Michaël Glück

  • Ce livre a tout d'un récit d'anticipation. Il y a eu une guerre. Quelque chose qui ressemble à la fin du monde. Des hommes. Des femmes. Des enfants font entendre leur voix. Ce pourrait être le temps des recommencements... «pour une dignité en voie de disparition».
    Il y a des personnages, des figures, Weg, l'homme qui marche, Eva, la femme médecin, plus tard la femme sans yeux, ceux des sous-sols, les enfants. Il y a des guerres, des paysages, des lieux, des voix, des actes. Il y a même dans la nuit du livre, une histoire d'amour. La langue puissante et tendue de Michael Glück nous entraîne à la suite de ces personnages dans une méditation errante sur l'humanité de l'homme en temps de désastre et la place que tient le langage dans sa survie.

  • Ensemble des sept volumes de cette suite publiée à L'Amourier, ce nouveau recueil est augmenté d'un avant-dire et d'un texte de fin Plus une nuit. Sept livres s'ouvrent, oeuvrent dans les marges du livre de la Genèse ; ni imitations, ni commentaires, plutôt questions, questions de la création face au silence. Dire comment ce livre-là,- explique l'auteur - se lit jour après jour, comme poème et objet de pensée.Un lent dépli du temps - plus de dix ans d'écriture -, un lent dépli de la langue, font émerger de ces huit textes réunis par L'Amourier comme un murmure et sans doute aussi, in fine, une grande paix dont témoigne le 7ème titre, Le repos.

  • Une suite d'aphorismes sur et autour de la musique et des compositeurs par l'auteur de « Prova d'orchestra (divertimento) » paru en 2014 dans la même collection, à nouveau illustré par Pascaline Boura et cette fois-ci préfacé par Francesco Pittau « où présence et absence s'intriquent, forment une sorte tresse tout le long du livre, à peine masqués par la malice des jeux de mots.

  • Un mot " Kaboul ", une image " Charrette humaine droit devant et palais détruit qui barre la perspective ". Et donc la guerre. C'est le point commun des voix que font entendre ces trois textes. Voix de l'homme guerrier le soldat celui que l'on veut tueur errant dans la ville fantôme comme en lui-même (Soldat Cheval d'Emmanuel Darley), voix de celle qui choisit d'accompagner un mort dans la dignité (Dans les draps blancs d'autrefois de Laurent Gaudé) et voix sans illusion de la vieille femme qui accomplit sa tâche de transmission et d'honneur (Une besace de Michaël Glück). Tentatives de dire l'indicible, le quotidien de la guerre, tentatives de rendre littéraire ce qui chaque jour, dans l'actualité, nous bouscule.
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  • Dans les marges de la Genèse, j'écris. Dans la suite des jours. Pour ouvrir dans les mots. Risquer des sens. Cette fois, il s'agit d'un rêve, d'une incapacité à le comprendre, à l'entendre ; il s'agit d'une échelle dont les barreaux se brisent quand la main prétend les saisir. Ou d'une résistance. Au rêve ou du rêve.

  • Septième et dernier recueil d'un ensemble intitulé « Dans la suite des jours » oeuvrant dans les marges de la Genèse pour « ouvrir dans les mots et risquer des sens ».
    «Lecteur et écrivain sans Dieu», aime à préciser Michaël Glück, nous ne trouverons donc dans cet ensemble ni commentaire, ni imitation mais seulement questions, questions nourries d'une lecture philosophique et surtout poétique de ce texte fondateur.
    Cette fois, dans le dernier recueil de la série, il s'agit du Repos comme un retrait, une attente avant l'éclosion. Un long déploiement de l'acte d'écrire.

  • Les carpes vieillissent bien.
    On leur prête volontiers longévité, sérénité, silence, "luxe, calme et volupté". On s'en nourrit les veux, le ventre et quelque chose qui nous échappe qu'on appelle parfois le poème. Elles fréquentent des eaux douces, mais profondes. des mystères liquides et lumineux. Elles affectionnent les figures de ballets et affectent d'égrener des bulles. Ecrire sur des écailles de carpe est un exercice de concision, d'humilité et de jubilation rêveuse.
    C'est retrouver la grammaire des origines, en essayant de lire le premier livre des miroirs.

  • Il s'agit bien sûr de Bérénice, reine de Palestine, grande dans la douleur héroïque et le renoncement. Le livre se découpe en 5 mouvements comme les 5 actes de la tragédie racinienne :

    Dans Envers, Bérénice, soeur de la Madeleine de La Tour, raconte, pénitente, son histoire.

    Les Ombres sont hantées par la destruction et les ombres de Titus et Antiochus.

    Des voix introduit l'écho du monde moderne et du théâtre.

    Un acte, après toutes les guerres (Rome, Berlin, Jérusalem, Dresde ou Bagdad) survient l'offrande.

  • Chaque jour est un recommencement, rien ou si peu ne semble surnager, si peu, corner la page d'un livre, la saveur de quelques mots, l'illusion d'un dialogue, l'envolée des nuages, le passage des heures. On dit pourtant « ce fut une belle journée » pour oublier le goût de la terre. Un texte épuré et le temps s'écoule peu à peu, sans haine, sans bruit, sans colère vers une fin inexorable.
    " écrire ou dormir / même fuite / même désertion éloigner le monde / se désencombrer / des heures perdues / du poids des dés lancés se taire pour se terrer anthume avoir / des gestes posthumes abréger le récit / écourter la chanson "

  • Passion Canavesio

    Michaël Glück

    Premier volume de ce qui serait un triptyque qui trouve son inspiration dans les fresques du peintre Canavesio (peintre italien du XVe siècle) en la chapelle de Notre-Dame des Fontaines à La Brigue, dans les Alpes-Maritimes.
    Dans l'ensemble de ces fresques, qui représentent la Passion du Christ et le Jugement dernier, Michaël Glück s'est attaché particulièrement au personnage de Judas, car c'est essentiellement une Passion de Judas que l'auteur «lit» dans ces peintures, Passion librement interprétée par Canavesio.
    Michaël Glück renoue ici avec le long poème narratif - vers libres en sept «chants» pour ce premier volume (moi, Judas), prose dominante pour le second en chantier (al fresco), alternance des deux pour le troisième (pittore, traditore).
    Un fragment de la fresque (Judas pendu) est reproduit en fronstispice de ce livre.

  • L'enceinte

    Michaël Glück

    Nous sommes en 1944 en Toscane. La guerre s'éloigne. À Monterchi, les femmes font opposition de leurs corps pour empêcher les autorités de prendre la Madone de Santa Maria di Momentana. Les hommes l'emmurent pour la protéger. Dix ans plus tard, le conseil municipal refuse que la fresque soit prêtée pour une exposition sur la Première Renaissance. Tout le village résiste. Chagall vient voir l'oeuvre d'art, cette Madone enceinte peinte par Piero della Francesca. Michaël Glück, en trois mouvements, développe une réflexion sensible sur la place de l'art, la féminité, l'Histoire. Il met au jour cette énigme du corps qui est un corps autant qu'une pensée, et évoque une émotion qui vient du ventre.

  • « et s'il le faut dirais-tu nous inventerons des poèmes barbares et des bûchers où vous nous jetterez parce que nous allons perdre nous le savons que nous perdrons et de ces bûchers dis-tu sortiront le feu noir et l'encre des livres à venir ».

  • la voix dit qu'elle a vu le vieil homme.
    qu'il a demandé le chemin vers le soir. jeanne sourit. elle sait que la réponse de louise fut annonce de son propre geste à l'intention du vieillard. elles savent toutes deux que l'étranger est un inconnu. elles savent aussi qu'il leur est familier. qu'elles ne l'ont jamais vu et que pourtant elles l'ont reconnu... cheveux blancs, cheveux d'ange. un beau visage taillé par l'oubli...

  • Vladivostok,aller simple

    Michaël Glück

    • Cadex
    • 1 Février 1993

    Un mot, rien qu'un mot, mécanique à deux temps, suffit à infléchir l'obstination sédentaire.
    Partir-partir, Vladi-Vostok. Partir-partir, Vladi-Vostok. Un réseau miniature est installé sur la grande table familiale de la salle à manger. L'enfant trépigne. Papa, dis Papa, comment faut parler quand le train va s'arrêter. Mesdames, Messieurs. Dans quelques instants nous arriverons en gare du Bout-du-monde. Le Bout-du-monde terminus. Tout le monde descend. Correspondances à destination d'Ailleurs et de Nullepart, annoncées pour bientôt et plus tard, quai numéro 2, voies A et B ; quai numéro 2, voies A et B.
    Ce que tu dis n'a pas d'importance ; c'est la manière qui compte, la musique : En fait les gens ne t'écoutent pas. Ils te redemanderont : le train pour Ailleurs, quel quai ? Dis Papa, le train pour Nullepart, pourquoi il a déraillé ? Vladi-Vostok, Vladi-Vostok. On avait écrit ce mot en caractères cyrilliques au fronton de la petite gare d'allumettes. De l'autre côté, soit à 2 m 50, diamètre de la table, il y avait une Tour Eiffel pour signaler Paris.
    On aurait pu choisir Zagreb ou Beograd et Notre-Dame-de-la-Garde ; ça ressemblait trop à ce qu'on connais-ait. Attention ! Mesdames les voyageuses, mon Papa va contrôler les billets. Remettez du rouge à vos sourires. Vladi-Vostok, Vladi-Vostok. Valence, Valence, deux minutes d'arrêt... Papa, je pourrais partir, un jour, avec toi ?

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