprimable quand la vie s'en va, mais quand l'amour se tisse. Malgré la tristesse de la mort se crée ainsi une espérance dans ce qui restera et que Becker nomme alors ça. Ça, c'est Ulla.

  • L'ombre de Bloom

    Reto Hänny

    Après bien des années, Reto Hänny revient sur la scène littéraire. Son nouveau livre Blooms Schatten est construit à partir du livre culte de Joyce, Ulysse. Ce roman accompagne Hänny depuis son adolescence. Avec virtuosité, l'auteur le transforme en une texture rythmique, tout en y intégrant d'autres sources issues de son expérience littéraire. Hänny interprète le «courant de conscience» à sa manière: il met Leopold Bloom au centre; le concert des voix que Joyce fait résonner se concentre dans la tête du personnage. Il en résulte un Ulysse en accéléré, et en même temps une prose tout à fait originale..

  • Silences d'exils est un projet entrelaçant le langage des mots et celui des images, conduit par Marina Skalova, écrivain et Nadège Abadie, photographe.
    Le projet est né d'une réflexion sur la dépossession de la langue, qui caractérise les trajectoires migratoires. La notion de Sprachlosigkeit en allemand, qui désigne à la fois une perte et un mutisme, est à l'origine de ce projet. L'expérience de cassure, de brisure de la langue, propre à la situation des migrants, est au coeur de la démarche de Silence d'exils.
    Depuis 2016, les deux artistes ont proposé des ateliers bilingues d'écriture et de photographie auprès de demandeurs d'asile dans le cadre d'une résidence de trois semaines à C-FAL Genève, puis à Bienne et à Neuchâtel. Les ateliers se sont ensuite poursuivis au cours de l'année 2017. Les textes, images et sons créés à partir des ateliers, par les deux artistes et les participants, ont donné lieu à la création d'une exposition interdisciplinaire, présentée pour la première fois à C-FAL à Genève en automne 2016. L'exposition a ensuite été accueillie au théâtre POCHE/GVE à Genève en automne 2017, puis par la Fondation Bibliomedia à Lausanne au printemps 2018, dans le cadre du Printemps de la poésie.

  • La payîsanna

    Noemi Lerch

    La payîsanna est un petit roman cyclique composé d'un prologue et de cinq parties, de l'automne à l'automne. Le texte est parsemé de mots de dialecte qui font écho au titre et sont expliqués dans un glossaire.
    La narratrice, qui ne sait trop que faire de sa vie après une séparation douloureuse, décide de travailler dans une ferme des Grisons. Elle vit dans la villa en ruine de ses grands-parents, hantée par le fantôme de sa grand-mère récemment décédée et avec qui elle converse souvent. Son ex-compagnon a pris le large, mais il revient lui aussi constamment dans les souvenirs de la jeune femme qui s'adresse à lui comme s'il était présent. Plusieurs voix s'entrelacent de sorte à dérouter le lecteur qui ne sait plus s'il est parmi les vivants ou les morts. Le personnage de la paysanne, entre silences qui en disent long et vérités laconiques, se situe, selon l'auteure, « entre le monde des animaux et celui des hommes.
    Entre le monde de la parole et celui du silence. Entre le monde des vivants et celui des morts. Elle est une sorte de charnière, c'est pourquoi elle est la figure centrale du livre ». Si la grand-mère de la narratrice ne trouve pas de repos dans la mort et Johnny Cash surgit d'une cassette pour fumer des cigarettes réconfortantes, les animaux, les nuages galopants, les tasses de la cuisine, le clocher du village et même le tracteur ont une âme et semblent parler : tous les éléments terrestres ont une signification particulière pour Noëmi Lerch qui s'inspire du réalisme magique de la littérature sud-américaine du XXe siècle : « Elle écoute les pulsations des choses, des êtres, même des machines et des pierres. » La prose poétique de Noëmi Lerch est empreinte de mélancolie, des frontières floues entre début et fin, entre naissance et mort, comme le montrent les réponses simples et justes de la vieille paysanne aux questionnements de la vie.

  • «Le sauveur» est un recueil de 17 nouvelles, dont les narrateurs racontent des expériences qui les ont profondément marqués, parfois même menés au bord de la catastrophe. A chaque histoire correspond un narrateur différent, dont les caractéristiques peuvent grandement varier : le narrateur de La Gaff est un homme en plein deuil, participant à la cérémonie funéraire de son meilleur ami sur un bateau, cérémonie qui va être perturbée par sa maladresse, puisqu´il lâche la gaffe permettant de diriger le bateau. Quant à la jeune fille qui raconte les événements dans Les Coccinelles, son histoire d´amour sera brisée par une invasion d´insectes. L´enseignant de La semaine hors cadre, lui, ne comprendra pas que la police vienne l´arrêter dans son propre collège après qu´il a organisé une simulation de fusillade. Les événements rapportés sont généralement assez spéciaux, comme dans ces trois exemples.

  • Gueules

    Andreas Becker

    Gueules est un récit composé de textes et composé de photos d'origine (faites en 1916 à l'hôpital de Dresde et miraculeusement préservées).
    L'une des gueules, Charles de Blanchemarie, présente ses « colocataires » d'un hôpital où ces grands blessés sont soignés par une infirmière qui prend les soins très à corps. Naissent alors, au-delà de la solidarité de blessés, amitié, amour et tendresse dans un endroit où l'on ne s'attend qu'à abrutissement.
    Puisqu'avec des gueules abîmées il n'est plus possible de s'exprimer dans un français « correct », on fait comme on peut, avec des mots inventés, abrégés ou rallongés selon les facultés physiques de chacun.
    Mais l'incapacité de prononciation traduit aussi la perte de la dignité qu'ont vécue ces blessés de la face, que ce soit des mutilés de la guerre ou des accidentés d'aujourd'hui.
    Elles font peur ces gueules, alors que dans Gueules, ces êtres qu'on a érigés en héros pour les éloigner le plus loin possible de la réalité (pour d'évidentes raisons de propagande en préparation de guerres futures) se montrent telles qu'elles sont, aimables parfois, espiègles, joueurs...
    Tout simplement humaines.

  • L'effrayable

    Andreas Becker

    • D'en bas
    • 27 Novembre 2018

    Un être double, mi petite-fille mi vieil homme, dévide l'écheveau d'une terrible généalogie qui remonte à l'horreur nazie, puis soviétique, dans le vaste champ de ruines que laisse le « grand Reich » déchu. Dire cette accumulation de traumatismes nécessite une nouvelle langue, définitivement irradiée de l'exposition à trop de chocs. Rarement roman n'aura ainsi restitué ce pan de destin allemand.

  • Hannes

    Oscar Peer

    Hannes Monstein révèle à la police urbaine qu'il a trouvé deux morts chez lui: Franziska, sa femme, et Paolo, son demi-frère. Il poursuit sa vie ordinaire sur le fil du rasoir, jusqu'au jour où il s'écroule à la vue de la robe de soirée rouge de Franziska qui pend sur une corde à linge. Les souvenirs affluent. Cultivé, sensible, Hannes serait bien volontiers devenu pianiste, mais découragé il seconde son père au magasin. À son grand étonnement Franziska lui propose de l'épouser même si, portée à la vitesse et au défi, eIle est tout le contraire de lui. Peu de temps après le voyage de noces, l'éloignement entre les époux commence, et Hannes doit souffrir la présence envahissante de son demi-frère Paolo. La vie tranquille et discrète de Hannes bascule dans le labyrinthe des passions troubles.

  • Même si il est originaire de Langenthal dans le canton de Bern, Daniele Pantano a trouvé un accueil en anglais en réaction à sa langue maternelle, l'allemand. Il a reçu sa formation littéraire aux États-Unis.

    Ce premier recueil traduit en français étonne par une gamme de formes variées, que Pantano maîtrise parfaitement. Avec une joie sinistre dans le chaos créatif, il voit des mondes dans lesquels la déchéance, la confusion et la mort se cachent. Il les capture par couches, éclats et reflets et les transforme en lignes d'une beauté morbide.

  • Sans repos

    Michèle Minelli

    1859, Cassovie/Košice. Le jeune perruquier d'art Frantisek Schön, employé à la cour de la comtesse Csöke, s'entiche de la jeune aristocrate Alzbeta qu'il épouse malgré le scandale que cet amour interdit suscite au sein de la bonne société. 1855, Trieste/Fiume. Costanza Modigliani, surnommée la «femme-girafe» à cause de sa stature démesurée, est mariée par intérêt à Lazarro Israël, juif de son état, ayant fait fortune dans le commerce de la tannerie. Détail d'importance: Lazarro tient davantage du nain que du géant. Une alliance incongrue. 1859, Bergame. Serafino, 9 ans, l'aîné de cinq enfants, voit les jours heureux et les rêves de l'enfance prendre fin subitement lorsque son père meurt d'un accident de travail. Il devient dès lors l'homme de la famille et se sent investi d'une mission... Ainsi démarrent les trois lignées d'une même famille qui sillonnera l'Europe entière avant de trouver enfin où se poser en Suisse. Les uns sont coiffeurs de père en fils, les autres commerçants, violonistes virtuoses, maquilleurs ou peintres. Au cours de ces destinées qui se calent sur la grande Histoire, la Suisse apparaît comme une terre d'accueil, de travail et de refuge au gré des guerres, des persécutions, des pogroms. L'amour aussi fait voyager. Dans cette galerie de personnages tous plus truculents les uns que les autres, on trouve des hommes et des femmes anticonformistes, en avance sur leur temps, qui se sont faits à force d'autorité. Mais aussi des femmes spoliées, violentées et soumises - que ce soit Mauritzia, enfant placée et abusée partageant le destin de nombreux «Verdingkinder», ou Cheina Malka, une juive russe condamnée à fuir son pays et qui perdra la trace de sa famille. Aude Senigaglia, ornithologue née à Zurich dans les années 1960, tombe par hasard sur l'histoire de sa famille lors d'un voyage d'étude en Hongrie. Elle applique toute la rigueur scientifique que lui a appris son métier pour se lancer sur les traces de ses ancêtres, voulant comprendre ce qui les a poussés à devenir des «oiseaux migrateurs».

  • Droit de révolte

    Jacques Fasel

    Qui est Jacques Fasel ? « Pas un meurtrier, mais un brigand et un voleur.
    15 ans de prison ! » a dit la justice que cet homme conteste. « Dangereux anarchiste » « Robin des Bolz », « voleur au bon coeur », « ennemi public N° 1 », « roi de l'évasion » a dit la Presse que cet homme déroute. « Cuisinier doué et objecteur de conscience, poète, théoricien libertaire » disent ses amis. En ouvrant ce livre vous embarquez sur les contradictions.
    Le voyage avec celui que ses compagnons d'aventure appelent « Kamikaze » ne vous décevra pas. Même derrière les barreaux, Jacques Fasel reste un homme libre. Un homme. « Que tous les hommes valent et qui vaut tous les hommes » comme disait Sartre.
    « Vingt huit ans dans le museau des survivants de ma génération depuis la parution de ce plaidoyer pour la révolte, qui ponctuait en quelque sorte le coup d'arrêt de la cavalcade d'une petite bande d'indiens sur le chemin de la guerre, mais qui se voulait témoignage d'une histoire individuelle et collective et manuel romanesque d'incitation à la révolte.
    Entre la fin des trente glorieuses paternalistes et les premières morsures de ce qui sera nommé néolibéralisme, entre la décolonisation politique des pays producteurs et la colonisation des esprits et comportements dans les métropoles, une génération tantôt réformiste tantôt révolutionnaire tapa sur la table, tenta de briser le cours naturel du capitalisme. Nous en fûmes de modestes participants ou saboteurs selon les opinions. » (Extrait de la préface de l'auteur)

  • Le sous-titre en allemand « Album de famille ¸ (« Familienalbum ¸) dit bien ce qu'est ce livre rédigé en dialecte bernois : des textes brefs, spirituels, typiques du monde du « Spoken-word ¸ forment un ensemble ouvert et très suggestif. À travers des discours fougueux, les membres de la famille parlent de Dieu et du monde, recherchent la chaleur du « unger üs ¸ (« Entre nous ¸, titre du livre en dialecte bernois). Se rapproche- t-on malgré les barrières de l'âge et de la politique, ou cherchet- on seulement à se détourner des abîmes ? L'auteur ne répond pas et permet à ses personnages d'être à la fois touchants et imprévisibles.
    Le narrateur évoque des histoires anciennes comme on feuillette un album de photos, en tissant à partir de quatre-vingts images isolées tout un réseau d'anecdotes, de légendes et de on-dit au sein de la famille.
    Il a été bien à l'écoute du grand-père et de feu l'oncle Sämi. La privation de liberté subie pour objection de conscience traverse aussi le récit, mais elle débouchera, juste récompense, sur la rencontre du narrateur avec l'aimable Isabelle. Dans son récit dialectal, Guy Krneta se meut avec aisance dans tout l'éventail des tonalités, sérieuses et comiques, familières et politiques.

    Traduction de Daniel Rothenbühler et Nathalie Kehrli.

  • Les protagonistes de ce roman sont cinq jeunes femmes - certaines d'entre elles très jeunes - vivant à des époques différentes, sur la durée d'un siècle. Mais la flèche du temps file à l'envers, le roman recule de 2012 aux années de la Grande Guerre. Les cinq protagonistes n'ont pas de liens de parenté, et pourtant elles s'inscrivent dans une généalogie ;
    Elles sont unies par le fil rouge de la transmission, parce que chacune passe à une autre quelque chose d'important : de la force, du désespoir, ou les deux à la fois. Et dans leur inconscient à toutes revient une même image, créée par une artiste folle : une femme au port de reine, scintillante de bijoux, aux épaules puissantes et aux seins généreux - mais à la place des yeux elle a deux amandes bleues, pour ne pas voir la douleur du monde.
    Les cinq histoires se déroulent dans différents pays - Italie, Écosse, Suisse romande, France. Dans chacune des histoires, aux côtés de la protagoniste, apparaît une autre femme, plus âgée, qui sera la protagoniste de l'histoire suivante, c'est-à-dire celle qui vient après dans la lecture, mais qui la précède dans l'ordre du temps.

  • Les invécus

    Andreas Becker

    • D'en bas
    • 27 Novembre 2018

    Au début de l'histoire, à la naissance du personnage, il y a ce choc. Un jeune conducteur perd le contrôle de son véhicule et tue un retraité.
    Comment survivre, comment se survivre à soi-même ? Le narrateur renaît dans un temps circulaire où rien ne semble vouloir se concrétiser.
    Les ingrédients habituels d'un récit - personnages, lieux, événements - prennent la forme de lambeaux flottant dans un vide inquiétant. Avec ce roman, Becker questionne les limites de l'identité, la fragilité humaine et notre rapport au monde qui nous entoure.

  • Nébuleuses

    Andreas Becker

    • D'en bas
    • 27 Novembre 2018

    Dans ce livre, Andréas Becker examine sans fausse concession et dans le moindre détail la difficulté d'entrer dans le réel de la vie. Enfermée dans une mystérieuse I!nsti!stuti!on, dont la typographie souligne le caractère carcéral avec ses barres comme des points d'exclamation ou des cris au secours, une femme située hors du temps dissèque tour à tour son quintet familial oppressant et destructeur : sa mère, son père, son fils, son copain, et finalement cet amour qui ne se concrétise jamais.

  • Nuit américaine

    Pierre Lepori

    • D'en bas
    • 25 Septembre 2018

    Pour son quatrième roman (auto-traduit) - écrit en italien et adapté par ses soins -, Pierre Lepori puise dans son expérience d'homme de radio depuis deux décennies : il y brosse le portrait d'Alexandre, journaliste en crise qui anime une émission nocturne. Nuit américaine est une sorte de ligne du coeur dans laquelle se croisent les voix d'êtres drôles, désespérés, absurdes ou pleins d'espoir. La dérive de l'animateur dans une ville étrangère alterne avec ces confessions, donnant au roman une allure polyphonique et une ambition humaniste : « il faut créer tout le temps sa vie... pour se trouver, il faut s'inventer, comme une tâche à reprendre continuellement. Au fond, votre émission ce n'est que ça : des vies qui se racontent. On s'en fout si c'est vrai ou si tout le monde ment, parce que la réalité est plate et morne. Mais si nous nous racontons bien, ça nous sauve ». Dans son voyage au bout de la nuit, Alexandre retrouvera aussi les visages et les voix qui le hantent et acceptera sa propre fragilité et fluidité ; des thèmes qui traversent l'oeuvre de l'auteur depuis ses premiers textes poétiques.

  • Sortir de l'ombre

    Anna Ruchat

    Profondément inscrite dans mon histoire, il y a - au début - la mort du père. (...) Toute mon enfance est emplie de cette énorme présence de la mort et de son tabou. Il m'a fallu un long travail pour arriver à trouver un soupirail dans lequel me faufiler, pour regarder mon histoire en face. » Dans l'entretien accordé à Feuxcroisés en 2006, Anna Ruchat expliquait les raisons de ses débuts littéraires tardifs, après une longue activité de traductrice d'auteurs marqués par le deuil et la Shoah, tels Victor Klemperer ou Paul Celan. Si les nouvelles de Dans cette vie (In questa vita) tournaient déjà autour du thème de la perte et de l'absence, c'est dans ce nouveau livre, Sortir de l'ombre, (Volo in ombra) que Anna Ruchat ose plonger dans le trou noir autobiographique (antimatière de toute son oeuvre et peut-être de la littérature en soi), par une quête douloureuse.
    Le livre présente la même histoire sous trois angles différents : dans une première partie, nous suivons l'enfance de Sofia (double narratif de l'auteure), petite fille qui n'a même pas droit à la douleur (« cette douleur est un larcin et Sofia ne veut pas l'éprouver ») ; dans la troisième, Ruchat assume le « je » autobiographique, en relatant l'enquête qui lui a permis de retrouver les détails de la mort du père. Entre ces deux chapitres, le père défunt prend la parole, en racontant les derniers instants tragiques et dilatés de sa vie interrompue en plein vol.

  • Édith Cannac, psychanalyste, dans Caïn ou le détournement du sens, écrit : « Ce qui pour nous est devenu mythique est le fruit d'une parole détournée, travestie, selon nos besoins affectifs ou éthiques. Les commentaires concernant le premier crime de l'humanité procèdent d'une véritable surdité tant intellectuelle qu'affective, comme s'il avait été nécessaire d'évacuer le sens des premières transgressions : l'interdit, la limite, le meurtre, pour les soumettre àl'impératif de la vengeance, de la privation, de l'agressivité. » Dans La même nuit, le même meurtre, Jacques Roman, dédiant son récit à son frère disparu, redonne au mythe sa chair, le portant sur la scène de parole, l'éclairant afin de nous en rendre toute l'actualitétragique.

  • Par l'entremise de Frédéric-César de La Harpe, la Vaudoise Jeanne Huc-Mazelet est engagée en 1790 comme gouvernante de la grande-duchesse Maria Pavlovna, petite-fille de Catherine II. Elle exerce cette fonction jusqu'au mariage de sa pupille avec le duc de Saxe-Weimar, en 1804. Au cours de ces années, Jeanne écrit un journal à son frère et de nombreuses lettres à ses parents.
    L'intérêt des lettres et du journal de Jeanne Huc-Mazelet tient à l'expérience peu banale faite par cette jeune femme, qui quitte les rives du Léman pour se retrouver à la Cour de Russie dans une profession qui ne s'acquiert que par la pratique. Elle relate son expérience dans une langue agréable à lire, avec en filigrane une tension permanente entre émancipation et assujettissement.

    Edition dirigée par Danièle Tosato-Rigo (professeure, UNIL, section histoire), Geneviève Heller et Denise Francillon (membres d'Ethno-Doc), est entreprise en collaboration avec Valentina Smekalina (Université d'Etat Lomonossov, Moscou), Sylvie Moret Petrini (chargée de cours UniL, section d'histoire), Amandine Eimann et Albertine Grisoni (auteures de mémoires de Master en histoire UNIL, sur ce sujet).

  • «Face à la peur du chaos qui le tient, l'humain à besoin d'espérer. Certains ont foi en l'au-delà, d'autres en des lendemains qui chantent. Or les utopies sont précisément des récits qui projettent dans l'avenir, des mondes meilleurs basés sur de nouvelles mises en ordre de la société. Alors que les utopies sociales telles que le Contrat social de Jean-Jacques Rousseau ou le Manifeste communiste de Karl Marx ne convainquent plus guère, l'espoir dans les technologies nouvelles semble seul offrir aujourd'hui des perspectives fiables. Sous l'égide de ces technologies, les sociétés semblent pouvoir se restructurer dans l'intérêt du plus grand nombre et accéder à de nouvelles formes de démocratie. Il paraît même que l'on pourra confier à ces technologies le soin d'une gestion plus rationnelle des ressources de la planète, de telle sorte à éviter les catastrophes écologiques annoncées.» (Libero Zuppiroli).
    Libero Zuppiroli nous convie ainsi à un examen critique des utopies technologiques.

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