L'harmattan

  • Au moment où la barbarie prend des formes planétaires inédites, la figure de celle qui a été pionnière de la psychanalyse en Argentine, Marie Langer (1910-1987) mérite d'être mieux connue du public français. Les valeurs qu'elle a défendues, les combats qu'elle a menés pour la liberté, la prise en compte de l'influence de la société sur l'individu, les droits des femmes ou encore la nécessité du dire, sont toujours d'une criante actualité. La conviction profonde de Marie Langer pourrait se résumer ainsi : la psychanalyse est l'une des meilleures armes de la civilisation contre la barbarie et l'oppression des minorités.

  • Jean-Paul Descombey s'est attaché à étudier, essayer de comprendre et faire connaître la biographie de Schumann, la composition de ses oeuvres musicales, pianistiques, instrumentales et vocales, la constitution de l'extraordinaire couple de musiciens formé par Robert et Clara Schumann, pour se pencher finalement, mais en dehors de toute intention réductrice, sur la problématique mélancolique et addictive de ce créateur d'une oeuvre immense et merveilleuse.

  • La psychanalyse est une théorie de l'appareil psychique qui met en lumière la double vie de l'être humain : celle du corps et celle de l'esprit. C'est aussi une éthique qui rappelle que notre destin, c'est de "croître en humanité". Souvent combattue, calomniée et trahie, la psychanalyse n'en fait pas moins partie de notre culture. Elle apporte un éclairage spécifique dans des domaines aussi différents que la médecine, la pédagogie, le travail social, l'analyse politique... La psychanalyse reste un discours qui permet de lire "autrement" ce qui se joue en nous et hors de nous.

  • Le traumatisme fut à l'origine de la découverte de la psychanalyse. Depuis plus de cent vingt ans, il ne cesse de faire débat chez les psychanalystes et au-delà. Le harcèlement et aujourd'hui les maltraitances ont une fois de plus remis le traumatisme au devant de la scène psychopathologique. Les textes rassemblés ici exposent les difficultés que posent les cures des patients maltraités, dans l'enfance ou dans l'actualité de leur vie. Ces cures ne peuvent souvent s'envisager qu'au prix de profonds aménagements du cadre et de la technique, et le psychodrame s'avère particulièrement bienvenu dans ces configurations cliniques. L'ouvrage aborde aussi les circonstances où les structures sociales de soins deviennent elles-mêmes maltraitantes et source de traumatisme.

  • Antonin Artaud a donné lieu à de nombreux commentaires et analyses comme acteur, metteur en scène du théâtre de la cruauté, poète. Interné pendant des années, il a déchaîné beaucoup de passions contre l'enfermement psychiatrique. Antonin Artaud fascinait à tel point qu'on l'a vu longtemps comme la victime expiatoire de la folie des autres et d'un monde qui sombre dans l'apocalypse. Ce livre tente d'approcher la nature de sa folie.

  • Les auteurs décrivent le sujet encore largement méconnu la relation de couple, de sa pathologie et de sa thérapie.
    Quittant les chemins battus, ils se sont fondés sur une observation minutieuse et sans préjugés de la clinique. leurs résultats mettent au jour non seulement une foule de mécanismes relationnels jusqu'ici inconnus ou banalisés (restés dans l'ombre), mais aussi le fonctionnement psychique individuel aberrant qui les sous-tend. le lecteur est amené à les suivre pas à pas dans le questionnement sur la genèse d'une telle monstruosité, à traverser des apparences souvent très trompeuses pour parvenir aux territoires sombres, dangereux et destructeurs de la relation perverse du couple.
    Les réflexions des auteurs sont étayées par de nombreux cas cliniques minutieusement décrits afin d'en saisir aussi exactement que possible les rouages ou l'abord thérapeutique. en étendant leurs concepts aux institutions et à la société, ils soulèvent des questions qui dépassent le champ strictement clinique et interpellent aussi des lecteurs d'autres horizons.

  • La mémoire est vivante, sensible aux effets que le présent exerce sur elle. Avec le temps, elle travaille et fournit des récits diversement composés, des variations du roman familial, comme si l'on était plusieurs, successivement, à l'intérieur de soi. La psychanalyse est le lieu où l'on peut observer électivement le phénomène : ces modifications s'y produisent de façon plus rapide, sollicitées par la marche de la cure, comme a pu l'observer l'auteure. Mais elle a constaté aussi que chacun, pour peu qu'il soit attentif à ce qui évolue en lui, à ses remaniements internes, peut en prendre conscience au long des années.

  • Voici une réponse sans a priori mais sans concessions à l'essai de Michel Onfray sur l'oeuvre de Freud : l'auteur répond point par point à ses critiques. Le texte de M. Onfray n'étudie que la partie théorique de la psychanalyse en faisant l'impasse sur sa pratique. Ceci pousse l'auteur à débusquer tout un pan de l'activité théorique du psychanalyste : chaque séance doit être soutenue par une visée théorique. Chaque séance apprend quelque chose au psychanalyste.

  • Les rêves éveillent la curiosité ; ils constituent notre jardin secret. Evidemment, on n'a pas toujours le choix de l'oubli. Le rêve est-il point de départ d'une rêverie solitaire, ou plutôt point de départ d'un dialogue avec un psychanalyste ? Dans ce cas ce sont les associations du rêveur qui comptent, son monde intime qui se dessine. Ou encore le rêve comme point de départ d'un itinéraire biblique ou littéraire ? Grâce aussi aux recherches récentes, ce livre ouvre de larges perspectives.

  • Béla Grunberger, psychanalyste français d'origine hongroise, est né en 1903.
    Il a traversé le siècle, pleinement engagé dans ses tumultes. Il a sans doute été le premier après la guerre à revisiter le narcissisme. Son oeuvre se donne à lire dans deux importants volumes, Le Narcissisme (Payot) et Narcisse et Anubis (Des femmes). Béla Grunberger est parti du rôle moteur du narcissisme dans la situation analytique. Il s'est, en effet, attaché à montrer la face lumineuse de Narcisse, à l'origine des accomplissements les plus élevés de l'homme, mais aussi sa face sombre, soufflant le vent de la haine et de la destruction.
    A partir du narcissisme, il a proposé deux modèles de fonctionnement psychique représentés l'un par le Christianisme, l'autre par le Judaïsme. Son livre écrit avec Pierre Dessuant Narcissisme, Christianisme, Antisémitisme (Actes Sud) fait date. Réunis à l'initiative du poète Alain Suied, quatre psychanalystes français, J. Chasseguet-Smirgel, P Dessuant, A. Ksensée et P. Lévine-Nordmann, et la psychanalyste américaine M.
    Oliner parlent ici, avec lui, de Béla Grunberger.

  • Choc des cultures ! Ronde infernale des mots armés : racisme, esclavage, colonialisme, ethnocide, eugénisme, dégénérescence, xénophobie, ségrégation, multiculturalisme, appartenance, identité nationale, discrimination, intégration, libertés individuelles... Différences culturelles à promouvoir (indianité, négritude...) ou droit à la fluidité identitaire, au métissage universel ? Psychiatrie coloniale et Frantz Fanon, la psychanalyse entre deux. Merah, Breivik se veulent les défenseurs de la pureté culturelle, paranoïa apocalyptique...

  • La voix est une des caractéristiques fortes de l'identité d'une personne et reste le support essentiel de toute communication, du moins la base des formes d'expressions les plus complexes. Quelle est alors sa place dans le développement psychologique du jeune enfant ?
    L'auteur apporte ici une proposition sur le rapport qui lie la voix au soi et à son émergence, au travers de l'élaboration de ce qu'il nomme "le soi vical virtuel", au cours de la petite enfance.
    Le soi est une notion assez floue : après avoir évoqué diverses approches notamment analytiques du concept, l'auteur en étudie le fondement. Il en rappelle la nature à la fois singulière et multiple, puis aborde son émergence dans le cadre de l'échange de ces o,yeractions précoces que les échoïsations supportent ce développement, montrant que c'est, d'abord et en premier lieu, dans les échanges et reprises vocales que la mère et le bébé le construisent.
    Avant que l'image prenne l'avantage pour que le moi se dessine, comment le soi s'actualise-t-il donc dans l'échange vocal ? L'auteur émet ici l'hypothèse que c'est dans le silence de la séparation des voix pourra éclore la voix propre du sujet.

  • C'est un fait notoire de l'histoire de la psychanalyse : la seconde théorie des pulsions, établie par Freud dès 1920 et opposant les pulsions érotiques ou de vie aux pulsions de destruction ou de mort, a eu pour destin d'être désapprouvée par une large majorité de psychanalystes de toutes générations confondues. Cette désapprobation a visé en priorité l'existence de la pulsion de mort. Mais, elle a aussi porté sur les bases biologiques que Freud a toujours tenu à attribuer aux pulsions, en ayant eu l'audace en 1920 de situer leur origine dans les cellules de l'organisme.
    On a alors parlé du "biologisme" freudien. Or, depuis 1960 environ, les biologistes ont progressivement mis en évidence le pouvoir permanent que possèdent toutes les cellules de l'organisme de s'autodétruire en peu de temps, tout en étant également capables de réprimer, de neutraliser, un tel effet. Ce livre réexamine dans le détail la seconde théorie freudienne des pulsions. Il montre notamment en quoi elle se rapproche des découvertes récentes de la biologie qui ont apporté des arguments en sa faveur.
    On s'aperçoit que Freud a d'une certaine façon anticipé ces découvertes de la biologie et qu'elles ont conféré un nouvel essor, un nouveau destin, à sa seconde théorie des pulsions. Dès lors, cette dernière ne peut plus être purement réfutée malgré les questions non résolues qui persistent en son sein.

  • Au croisement de la psychanalyse et de l'anthropologie, les tensions entre corps et amour sont marquées par l'empreinte des civilisations et des cultures mobilisant de nouvelles formes de subjectivité. Face aux violences des mutations sociales et culturelles, l'amour reste néanmoins l'un des paradigmes contemporains. Les auteurs, psychanalystes, philosophes, sociologues et écrivains, explorent ici des courants de pensée novateurs, ce qui donne à cet ouvrage toute sa force pour approfondir les aventures des passions humaines.

  • "L inconscient, non opératoire et inutile, est relégué au musée des curiosités par le moderne algorithme qui promeut l utilisation maximale de notre capital humain. Le structuralisme et ses variantes psychanalytiques prônent l idéal mathématique, rejettent l émotionnel et se réclament de la linguistique structurale. Mais pouvons-nous vraiment réduire le désir et la religion à des symboles formalisables ? Et que devient la pure causalité psychique ?"

  • L'auteur expose la clinique de ce qu'il nommera "folie hystérique" à travers une dizaine d'observations (dont deux à caractère sexuel prononcé). Les accès, qui peuvent durer plusieurs années, présentent de nombreuses rechutes et de multiples variantes symptomatologiques, marquées du sceau de la mobilité des mutations délirantes.

  • "Le monde du numérique, de l algorithme et du réseau, fait partie de notre culture et bouleverse nos perceptions. La réalité technologique nous en fait bien souvent entrevoir un autre sens en infiltrant le social et notre rapport aux autres. Les auteurs, à travers leurs différents courants de pensée, viennent explorer un grand nombre de questions liant psychanalyse et nouvelles technologies de façon innovante."

  • "La catastrophe correspond à une rupture de la continuité existentielle de personnes, de familles et de communautés. Plus qu'une somme de deuils et de traumatismes, elle engendre un véritable bouleversement des subjectivités, pouvant entraîner la désubjectivation de celles et de ceux qui y sont confrontés ou qui en sont témoins. Après une telle expérience du chaos, quelles sont les possibilités de resubjectivation ? - "

  • "Salomon Resnik (Buenos Aires, 1920 - Paris 2017), psychiatre et psychanalyste, n hésita pas à emprunter différents chemins afin de ne jamais s écarter de sa seule voie : écouter la folie pour la soigner. Les chemins des écoles de pensée les plus rigoureuses, ceux de l exil, certes, mais surtout l itinéraire labyrinthique de l inconscient : le langage du corps, le masque du délire, l espace mental des groupes, le dessin de l enfant, les scènces du rêve, l aphasie des émotions, les paroles gelées de la culture... Tous ces chemins dans une seule voie : celle du transfert dans la rencontre avec les patients."

  • "Sensible, dans sa pratique clinique et thérapeutique, au sens et aux sonorités des mots, Jean Broustra a développé avec une équipe pluridisciplinaire des ateliers thérapeutiques d'expression. Certains mots prononcés s'accompagnent de rugosité, de vibrato, de cassures vocales, d'animation dans le visage, de gestes incontrôlés des mains, des pieds. Le discours alors s'interrompt, se met en suspens. Après un rappel de l'importance des phonogrammes, signes graphiques qui représentent arbitrairement des sons et leur importance historique (Oulipo, Cobra, Peter Brook), cet ouvrage propose un bestiaire des mots, composé en trois parties : détestation de mots, mots intrigants et quelques amours de mots."

  • Cet ouvrage confronte entre-autres les deux topiques de Freud : l'Inconscient, Préconscient, Conscient et Ca, Moi, Surmoi. Dans la deuxième topique, le Ca contient des pulsions à l'état brut et le refoulé, mais dans cette nouvelle répartition, une part du Moi est inconsciente. Ce dynamisme inconscient essentiel est étudié dans ses relations avec la pensée, notamment associative. Des cas cliniques sont décrits, y compris celui de la personne de Freud lui-même.

  • " Si la folie est le calvaire de celle ou celui qui la vit, à celle ou celui dont le destin a offert de la rencontrer, de la côtoyer à un moment de sa vie, voire de l'accompagner jour après jour, elle est angoisse et énigme, une passion.
    Ombres du réel, êtres de fiction, fruits de cette passion, le Septimus de Virginia Woolf, le Bartleby de Herman Melville, témoins du savoir inconscient sur la psychose, nous attendent dans les pages des livres. " Dans ce recueil, Jacy Arditi aborde la psychose par le témoignage d'écrivains qui font vivre des personnages de fous avec une exactitude impressionnante. Quant aux Lettres à Theo, elles sont lues comme le témoignage de Vincent van Gogh sur sa propre folie.
    Terriblement lucide, le peintre y révèle comment les périodes de crise faisaient obstacle à la création, contrairement à la légende construite autour de son oeuvre. Une dizaine d'autres écrits illustrent divers aspects de la clinique, de l'éthique et de l'esthétique de la psychanalyse.

  • La Psychiatrie est-elle encore fidèle à ce qui a présidé à son acte de naissance : l'Humanisme, que les Lumières lui ont laissé en héritage? N'a-t-elle pas été la victime complaisante de ses mauvaises fréquentations ? Engagé dans le soin et l'accompagnement de personnes en souffrance morale, le psychiatre doit être extrêmement prudent dans l'importation de concepts étrangers à son domaine. "L'homme est fait pour rechercher l'humain" disait Eugène Minkowski. Si en sa présence on recherche autre chose, l'inhumanité menace.

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