Mercure De France

  • Le grand philosophe allemand Arthur Schopenhauer (1788-1860) fit avec sa famille un voyage en Europe de 1803 à 1804 quand il avait quinze ans.
    Arthur tient quotidiennement un journal, écrivant pêle-mêle anecdotes et réflexions sur trois gros cahiers. Le Journal de voyage témoigne d'une vive sensibilité artistique et d'une curiosité insatiable.
    L'adolescent observe tout : à Londres, à Paris, à Toulon, à Genève, il note les paysages, les monuments, les spectacles, les restaurants (à la fin du journal figure une liste des restaurants fréquentés avec des appréciations allant de «mauvais» à «très bien»). Le Journal de Schopenhauer, c'est un peu celui de Candide, sans les intentions plumitives de Voltaire. Car, ce qui caractérise ces pages, c'est une absence de préjugés, un regard neuf sur le monde.
    Document étonnant sur l'Europe où chacun recommence à voyager après les troubles de la Révolution, le Journal de voyage est indispensable pour connaître la formation de l'un des plus grands esprits de l'ère nouvelle. Ajoutons que la lecture en est très plaisante.

  • L'aspect le plus original des Mémoires de la baronne d'Oberkirch réside sans doute dans le tableau fidèle qu'elle nous donne d'abord de la vie au XVIIIe siècle dans une province française au statut très particulier : l'Alsace, son pays natal.
    Elle nous raconte avec fraîcheur et esprit ses séjours à Strasbourg - le Strasbourg de Goethe et du cardinal de Rohan -, et ses visites à la cour de Montbéliard où la princesse Dorothée de Wurtemberg était son «amie de coeur». C'est pour retrouver celle-ci, devenue grande-duchesse de Russie et qui faisait en France un voyage semi-officiel avec son époux, que Madame d'Oberkirch se rend pour la première fois à Paris, en 1782. Elle rédige alors son journal qui est la partie la plus célèbre des Mémoires. Tous les historiens des moeurs avant la Révolution connaissent cette chronique savoureuse où défilent rois et princes, gens de lettres et magiciens, coiffeurs et modistes. Les anecdotes alternent avec les récits et les mots historiques. Comme elle le dit elle-même : «L'histoire se compose aussi de ces détails ; ils peignent l'époque».

  • « [...] une fois ou deux je demandai à ce geôlier un peu d'eau chaude pour me laver. «Cela n'a pas le sens commun, m'avait-il répondu, rien ne peut vous sauver des mains du bourreau, et comme elles sont fort sales, vous n'avez pas besoin de vous laver». » Témoins privilégiés de la Révolution à Paris, toutes deux prisonnières ayant survécu à la Terreur, Louise-Emmanuelle de Châtillon, princesse de Tarente (1763-1814) et Grace Dalrymple Elliott (1758?-1823) fréquentèrent deux courants distincts de la noblesse française. La première, tout entière consacrée à sa charge de dame d'honneur de Marie-Antoinette, évolua dans une société de cour farouchement anti-orléaniste. La seconde, Écossaise et proche amie du duc d'Orléans, côtoya la faction de ceux qu'unissait une commune hostilité au régime et à la cour. À la fois complémentaires et d'une grande valeur documentaire, leurs témoignages saisissent par le climat incessant de peur, de flambées de violence, de menaces et de mesures expéditives dont ils se font l'écho.

  • Éminent philosophe du XIXe siècle et fondateur du positivisme, Auguste Comte (1798-1857) aima passionnément Clotilde de Vaux (1815-1846) pendant une « année sans pareille », entre avril 1845 et avril 1846. Séparé de sa femme, il a quarante-sept ans, Clotilde de Vaux en a trente et un. Flattée de son affection, de l'encouragement qu'il lui dispense dans ses projets d'écriture, elle l'admire mais ne lui offre que son amitié. De son côté, le philosophe l'idolâtre, et se résout à cet amour platonique. Lorsque Clotilde de Vaux meurt le 5 avril 1846 de la tuberculose, elle devient l'objet d'un culte quotidien par Auguste Comte, culte entretenu et développé jusqu'à la fin de sa vie en 1857.
    Entre Auguste Comte et Clotilde de Vaux, ce sont donc cent quatre-vingt-trois lettres échangées. Cette correspondance apporte un regard neuf et inattendu sur un penseur souvent jugé austère. Elle prépare et contient aussi en germe la seconde philosophie de Comte sur la religion de l'Humanité. Elle constitue enfin un document littéraire remarquable par le contraste qu'elle offre entre les déclarations enflammées d'Auguste Comte, rédigées dans le ton de ses ouvrages philosophiques, et les réponses de Clotilde de Vaux écrites dans une belle langue classique.

  • C'est la langue allemande et non le russe qu'étudie Jules Legras à l'École normale supérieure. Mais ce germaniste, né en 1866, regarde plus loin à l'Est et dès 1892, il part découvrir la Russie et y apprendre sa langue pour devenir l'une des grandes figures des études françaises du monde slave.
    Sa rencontre avec la Russie a lieu loin des fastes des cercles aristocratiques si souvent décrits par les voyageurs français.
    Jules Legras s e confronte à l'âme russe véritable, celle des moujiks, celle qui est victime de famine, celle qui affronte les injustices.
    L'auteur dans ce journal imagé éclaire ces descriptions sans fard de cette société par une galerie de portraits d'intellectuels et d'écrivains (Tourgueniev, Tchekov, ou Tolstoï...) qui donne à son récit une formidable originalité.

  • Fils d'un marchand de toile du Nord, Adrien Jean-Baptiste François Bourgogne (1785-1867) s'engage dans les vélites de la Garde impériale le 24 janvier 1806 et participe aux campagnes napo léoniennes (Allemagne, Autriche, Espagne, Portugal).
    En avril 1812, Bourgogne est nommé sergent, et prend part avec ce grade à la campagne de Russie de juin 1812 à novembre 1813. De la prise de Moscou au passage de la Bérézina, il fait l'extraordinaire récit d'une des plus terribles tragédies de l'his toire militaire. Adoptant le point de vue des plus humbles, il raconte une campagne jalonnée de souffrances inouïes qui coû ta la vie à quatre cent mille soldats.
    C'est en 1853, à la retraite, qu'Adrien Bourgogne termine ses mémoires commencés en 1813, lors de sa captivité en Prusse. Ils pa raissent dans La Nouvelle Revue rétrospective, donnant un témoi gnage sur la campagne de Russie du point de vue du soldat français, et participant ainsi à l'édification de la légende napoléonienne.

  • Ayant recueilli les suffrages de ses contemporains au point de devenir l'une des portraitistes les plus influentes de son temps, Elisabeth Louise Vigée Le Brun (1755-1842) se créa une position unique et, s'étant tôt soustraite à l'influence des représentations académiques réglementées, participa à la remise en cause du genre du portrait de cour. Surprise par les troubles révolutionnaires, elle fit partie de la première vague d'émigration et entreprit un voyage d'exil qui dura près de treize années.
    Turin, Bologne, Florence, Rome, Naples, Dresde, Berlin... offrirent à son inspiration des étapes variées. Elle prit ses quartiers à Vienne, puis à Saint-Pétersbourg avant de revenir en France sous le Consulat. Parce qu'elle fit partie aussi bien de la familiarité de la noblesse de cour que de l'élite cultivée des salons, ses Souvenirs éclairent le brillant de son parcours tout autant que les moeurs d'une société en constante transformation.

  • Lorsqu'il meurt brutalement en mer au large de l'Australie en 1904, Edouard Petit est gouverneur général des établissements français de l'Océanie mais il laisse surtout une oeuvre importante et méconnue, ce Au loin, paru en 1891, qui nous mène via la partie la plus extrême de l'Amérique latine aux îles Marquises. Sous le pseudonyme d'Aylic Marin, il fait de ce voyage un roman d'aventures dont le narrateur est son double fictif, ni expert en hydrographie, ni voyageur blasé, mais une figure aux intérêts multiples, un "curieux" s'intéressant tout autant à la faune, à l'économie, à l'histoire politique, qu'aux moeurs et coutumes des peuples rencontrés.
    Si dans Au loin on partage les multiples péripéties qui ponctuent le quotidien des marins, le récit s'aventure dans les bras de mer, le long des côtes sauvages, à la rencontre des habitants oubliés des archipels perdus du Pacifique, du Chili, du Pérou et des Marquises. Et Edouard Petit d'avoir un regard particulier pour les femmes et leurs rôles dans les communautés qu'il rencontre.

  • Napoléon n'a jamais cessé d'être un objet de fascination. On parle de lui ; on le fait parler ; on interprète les énigmes de sa vie, où les faits éclatants ne sont pas toujours moins mystérieux que les points réputés obscurs. On sait tout de lui - et à peu près rien ; d'où, transparent et insaisissable, son mythe. C'est qu'il parle peu. Entendre sa voix, vivre au jour le jour dans l'intimité de l'empereur, assister à son lever, à ses colères, à son divorce, percevoir, d'un grand homme, moins ce qui est grand que ce qui est homme - commun, quotidien, émouvant dans cela même qui le fait plus vivant et plus semblable à nous : cette chance unique a un nom, Constant. Introuvables depuis fort longtemps, voici les Mémoires de celui qui fut son compagnon de chaque instant. Valet de chambre de l'empereur, Constant fut à la fois son secrétaire et son confident. Voici, derrière ses souvenirs, le journal intime de Napoléon.

  • Napoléon n'a jamais cessé d'être un objet de fascination. On parle de lui ; on le fait parler; on interprète les énigmes de sa vie, où les faits éclatants ne sont pas toujours moins mystérieux que les points réputés obscurs. On sait tout de lui - et à peu près rien; d'où, transparent et insaisissable, son mythe. C'est qu'il parle peu. Entendre sa voix, vivre au jour le jour dans l'intimité de l'empereur, assister à son lever, à ses colères, à son divorce, percevoir, d'un grand homme, moins ce qui est grand que ce qui est homme - commun, quotidien, émouvant dans cela même qui le fait plus vivant et plus semblable à nous: cette chance unique a un nom, Constant.
    Introuvables depuis fort longtemps, voici les Mémoires de celui qui fut son compagnon de chaque instant. Valet de chambre de l'empereur, Constant fut à la fois son secrétaire et son confident. Voici, derrière ses souvenirs, le journal intime de Napoléon.

  • Il semble que Pepys n'ait eu d'autre désir que de se montrer respectable et qu'il ait tenu un journal pour montrer qu'il ne l'était pas, disait Stevenson. Samuel Pepys, haut fonctionnaire de l'Amirauté, écrivit son journal de 1660 à 1669. C'est un document inestimable sur les premières années de la Restauration en Angleterre. Cromwell meurt en 1658 et, deux ans plus tard, le fils du roi décapité est couronné sous le nom de Charles II. Commence alors une période marquée par une grande réaction contre le puritanisme. Pepys est un grand bourgeois respectable et comblé, mais son journal - insoupçonné de ses contemporains - révèle un autre personnage, viveur, jouisseur, ingénu et cynique, curieux de tout, de la Cour comme de la ville.
    Source incomparable de renseignements sur la vie à Londres au XVIIe siècle, le Journal de Samuel Pepys présente avec vigueur, pittoresque et drôlerie, le portrait d'un ineffable excentrique.

  • Marie-Antoinette est une femme politique. Elle possède ses propres conseillers et conseillères, notamment la princesse de Lamballe, fidèle surintendante de sa Maison ; ses relais au sein de la classe politique nouvelle, jouant parfois double-jeu tels Mirabeau, Barnave, La Fayette ou Dumouriez ; et des liens constants avec l'étranger où résident proches amis et princes couronnés membres de sa famille.
    Cette activité politique nécessite un dense réseau d'espionnage, qui sonde l'opinion publique et les débats de l'Assemblée nationale, renseigne sur les actions des adversaires, qu'ils soient libellistes, courtisans, politiques, et transmet les multiples messages vers l'extérieur du palais.
    Catherine Hyams, aristocrate anglaise élevée en France, est l'une de ces espionnes de Marie-Antoinette. Attachée à la princesse de Lamballe, elle multiplie les missions au service de sa majesté, depuis les débuts du règne jusqu'au 2 août 1792, quand elle quitte définitivement la France pour s'installer en Italie, où elle épouse le comte vénitien de Broglio Solari.
    Ces mémoires inédits depuis deux siècles, publiés en 1826, racontent une vingtaine d'années de règne de manière vivante, parfois vibrante, et restituent au mieux cette atmosphère fièvreuse et ces activités rocambolesques qui entourent Marie-Antoinette.

  • Madame de Staal-Delaunay, quoique de petite naissance, et qui n'était d'abord que Mademoiselle Delaunay, fut bientôt, avant d'épouser Monsieur de Staal, une des dames d'honneur les plus proches et les plus intimes de la duchesse du Maine. Nous sommes, par sa plume, à la cour de Sceaux, cour de beaux esprits, de vie brillante et de plaisir, caractéristique des premiers temps de la Régence. On y converse, on y reçoit - on y intrigue aussi, et la duchesse elle-même est à la tête du fameux complot. On conspire avec élégance : pour préparer une révolution de palais, faut-il cesser de s'amuser ? Madame de Staal-Delaunay eut une vie peu chargée d'événements personnels et elle ne parle guère d'elle-même. Mais elle parle de la duchesse et de son entourage et nous dépeint, vive et spirituelle, un monde brillant, futile, qui respire l'intelligence et le raffinement des sens et du coeur.

  • En 1907, la Société géographique de Paris envoie une expédition scientifi que en Guyane, dans le haut Maroni, sur les deux rivières, l'Itany et l'Araoua. Jules Tripot, médecin, livre un rapport à la première personne de cette aventure dans le massif peu connu du Tumuc-Humac. Dans cette jungle inquiétante, il rencontre les Indiens Roucouyennes, observe et renseigne leur état social, leurs techniques et leurs croyances.
    Il en rapporte un récit nourri d'anecdotes pittoresques, de descriptions de fêtes, rituels et cérémonies, de précieux détails sur la sorcellerie, les "piayes" ou sorciers guérisseurs, leur rôle et leur pouvoir dans la société indienne. Le médecin énumère ainsi les "charmes" qui défendent contre la piqûre des serpents et la morsure des couguars. De cette exploration en colonie guyanaise, il revient aussi avec un terrible instantané du "peuple" meurtri des bagnards, de ces relégués de l'empire français de la Troisième République, et nous livre enfin un portrait de l'étonnante et étrange société des orpailleurs, de ces milliers d'hommes qui écument la forêt tropicale en ce début de siècle

  • Née à Paris en 1752 d'un père roturier, Madame Campan entre à la Cour à quinze ans et devient lectrice des filles cadettes de Louis XV. Dotée d'un tempérament vif et déterminé, elle est nommée en 1774 première femme de chambre de Marie-Antoinette qu'elle servira jusqu'en 1792. Attentive, observatrice, intelligente, Madame Campan partage non seulement l'intimité de la reine, mais aussi de nombreux secret d'état. De fastes de Versailles à la fuite à Varennes, elle se trouve aux premières loges d'évènements qui s'apprêtent à bouleverser la France et l'Histoire.
    Sur un ton inimitable, bienveillant ou virulent, Madame De Campan raconte ce qu'elle voit, ce qu'elle entend, ce qu'elle sait.
    Un trésor inépuisable de vérités et de détails, grâce auquel ses Mémoires demeurent un témoignage unique sur l'Ancien Régime, la Révolution, la vie quotidienne et la personnalité de Marie- Antoinette.

  • Dix jours qui ébranlèrent le monde de l'Américain John Reed (1887-1920) retrace avec une intensité et une vigueur extraordinaires les premières journées de la révolution russe d'Octobre 1917. John Reed parcourt en toute liberté Petrograd, la « capitale rouge », recueille les analyses des principaux acteurs politiques et écoute le peuple de Petrograd dans les cercles qui se formaient sur les places publiques, à la porte des boulangeries, à l'intérieur des casernes. Plus qu'une simple énumération des faits ou un recueil de documents, John Reed propose une série de scènes vécues, des tableaux pris sur le vif. De retour aux États-Unis, il rassemble l'essentiel de ses observations et revit, dans l'urgence, cette aventure humaine dont il apparaît encore aujourd'hui comme l'un des témoins les plus proches. C'est aussi un texte fondateur du journalisme littéraire. Aventurier, reporter, observateur et acteur révolutionnaire communiste, John Reed a fourni de ces événements un témoignage qui confine au roman historique tant sa prose enlevée est prenante de vie et d'humanité.

  • Marguerite de valois, que l'on confond souvent avec marguerite de navarre, soeur de françois ler, et auteur de l'heptaméron, et avec marguerite de france, était la nièce de cette dernière et fut l'épouse du roi de navarre, le futur henri iv.
    Ses mémoires sont un des textes essentiels du seizième siècle français. ils nous mettent en contact direct avec la cour des valois. intrigues et potins ; la nuit de la saint-barthélemy ; l'évasion du frère et du mari de marguerite ; la révolution des provinces contre le roi d'espagne : voici les mémoires d'une femme d'esprit et d'un témoin de l'histoire qui fut aussi une jolie femme, une grande amoureuse de l'amour - et un écrivain.
    On y a joint un certain nombre d'écrits significatifs de marguerite et une partie de sa correspondance.

  • Née en 1652, arrachée, à dix-neuf ans, à son Palatinat natal pour être mariée au frère de Louis XIV, Charlotte-Élisabeth étonna la cour par ses façons rustiques et ses propos cocasses mais sut gagner la sympthie du roi. Ni l'indifférence courtoise de Monsieur, ni les intrigues des courtisans, ni, plus tard, la mise à sac de son pays d'origine par les troupes françaises ne lui firent oublier ses devoirs.
    Mais, quand Louis XIV obligea Philippe d'Orléans à épouser une de ses bâtardes, elle osa un esclandre et vécut désormais à l'écart.
    Ses joies et ses peines, Liselotte les confia chaque jour à ses parents d'Allemagne dans des lettres qui forment la chronique la plus dense, la plus animée et sans doute la plus véridique du règne de Louis XIV.

  • «La Révolution m'avait fait centenaire à quatorze ans.» Relatant l'apprentissage mouvementé de ses années de jeunesse, Alexandrine des Écherolles (1779-1850) dressa la réalité des événements dont elle fut le témoin, celle des périls qu'elle encourut, ainsi que certains dessous de la vie sociale et des aspects économiques de la répression en province.
    Entre jugements expéditifs et exécutions sommaires, visites domiciliaires et interrogatoires, vagabondage d'une hospitalité à l'autre et persécutions rageuses, ce matériau authentique passionne comme le plus endiablé des romans d'aventures. Au fil de la relation d'une situation de chaos appréhendée à hauteur d'enfant, Alexandrine des Écherolles apporte une contribution de valeur à la connaissance du quotidien, sous la Révolution, à Lyon, à Moulins et dans le Nivernais.


  • nos manuels d'histoire ne nous en citaient qu'une réplique, de loin en loin.
    on brûlait alors d'en savoir davantage, d'entendre toute la séance, d'y être. nous y sommes : voici les procès-verbaux authentiques, officiels et intégraux des grandes audiences du tribunal révolutionnaire. documents inestimables, ils restituent toute une époque, dans son tragique presque quotidien, dans ses peurs et ses faiblesses, dans sa grandeur aussi. ils redonnent également vie aux hommes et aux femmes de premier plan de ce temps : robespierre et danton, les girondins et madame roland, marie-antoinette, charlotte corday et d'autres encore.
    rien de plus pathétique ici que la froideur sèche du compte rendu : elle nous installe, si l'on peut dire, en direct avec les accusés, comme à la lecture du reportage d'un envoyé spécial sous la terreur.

  • Charles-joseph de ligne (1735-1814), sensible très jeune aux récits des batailles de charles xii, turenne ou condé, s'engage précocement dans la carrière militaire.
    Avec l'armée impériale autrichienne, il participe à la guerre de sept ans ; il prend part à la guerre de succession de bavière (1777-1779) ; en 1789, aux côtés de catherine ii, il joue un rôle majeur dans la prise de belgrade... aussi à l'aise sur un champ de bataille que dans les salons des cours de vienne, de versailles ou de moscou, le prince est l'ami des puissants de son époque : marie-thérèse d'autriche, marie-antoinette, joseph ii, frédéric de prusse, catherine de russie, mme du barry.
    Mme de staël, elle, admire l'homme de lettres qui a correspondu avec voltaire et rousseau, le passionné de galanterie complice de casanova... les mémoires du feld-maréchal témoignent d'une souveraine liberté de ton, d'une élégance de style et d'un véritable art de vivre. comme l'avaient été avant elle byron, barbey d'aurevilly, paul valéry ou paul morand, chantal thomas a été séduite par cet écrivain passionnant, figure marquante du siècle des lumières : " sa mémoire n'est jamais nostalgique.
    Il use de son pouvoir de reproduction non pour creuser le gouffre des années disparues, mais pour les faire ressurgir dans la diffraction d'un jeu de miroirs. "

  • Née en 1697 sous Louis XIV, Madame du Deffand fait son entrée dans le monde à la faveur des fastes et du libertinage de la Régence. Nature rapide et déliée, douée pour la conversation brillante et l'art de la repartie ciselée, elle fait de son salon du couvent Saint-Joseph l'un des plus prestigieux de l'époque. Elle traverse le long règne de Louis XV et meurt en 1780, au moment où les premiers désordres populaires ébranlent un système que la Révolution ne tardera plus à balayer.
    Sa correspondance est une vivante mémoire historique.
    Inlassablement, elle s'entretient avec les grands esprits de son temps : Voltaire, Montesquieu, le président Hénault, d'Alembert et, surtout, Horace Walpole.
    Mme du Deffand observe le monde et elle-même avec lucidité.
    Consciente de son talent, elle ne prétend pourtant pas construire une oeuvre : elle n'écrit que pour son plaisir et pour réaffirmer sans cesse sa liberté.

  • Ni exploratrice ni aventurière, Raymonde Bonnetain fut pourtant la première Française à avoir atteint en 1893 les rives du Niger.
    L'épouse du romancier naturaliste Paul Bonnetain accompagne en effet son mari en mission ethnographique au Soudan colonial (Sénégal, Mali, Guinée). Pour cette Parisienne, c'est une expérience marquante : femme, jeune, blanche, elle détonne dans cette région de l'Afrique subsaharienne récemment colonisée.
    En rédigeant son journal, elle n'a de cesse d'observer et de décrire le quotidien des populations autochtones mais aussi la pratique coloniale elle-même. Elle perce à jour les alibis du discours officiel, s'interroge sur les incohérences et la viabilité d'un monde naissant dans la violence. De témoin, Raymonde Bonnetain devient actrice de l'entreprise coloniale.
    Le récit de cette éprouvante mission en Afrique est davantage qu'une relation de voyage : c'est un instrument de la colonisation.
    Son journal se veut la démonstration qu'il y aurait bien des avantages à ce que la colonisation se féminise...

  • Surnommé, à l'instar de Carême, « le roi des cuisiniers, le cuisinier des rois », Auguste Escoffier (1846-1935) est le père de la cuisine à la française. Il passe pour avoir inventé le travail par « brigade » : les différentes parties d'une cuisine ont chacune un chef à leur tête, lequel a sous ses ordres un premier et plusieurs commis. Cela impose une organisation à la cuisine, avec des recettes spécifiques, mêlant tradition et originalité. Même dans les moments de grande presse, ce système permet à Escoffier de rester « toujours suprêmement calme ». En 1883, le chef rencontre César Ritz, et le duo va révolutionner définitivement la cuisine et l'hôtellerie, au Savoy, au Ritz, puis au Carlton de Londres : c'est la naissance des « palaces » modernes.
    Auguste Escoffier a laissé des souvenirs, notes longtemps éparpillées qui ont été rassemblées par son fils, Paul, à sa mort en 1935. Récit autobiographique classique suivant les grandes étapes d'une carrière de cuisinier réformateur, ces Souvenirs culinaires contiennent aussi des recettes, des menus, et des remarques sur les saveurs et les ingrédients. Un texte de vie et de cuisine, qui donne à voir aussi bien la salle à manger que les coulisses d'un palace, et qui souligne les idées modernes et humanistes d'un chef qui est également un philanthrope.

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