Conference

  • Dès sa parution en 1940, Giuseppe Capograssi souligne l'intérêt de cet essai sur Leopardi : « C'est, de l'intérieur, une exploration et une reconstruction complètes de cette pensée organique, comme jamais on ne l'avait tentée ». Le premier, Tilgher a su reconnaître l'existence d'une « philosophie de Leopardi », alors même que les voix de l'époque les plus autorisées, à la suite de Benedetto Croce, lui refusaient cette dimension. Il le fait - au sommet de sa maturité et de son propre cheminement philosophique - dans un ouvrage d'une grande élégance d'écriture ; un voyage captivant, pas à pas, dans la pensée leopardienne, selon les étapes que constituent les grands thèmes de la réflexion du poète de Recanati. Et ces thèmes sont toujours les nôtres.

  • Contes de la souris noire Nouv.

  • La prolifération des images a pris, au cours du XXe siècle, des proportions extravagantes. Pour le dire comme Günther Anders : « Auparavant, il y avait des images dans le monde, aujourd'hui il y a «le monde en images», plus exactement le monde comme image, comme mur d'images qui capte sans cesse le regard, l'occupe sans interruption et recouvre sans interruption le monde. » Ce règne des images et son corollaire, le désintérêt à l'égard du monde tel qu'il nous est donné, est aux antipodes de l'enseignement biblique dans son ensemble. Le christianisme a certes promu l'image, mais pas n'importe quelles images ; et s'il a recommandé les images, c'est en tant que celles-ci s'accordent à la prédication évangélique et servent à confirmer l'Incarnation, réelle et non fictive, du verbe de Dieu dans la personne du Christ. Autant dire que le déluge d'images qui s'abat aujourd'hui sur le monde n'a rien de chrétien. Et cependant, pareil déluge n'aurait pu advenir sans le statut accordé par le christianisme à l'image, sans l'enjeu dont il l'a lestée.
    Conjoncture étrange, dont seule une enquête généalogique est à même de dégager les traits, de révéler les tenants et les aboutissants. Le propos de cet ouvrage est, en mettant au jour certains fils enterrés, de comprendre comment a pu s'effectuer le passage entre l'image chrétienne et le raz-de-marée imagier contemporain.

  • L'anthologie de poèmes de Biagio Marin (1891- 1985) proposée à partir des trois volumes des Chants de l'île fait exister en langue française les poèmes d'un auteur de ce « carrefour capital » que furent Trieste et sa région. Ces poèmes délivrent une remarquable vision de l'existence, entre drame et apaisement, interrogeant inlassablement, dans Les Litanies de la Madone, les recès et l'actualité possible d'une figure tutélaire de la tradition italienne depuis Dante. L'édition, bilingue, donne aussi à voir et à entendre le dialecte gradese dans lequel Biagio Marin a choisi d'écrire la plupart de ses poèmes.
    Ce volume voudrait inviter le public français à découvrir un auteur majeur, trop peu traduit jusqu'ici, dont l'aura poétique et intellectuelle a été saluée par des esprits aussi divers que Pier Paolo Pasolini, Carlo Arturo Jemolo, Giuseppe Prezzolini ou Claudio Magris.
    L'ouvrage ne se contente donc pas de faire exister en français des éléments importants d'une oeuvre protéiforme ; son ambition est plus grande, celle d'une introduction décisive à un auteur d'exceptionnelle qualité.
    Les poèmes recueillis sont précédés d'une préface d'Edda Serra, spécialiste de l'écrivain de Grado, et suivis d'une importante étude du traducteur, Laurent Feneyrou, qui présente toutes les facettes de l'oeuvre et situe l'itinéraire propre de l'auteur dans le contexte de ce qu'on pourrait appeler les marches de la « Mitteleuropa ».

  • Qu'est-ce qu'éduquer des enfants ? Quel monde à découvrir par eux-mêmes et par autrui portent-ils en eux ? Comment rendre pour eux la vie aimable, par rien que des mots dont on tâche de leur apprendre la capacité de douceur ?
    Quelle vertu d'humanité l'école peut-elle dispenser ? Dans des pages magnifiques, d'une profondeur et d'une justesse rares, où viennent confluer toutes les ressources discrètes de la délicatesse et de la qualité de regard et de coeur, Jean Miniac nous propose une sorte de poème de l'attention et du service.
    C'est à ce prix qu'on accompagnera l'enfance, qu'on écoutera « le vent qui la traverse ». Une réflexion poignante nous saisit au plus intime quand JeanMiniac fait le portrait de ces élèves qui restent en marge, de ceux que tout empêche tant qu'on n'a pas trouvé mots et gestes qui les libèrent, de ces professeurs fatigués, de cette institutrice presque belle, de ces adultes qui échouent... et de toutes les réussites et toutes les grâces obtenues, grâces accordées plutôt. Un livre très juste, très « vu », tendre, drôle parfois, qui oblige les adultes que nous sommes à ce regard d'amour qu'ils n'ont pas toujours la force d'entretenir et de garder.

  • Autres avancées

    Pierre-Alain Tâche

    Suffit-il de questionner le monde pour répondre à la montée de la nuit ? D'une terrasse vénitienne, Pierre- Alain Tâche observe un homme en contrebas : Il est en marche et sait habiter, où qu'il soit, un espace immobile et pourtant frémissant. La force de la poésie ne résidet- elle pas dans cette capacité à tenir les contraires et leur secret, dans cette éternité que le poème confère à l'instant ?

  • Journal irrégulier: il y a de l'oxymore dans ce titre, mais à la façon imprévisible et non systématique des perles baroques. C'est en poésie que ce journal se dit: une sorte d'inventaire primesautier des jours, dans cependant la tenue d'un souci profond, celui d'être au monde avec justesse, d'un moment à l'autre, selon la même précarité attentive et détachée. Sans doute peut-on trouver quelque chose de Prévert ici, mais avec la teneur métaphysique en plus: quelque chose d'un Michaux acceptant de sourire.

    Les recueils où l'humour le dispute à la tendresse ne sont pas fréquents: ceux où le lyrisme ne remonte pour le lecteur que l'alternance amusée d'une angoisse feutrée et d'une manière de rigolade, qui veut prendre les choses à la légère parce que précisément elles sont graves. Telle est l'élégance de ce recueil plein de charme à la lumière dominée par l'humour, que soulignent les illustrations de Léa Bertin-Hugault.

  • M. Raison veut construire sa maison. Mais c'est très compliqué de choisir entre les robinets, l'électricité, etc. Heureusement, l'architecte M. de la Bâtisse est là pour l'aider.

  • Michel Simonet est cantonnier à Fribourg. Il parle dans ce livre de son métier, qui est aussi une vocation : rendre une ville présentable, permettre à ses habitants de jouir d'elle sans même se poser la question des conditions nécessaires à leur bien-être.
    Succession de scènes et de portraits étonnamment proches de la poésie là où l'on ne pensait pas devoir la trouver, Une Rose et un Balai propose une réflexion amusée sur nos façons de vivre et de nous comporter ; ce petit livre plein d'humour et de sagesse invente, après les horizons parfois trop larges des épopées de la route et de l'aventure, une « poésie de la voirie », attentive à tous les gestes quotidiens et propice à des méditations inattendues.

  • Comment a-t-on inventé la Terre ? La réduction de la sphère au plan, l'invention de la carte, puis celle de la perspective, ont lentement permis de mesurer et de contrôler un territoire devenu l'espace où établir et déployer toutes nos activités.
    Mais ce modèle s'est effrité. Ce qui se substitue à lui pour notre égarement, c'est ce qu'on appelle les réseaux, situés à la fois nulle part et partout : un milieu bio-électronique et souvent immatériel issu de la somme des différentes unités d'information - ondes, câbles, fibres..., autant d'éléments qui ne peuvent reposer sur un territoire et agissent selon des modalités différentes de celles adoptées par la perspective où nous avions vécu jusqu'alors.
    Ce « domaine » de l'information se configure comme un véritable anti-monde invisible, à l'intérieur duquel se situe le mécanisme de fonctionnement et de contrôle du monde physique que nous voyons. Le caractère immatériel de l'information a progressivement érodé et déplacé le concept de ville et de territoire, donc de citoyenneté et d'identité. L'État lui-même perd sa stabilité et commence de céder devant tant de flux. En sorte qu'il est devenu impératif de résoudre la question de la reconfiguration des tissus urbains et sociaux qui ont durement subi, avec l'esprit lui-même, les effets de cette nouvelle invasion technique. Il faut réinventer les données qui nous avaient servi à percevoir le monde.
    Par la séduction de son écriture et le rythme de ses chapitres associant la brièveté à l'ampleur d'une fresque - on y rencontrera aussi bien Homère que Brunelleschi, Linné que Melville... -, l'ouvrage nous convie à cette réinvention, que l'auteur sait rendre bien plus jubilatoire qu'angoissée. Le lecteur le suit avec délectation dans l'itinéraire qu'il lui ouvre de l'Antiquité à nos jours.

  • Comment faire vivre les textes classiques ? La réponse est ici à l'opposé de celle des anthropologues : il vaut mieux mettre l'accent sur une proximité de l'homme ancien que sur des différences qui n'intéressent que le touriste. Contrairement à ce que peuvent dire les sciences humaines, le sentiment de familiarité que peut avoir un homme de notre temps quand il lit tel texte antique n'est en rien trompeur. Il y a dans le théâtre gréco-latin une présence absolue de l'homme antique, qu'il fût le dramaturge ou son personnage. L'idée d'une différence essentielle de l'homme du présent et de l'homme antique est le dernier avatar du commentaire aristotélicien : depuis la naissance de l'esthétique dans la Prusse du XIXe siècle, il est assuré que l'art et la littérature n'existent que depuis que les théoriciens en ont inventé les concepts ;
    Mais on confond une conscience créatrice qui est conscience absolue, de soi-même, de ses fins propres, de ses moyens, et une connaissance conceptuelle qui est celle des professeurs : connaissance laborieuse, interminable, toute relative aussi, et stérile, à moins d'imaginer que la connaissance théorique engendre l'oeuvre : mais c'est le contraire.
    Qui invente le théâtre, et quand ? Toutes les questions concernant l'origine attendent de l'historien un éclaircissement impossible ;
    L'Antiquité n'est que la surface lumineuse d'un gouffre sans fond.
    L'histoire, pour le théâtre comme pour toutes les formes de l'activité humaine, n'a de réalité que comme toile de fond. C'est pourquoi il importe de dénoncer l'obsession historiciste de quelques commentateurs, les mêmes qui nient l'existence d'une nature humaine, identique à elle-même à travers le temps. Les formes changent continuellement, sans doute, qu'il s'agisse de la société ou des oeuvres d'art ;
    Mais, quant à celles-ci, le processus de la création n'est pas essentiellement différent chez Eschyle et chez Balzac. L'esprit souffle où il veut, il est tout de suite au-delà de ce qui est enseigné et transmis. On dira que telle invention est déjà moderne, qu'Eschyle, Euripide et Plaute concevaient déjà l'individu, le monothéisme ou l'athéisme ; mais le déjà est de trop : tout est dit, dès le début ;
    Aucun grand artiste ne vient trop tard, quand il fait revivre le déjà dit et en fait son dire à lui. L'invention historique du théâtre n'est qu'une fiction ; chaque grand dramaturge, chaque grand metteur en scène ou comédien, chaque public inspiré peut-être, inventent à neuf la tragédie et la comédie.

  • Réflexion politique de l'après-guerre, il laisse aussi, avec oeuvre littéraire où se savoure la fine pointe de l'élégance Toscane. Cette manière d'autobiographie est plus qu'un merveilleux livre de souvenirs d'enfance ; sous l'émotion contenue, ce voyage à travers le paysage toscan de villages où, enfant, l'auteur passait l'été, donne à la réflexion sur le sens de l'histoire et la responsabilité qu'elle exige sa mesure la plus intimement vécue.

  • La présence au monde, « être ici », compta plus que tout pour Julien Gracq, dont l'oeil de géographe demeura toujours bien ouvert. Une très longue amitié que la mort seule interrompit, le goût commun de « la face de la terre » fit partager des parcours, en échanger les songes.
    Sans le nommer dans ses pages, figure absente et cependant constamment présente, ce livre évoque l'écrivain dans l'un de ses choix fondateurs, celui des paysages.
    Voici une succession très libre de brèves séquences, évocatrices chacune d'une contrée, d'un lieu, d'une situation qui lui est liée, de la richesse éprouvante et profuse qui s'y découvre : de la Cornouaille anglaise à l'Himalaya, en passant par la visite aux vignobles du Layon, la forêt jurassienne ou celle de Chantilly, le château de Rosambô, l'île de Batz, le massif de La Meije, la Mongolie aussi bien que l'Irlande ou la ville de Naples...
    Autant d'espaces saisis dans leur variété, leurs particularités et, plus encore, leur tonalité affective, subtile, irremplaçable.

  • Louis Pailloux est un jeune homme de vingt-sept ans. Cette Lettre à Charles Péguy sur l'amour humaine est son premier livre.
    Bien plus qu'un simple exercice d'admiration ou de reconnaissance de dette, avec cette lettre-prière toute animée d'une fiévreuse inquiétude, nous entendons une parole de vie et d'amour adressée non pas à un mort, mais à un mort d'au-delà de la mort, à un grand prédécesseur à jamais vivant, un grand intercesseur à qui demander que la vie soit fidèle à elle-même.
    « Comment vivre dans l'estompement d'amour humaine ? » : telle est la requête de cette lettre ; comment vivre de cette vie que la prime enfance nous a laissé entrevoir, de cette vie dont certainement a vécu et vit encore Péguy ? Il ne s'agit pas pour l'auteur de demander à revivre après la mort, mais de chercher à « renaître » dès cette vie pour « épouser » la lumière dans laquelle baigne « ce vieux monde » qui a succombé à l'âge des machines et de l'argent en voulant nous imposer d'y succomber avec lui.
    Voilà un très beau texte, fait de jeunesse, de fougue et d'ardeur - et d'un désespoir saturé d'espérance -, mais fait aussi d'une langue qui deviendra son sujet même, son inviolable lieu de résistance et de lutte. Le rythme de cette prose est d'une qualité rare, comme l'amplitude de la bouche sur la rondeur du mot et sa manière de tenir l'écho, la belle enjambée des longues incantations où la grâce de s'approfondir ne cesse d'être recommencée. Le chant, en somme, pour refuser les « convoyeurs de cauchemars » et dire et redire une confiance dans l'acte d'aimer « toujours en chantier ». Il n'y a sans doute pas plus vraie ni plus belle définition de ce que peut être la poésie.

  • Dans cette synthèse magistrale, Eliezer Berkovits (1908-1992), un des grands rabbins et philosophes juifs du XXe siècle, analyse avec clarté les enjeux profondément humains de la Loi juive, la halakhah. Sa réflexion est nourrie de ses responsabilités de grand rabbin de Berlin en 1939, où il mesura comment une application trop rigide de la loi avait des effets catastrophiques pour certains juifs mis dans l'incapacité d'émigrer. Ces impasses le hanteront et inspireront une bonne partie de son oeuvre ultérieure, qu'elle porte sur le get (acte de divorce) et la condition des femmes ou le statut de la halakhah dans le contexte de la Shoah.
    Explorant les diverses techniques d'exégèse employées par les rabbins pour faire évoluer le droit, il s'interroge sur la notion d'autorité et la place de la halakhah dans une société démocratique.
    Il montre, dans le droit fil de la tradition rabbinique, que la Loi juive est toujours en construction puisque, suivant un fameux passage du Talmud, « la Torah n'est pas au ciel ».
    Ces pages posent admirablement le problème de la dimension éthique de la vie juive. La morale ne saurait être dissociée de la halakhah, autrement dit de ce « pont par lequel la Torah passe de l'écrit à l'acte vivant ». Ce cheminement est la loi même : le droit est toujours une négociation entre l'absolu juridique et des circonstances variables. Il doit être à chaque fois réinterprété et réinventé. À l'heure où l'université française commence à s'intéresser aux spécificités du droit talmudique, cet ouvrage préfacé par le rabbin et philosophe Joseph Isaac Lifshitz comble une lacune et permet de goûter à la vivante subtilité de l'architecture de la Loi juive et à son actualité.
    La traduction du livre d'Eliezer Berkovits est suivie d'une importante postface de Pierre-Emmanuel Dauzat, qui rappelle quelle fut la dimension de ce grand penseur, juriste et théologien, et explore notamment comment les rabbins ont utilisé le verset 126 du psaume 119 (« Il est temps d'agir pour Dieu, ils ont violé ta loi ») pour faire évoluer le droit.

  • Peintre de paysages et de natures mortes, Marlyne Blaquart pratique un art discret, et l'on voudra bien se souvenir que cet adjectif, à côté de son sens courant comme de son sens étymologique de « discernement », peut signifier « qui témoigne de retenue, de réserve ». La nature qu'elle représente paraît intacte, presque toujours exempte de tout signe qui rappellerait l'activité humaine : pas de routes, à peine des chemins, pas de poteaux télégraphiques ou électriques, pas de véhicules - et quand un bâtiment paraît, c'est au loin ou noyé dans la verdure. Pour autant, ces paysages sont très réels, décrits avec précision, aucunement oniriques.
    On retrouve cette justesse dans les natures mortes de l'artiste, pour lesquelles un seul fruit suffit souvent, la composition important moins que la recherche d'une certaine qualité de présence par la saisie de subtiles variations de couleurs : d'une sorte d'évidence sensuelle qui accomplirait parfaitement l'acte de peindre.
    Les deux auteurs de ce livre s'attachent à comprendre le sens d'une telle recherche, qui assurément paraît hors des sentiers battus aujourd'hui.

  • D'âge en âge

    Pascal Riou

    Le poème prend ici sa dimension propre, selon un rythme patient et médité qui le fait naître à proportion de sa charge d'expérience. Autant dire que ce recueil est d'une grande ambition : assumant un lyrisme que l'on pourrait dire critique, tant il allie l'expression de la douceur et de l'éloge, liée aux moments d'accueil du monde comme un don et une grâce immenses, à une accusation tournée contre tout ce qui vient réduire cette immensité à un jeu d'intérêts et d'appropriations.
    Cette ampleur des tons, l'étendue de la « palette » poétique ne se rencontrent pas fréquemment dans la poésie contemporaine : il se joue ici une pensée, une pesée du monde tel qu'il se trouve présentement, et tel qu'on trouve ou non en lui matière aimantant la vie.
    On pourrait appeler cette pensée, tout simplement, une attention ; et, à partir d'elle, la poésie se déploie comme réponse à ce qui est vu et perçu, et donc comme responsabilité : l'auteur prend le risque de dire, prend le risque du discours et du récit dans la poésie même, il prend le risque du jugement ; poésie exposée, en un sens - notamment aux incompréhensions épidermiques et hâtives -, et poésie précaire, en ceci que s'exposant, elle se montre à nu, elle se montre engagée éperdument dans l'acte de vivre, ce qui est précisément l'état de la parole quand elle se fait prière.
    De l'invective à la prière : beau « programme » poétique, d'une richesse sans guère d'équivalent aujourd'hui - cela qui pourrait, devrait se transmettre « d'âge en âge » et honore la parole.

  • Dans cette réflexion sur l'architecture et la mémoire depuis la Shoah, Adachiara Zevi nous propose une histoire des monuments « par défaut ». La mémoire du pire, observet- elle, peut difficilement s'accommoder des qualités généralement attribuées à la monumentalité - unicité, statisme, hiératisme -, en un mot de l'impassibilité. Toute la question est alors de savoir quelle architecture, quel art inventer devant un tel défi.
    Adachiara Zevi s'efforce de montrer que la mémoire est architecture : ainsi la « monumentalité » doit-elle se mettre à l'épreuve de ce qu'elle commémore, et ouvrir l'espace éthique de l'introspection et du souvenir. Il faut permettre à la mémoire de répondre à deux impératifs essentiels : n'être pas inerte et comme à distance de nous, et, par suite, respecter et interroger le passé pour y puiser la forme du présent.
    L'auteur décrit et analyse comment cette mémoire s'est incarnée depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale.
    L'ouvrage, richement illustré, conduit le lecteur dans les mémoriaux et les Musées de la Shoah du monde entier - de Rome à Jérusalem, de Washington à Paris, de Berlin à Turin ou à Milan, et jusque sur les Stolpersteine, ces « pierres d'achoppement » enfoncées dans le sol devant les derniers domiciles des victimes du nazisme.
    Cette histoire de l'architecture contemporaine en lien avec l'après-Shoah éclaire d'un jour inédit les différentes étapes de ce que Raul Hilberg, le grand historien de la destruction des Juifs d'Europe, appelait « la politique de la mémoire ». Il propose ainsi une remarquable interprétation de tendances majeures de l'art contemporain.

  • La pipe qui prie et fume

    Maurice Chappaz

    À l'occasion du centenaire de la naissance de Maurice Chappaz (1916-2009), voici la réédition du dernier texte publié de son vivant (Éditions de la revue Conférence, 2008), merveilleux et souriant testament qui est aussi une ode au monde et au bonheur d'avoir vécu.

  • Yuma des loups

    ,

    Avec ce nouveau livre pour la jeunesse (après trois autres parus aux mêmes Éditions), Bruno Roza, auteur notamment de Leçons de choses (Le Dilettante), propose une réflexion pleine de finesse sur l'imprévisibilité des rencontres et la fécondité de l'attention à autrui, et souligne le pouvoir des images véritables, celles venues du coeur, seules capables de faire changer les visions les plus sclérosées.

empty