Serge Meurant

  • Une saison en éclats

    Serge Meurant

    EXTRAIT :
    La parole n'est promesse de rien :
    Elle naît.
    On ne peut rien en dire.
    Elle éloigne la tristesse de mourir.

    Ce poème, qui introduit Une saison en éclats, donne toute la mesure des textes qui vont suivre, et de l'écriture de Serge Meurant. Dépouillés et méditatifs, les vers suggèrent la fugacité du temps qui passe et la vie qui l'accompagne.
    Les images de Kikie Crêvecoeur égrènent les saisons et en suggèrent le cycle. Saturées de couleurs, elles font à la fois écho au foisonnement et à la générosité de la nature.
    Linéaires et cycliques, les instants d'Une saison en éclats invitent à la retenue, à la transparence et à la méditation.

  • Célébration

    Serge Meurant

    • Cormier
    • 15 Décembre 2009

    Dixième recueil de Serge Meurant publié au Cormier, "Célébration" porte bien son titre. La poésie de Serge Meurant est bel et bien célébration fidèle des proches, vivants ou disparus, et ce nouveau recueil, qui fait suite à "Vulnéraire" paru voici vingt ans, le rappelle d'un timbre murmuré, comme à voix basse. À l'émotion tenue à juste distance répond une prosodie dont la simplicité repose sur un travail attentif au rythme interne du vers, à la pesée exacte de chaque mot.
    Depuis son premier recueil, "Le Sentiment étranger", en 1970, Meurant a toujours fait preuve d'une même démarche, marquée par une quête permanente du dépouillement et du dessaisissement, comme l'écrivait à son propos Pierre Chappuis dans la "Nouvelle Revue française". Chez lui règne une atmosphère particulière, comme si l'on baignait dans un clair-obscur, entre le proche et le lointain des choses, entre dit et non-dit. "Célébration" témoigne à nouveau de cette poésie du murmure, sinon de l'effacement, bien qu'elle soit évocation d'une expérience de la vie dans ses aspects les plus concrets. Conscient de la précarité de toute chose, et de la légèreté de l'être qu'il ne tient pas pour insoutenable parce qu'une sagesse très ancienne l'y a initié de longue date, l'auteur charge quelques mots d'être des fétus sur le cours du temps. Ses poèmes semblent fragiles, mais ils sont de l'ordre des roseaux qui ne se rompent pas. Meurant est de ces poètes qui engagent le lecteur à une écoute à ras des mots, mais qui propulsent vers d'insoupçonnables contrées.

  • Ceux qui s'eloignent

    Serge Meurant

    • Cormier
    • 24 Juin 2014

    Au coeur du livre, il y a l'expérience de l'auteur en salle de réveil - expérience passée au tamis d'une parole économe et précise, filtrée de toute anecdote pour mieux atteindre à l'essentiel. La « chambre d'éveil » est ce lieu où l'on revient à soi et où se confrontent le réel et les images dynamisées, dopées, du corps abîmé, de paysages anciens, d'ascensions dans le brouillard, entre veille et sommeil. On pourrait rapprocher cette chambre de celle de Joë Bousquet. Il s'opère un retournement des choses où alors qu'on allait vers elles, elles viennent à vous et se condensent, en ce moment d'immobilité contrainte, en images mémorielles, où perce une douleur. C'est au chevet de cette mémoire que se trouvent soudain convoquées les figures des disparus et de ceux qui s'éloignent aujourd'hui. Ils constituent une fratrie. Chaque être évoqué vit enfermé dans une chambre forte, un mutisme, ou l'éclair d'une mort imminente. Le poète aimerait parcourir d'un seul regard l'espace entre naissance et mort. Le temps de la généalogie s'abolit alors, les visages s'imposent en retrait et paradoxalement présents. L'impression nous vient qu'ils sont « au secret » de la mémoire mais que la main pourrait les toucher en rêve. La langue, sa naissance et sa perte, constitue une autre voie de lecture du livre : du mutisme de l'enfant métamorphosé par l'accès à la langue au terrible silence de l'agonie. Le livre est une sorte de veille, un état second, où tous les sens sont convoqués, pour rappeler à soi ceux qui s'éloignent, comme les braises du souvenir raniment la présence.

  • «Face à face, sans parler, Nulle parole, un sentiment immense, Le sac de livres est ouvert sur le lit, La pluie tape sur le prunier en face du store».

    Ce poème de Ryokan exprime parfaitement les moments vécus avec Jean-Pierre pendant les mois qu'il passa à l'hôpital et où nous lui rendîmes visite avec l'espoir qu'il puisse retrouver ses amis, ses livres et sa librairie.
    Il nous fit don à travers nos conversations d'un héritage infiniment précieux, d'une parole vive, celle d'un résistant. Il nous raconta, au fil des jours, l'histoire de ses librairies, sa passion pour les livres, ses rencontres, ses amitiés.
    Et je relis avec plaisir et gratitude ces pages qui en rendent compte et que nous offrons en partage au lecteur.

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