Essai littéraire

  • Marie-Do Fréval signe ici le deuxième et le troisième volet du triptyque ouvert par Tentative(S) de Résistance(S) créé en 2015 et publié en 2017.

    Tentative(S) d'Utopie Vitale.
    Après avoir interrogé nos résistance(s), elle s'attaque à l'utopie. Sa langue fulgurante est mise au service des figures de Rosa la Rouge, inspirée de Rosa Luxemburg, qui sort de sa tombe, la Vieille des Tentative(S) de Résistance(S) qui revient et s'adresse au Président de la République, le bébé Triso-Miné qui, dans un cri, questionne la normalité et Utopia qui du fond de son désarroi construit l'utopie en serrant une pâte dans le creux de sa main. C'est une écriture qui cherche la force et la vulnérabilité de l'utopie, sa naissance au coeur de l'être humain. Marie-Do Fréval campe encore ici une figure non genrée qui désexualise ici le monde des idées.

    Paillarde(S).
    Paillarde(S) aborde de façon non consensuelle la virilité en trois actes. Tout commence par la prise de parole inattendue d'un vigile devant une salle de spectacle qui dénonce la virilité sécuritaire. «Vigilance, vigilance ! Méfiez-vous de l'histoire de France ...» Il dévoile ses pensées et va jusqu'à rejouer sa propre histoire sur la scène d'un théâtre vide, ou plutôt envahi par un totem gonflable. Dans la salle où le public le suit, le vigile change de peau et de genre pour réveiller le théâtre, mais sans y parvenir. Il décide alors d'entraîner le public à se transformer lui-aussi. Dans une ambiance de carnaval paillard tout le monde ressort et se réapproprie la rue en chantant et dansant. Cet acte musical, paillard et subversif n'est autre que le voyage d'une femme gode à la main qui se bat contre les tabous et fait résonner la paillardise sur la place publique.

  • Dans les discours, les représentations et les imaginaires collectifs, la marionnette peut tour à tour être une image emblématique des rapports de domination et de manipulation ; être considérée comme une créature essentiellement frondeuse et irrévérencieuse ; ou encore, être ravalée au rang de divertissement parfaitement innoff ensif et tout juste bon pour les enfants. Avec pour objectif de mettre ces diff érents clichés à l'épreuve des faits, de démêler la part des mythes et des réalités, et surtout, de mettre au jour les raisons historiques, sociales et politiques qui les sous-tendent et leur donnent corps, le volume Marionnettes et pouvoir. Censures, propagandes, résistances, s'attache, de la fi n du XIX e siècle à aujourd'hui, à la diversité des rapports de pouvoir dans lesquels marionnettes et marionnettistes se trouvent pris, auxquels ils prennent part, qu'ils infl uencent ou qu'ils génèrent.
    Rassemblant une quinzaine d'études tour à tour conduites par des chercheurs académiques, des historiens de la marionnette et des artistes-chercheurs qui interrogent les arts de la marionnette en Europe, au Moyen-Orient, en Asie et aux Etats-Unis, cet ouvrage s'organise en quatre sections : « Appareils d'État » ;
    « Profession » ; « Dramaturgies » ; « Espaces alternatifs ».
    D'une étude à l'autre, le lecteur sera amené à traverser des contextes et des espaces très divers (marionnettes en temps de guerre, marionnette dans les usines ou dans la rue, marionnette sur Internet), et il retrouvera des repères de la grande Histoire qui lui sont familiers (de Franco à Suharto en passant par la révolution culturelle chinoise, de la marche pour le climat à la Syrie de Bachar el-Assad), mais dont le prisme de la marionnette lui fera découvrir un envers tantôt glaçant, tantôt dynamisant par sa créativité.
    Au fi l de l'ouvrage et des diff érents focus qui l'architecturent, c'est in fi ne une histoire culturelle des arts de la marionnette qui se dessine (le statut de cet art et de ses praticiens, les représentations qu'on leur attache et les diverses fonctions qu'ils peuvent endosser, les multiples lieux dans lesquels ils se donnent à voir et à entendre, les réseaux professionnels et sociaux dans lesquels ils s'inscrivent, les juridictions dont ils relèvent), à la faveur d'un travail approfondi et historicisé sur les répertoires, les techniques, les esthétiques et les pratiques.

  • Depuis la fin du XX e siècle, les arts de la scène ont multiplié les expériences de partage que ce soit par la participation, l'immersion, l'interaction, ou des spectacles aux messages troubles qui se dérobent à une narration linéaire et close, à la figuration et à l'identité. Induisant des mouvements de sens en commun, quoique non communs, ces spectacles contemporains rejoignent à maints égards l'aspiration du philosophe Jean-Luc Nancy à promouvoir « l'être-ensemble ». Ce concept-clé de Nancy renvoie à la nécessité de repenser le commun. Cherchant à éviter des pensées déterminatrices de la communauté, il conçoit l'être-ensemble comme une dynamique sans achèvement, un mouvement de sens qui se nourrit de tous les échanges. Ce mouvement est d'abord partage, et lieu de la question.
    Quand les scènes présentent des dispositifs ouverts, elles ne cherchent pas à transmettre un sens de façon autoritaire ni même simplement à « activer » le public. Elles deviennent ainsi le lieu d'une mise en jeu de soi, de questions, de gestes. Elles performent un être-ensemble. La nature de ces échanges varie néanmoins d'un spectacle à l'autre : elle n'est plus simplement sémiologique, performative ou participative, mais complexe. Les études rassemblées dans cet ouvrage tentent de sonder les vecteurs de sens, les terrains du partage sensible, les rapports intersubjectifs. Elles analysent la dimension réflexive et autoréflexive de ces relations qui stimule le partage... autant qu'elle l'empêche d'aboutir.

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