Frédéric Worms

  • La pandémie nous fait faire une nouvelle expérience temporelle, elle nous apprend à vivre en temps réel. Le danger consiste à être écrasé par cette expérience temporelle, et à trouver le salut dans la fuite ou dans le déni, car notre rapport au temps cesse d'être insouciant, silencieux, et joyeux. Mais justement, c'est aussi le moment où, en touchant le fond de notre expérience temporelle du présent, nous pouvons trouver de quoi rebondir et comprendre comment cette expérience il est vrai terrible, contient aussi la clé d'une réponse qui serait non seulement individuelle mais aussi collective, historique et humaine. Car le défi est là : puisque les dangers de notre temps comportent aussi un danger dans notre rapport au temps, il nous faut comprendre qu'on ne les affrontera pas sans retrouver aussi un rapport heureux au temps. Nous parviendrons ainsi à concilier toutes les dimensions du temps dans un même instant ; la réponse à l'urgence, mais aussi préserver la vie et les raisons de vivre, le présent mais aussi, en lui, l'avenir.

  • Si le moment présent est le moment du soin, c'est-à-dire non pas seulement d'une vulnérabilité généralisée mais de l'activité humaine qui doit y répondre dans tous les domaines, il faut penser celle-ci dans sa spécificité, sa diversité et ses ruptures, de la technique à l'éthique, de la vie à la justice : c'est le but de ce livre qui en propose à la fois une étude synthétique et des applications ouvertes.
    Il fallait ressaisir l'unité du soin, ce par quoi il unifie non seulement un acte technique indispensable et une relation humaine fondamentale, et sa tension interne, la violation à laquelle il répond mais qui le menace aussi, et qui lui donne sa portée morale et politique. Il fallait ensuite approfondir cette étude sur des aspects précis qui posent chacun des problèmes singuliers et majeurs : la pandémie ou les soins palliatifs, les violations politiques et historiques.
    Il fallait enfin ouvrir les discussions sur les divers points et avec les diverses approches qui tissent conjointement le moment présent. C'est l'objet de cet ouvrage, qui répond à la question liant aujourd'hui notre fragilité et notre fermeté : à quoi tenons-nous ?

  • Depuis la première édition de ce livre, en 2017, tout confi rme et rend plus urgent son diagnostic.
    Car tous les maux de l'époque sont redoublés par le mal analysé ici, que la démocratie est la seule à a ronter : la violence intérieure entre les humains. Avec ses formes précises : cynisme, racisme, ultralibéralisme.
    Que ce mal soit « chronique » ne veut pas dire qu'on ne peut rien faire, bien au contraire. Car s'il peut atteindre des pics mortels, il peut également connaître des progrès vitaux, avec les bons remèdes. On pourra ainsi répondre à tous les maux du moment.

  • Auteur des Maladies chroniques de la démocratie, Frédéric Worms tient également une chronique dans le journal Libération. Il n'échappe donc pas à la sidération qui définit l'époque : des attentats aux épidémies, en passant par l'incendie de Notre-Dame, # Metoo ou le climat, il est saisi par l'événement.
    Mais en l'exprimant, en l'analysant, en le mettant à chaque fois à l'épreuve d'une pensée du vivant et de la justice, il nous donne le premier moyen de la résistance : un sens partagé. Car l'événement, ce sont aussi des actes, des oeuvres, des ressources que l'on peut repérer et soutenir. Ces chroniques vont à leur rencontre.
    Comment répondre aux dangers qui nous menacent ? En traversant l'épreuve de l'événement et en retrouvant la dimension vitale de la démocratie. Afin que les années de sidération soient aussi les jalons d'une résistance. Car rien n'est joué d'avance.

  • «Nous savons que ce ne sont pas des pensées comme les autres, ces pensées qui nous relient ou nous séparent les uns des autres, par exemple lorsque je ne cesse de penser à ta venue ou à ton départ - ou même à ta disparition -, ou lorsque notre dispute me revient à l'esprit, ou lorsque je dois t' annoncer une épreuve - ou te déclarer mon amour. Ces pensées ont beau être singulièrement intenses, parmi nos pensées, et singulièrement vitales, dans nos vies, nous les réduisons à des cas isolés, nous n'y pensons plus.
    Or, le but de ce livre est simple : il consiste à expliquer pourquoi "penser à quelqu'un", ce n'est pas comme penser à "quelque chose", mais pas non plus une exception pour la pensée, ni dans la vie. Bien plutôt un modèle de la pensée, et une orientation dans la vie.» Frédéric Worms.

  • Tous les mots de la langue sont philosophiques. Particulièrement les plus communs d'entre eux qui renvoient aux expériences et aux problèmes de chacun - la vie, la mort...

  • « Nous avons besoin aujourd'hui d'un humanisme vital.

    Et cela nous ramène à la «valeur» de l'humain qui est la condition de tout humanisme et sur laquelle on s'est beaucoup trompé.
    Car cette «valeur» n'est pas une propriété simple qui excepterait l'humain du vivant ou qui pourrait être écrasée par lui. Elle réside plutôt dans des inventions humaines, réponses toujours perfectibles à tous les dangers vitaux à la fois. Ainsi, cet humanisme est vital non seulement parce qu'il situe l'humain dans le vivant, mais parce qu'il le considère comme nécessaire et urgent, pour la vie de tous les vivants.

    L'humanisme suppose encore autre chose : un accès universel à tous les humains. Or, ici, nous partageons bien quelque chose mais n'est-ce pas d'abord une inquiétude ? Oui, en effet. C'est même ce qui m'a poussé à vous écrire. Mais je savais, dès que je m'y suis engagé, que cela nous permettrait aussi de rejoindre nos joies. » F. W.

    Dans ces lettres adressées à une amie « inquiète et qui sait penser », Frédéric Worms explique pourquoi l'humanisme vital est la réponse philosophique aux dangers de notre temps.

  • Un verbe exprime en français l'un des secrets de notre être et l'une des clés de notre époque maniaco-dépressive : ce verbe, c'est revivre. Il a deux sens que tout paraît opposer. Revivre, c'est en effet renaître, retrouver le sentiment d'être vivant et relié à autrui. Mais c'est aussi se laisser rattraper par «un passé qui ne passe pas» et se replier sur soi-même. Chacun de nous fait cette double expérience, souvent sans le savoir.
    Il faut pourtant la penser, l'affronter, résister à ce qui nous enferme, accéder à ce qui nous délivre. Inventaire de nos blessures et de nos ressources, diagnostic du moment présent, parcours dans les idées et les oeuvres, ces propos renouent avec les actes les plus intenses de notre vie. Un art de vivre, c'est-à-dire de revivre, qui pourrait bien être le seul possible aujourd'hui.

  • Analyse des enjeux politiques du soin, de chacune de ses dimensions. Le soin n'est pas le seul secours, il est nécessaire de prendre en compte ses différents aspects et de montrer qu'il existe pour chacun d'eux une tâche politique précise.

  • Une anthologie des textes capitaux pour comprendre l'histoire et l'usage des droits de l'homme.

    Des débats parlementaires en 1789 à l'affaire Dreyfus, jusqu'aux polémiques philosophiques des dernières années, les Droits de l'Homme n'ont cessé d'être discutés.
    Quels sont leurs fondements théoriques ? Quels rapports ont-ils avec le droit ?
    Comment les utiliser dans les combats politiques? Toutes ces questions sont débattues dans cette anthologie proposée par Frédéric Worms. Les textes choisis sont répartis en trois périodes :
    1789, affirmer (Paine, Gentz, Kant, Fichte) 1848, revendiquer (Hegel, Savigny,Tocqueville) 1900, protéger (Bourgeois, Bouglé, Péguy) Autant de points de vue philosophiques forts et variés sur les problèmes qu'ils soulèvent et qui sont encore ceux de notre temps.
    Professeur de philosophie à Lille III, directeur du Centre international d'étude de la philosophie française, Frédéric Worms est l'un des nouveaux penseurs qui comptent en France.

    220e anniversaire de la déclaration des Droits de l'Homme Promotion couplée avec La question des droits de l'homme n'est pas terminée dans la collection " Débats "

  • Tous les mots de la langue sont philosophiques. Particulièrement les plus communs d'entre eux qui renvoient aux expériences et aux problèmes de chacun - la vie, la mort, l'amour et la haine, la justice, l'être, etc. Ils introduisent à la philosophie. Mais le langage n'est pas neutre et, pour penser le réel, les philosophes doivent le redécouper, inventer de nouveaux sens, parfois de nouveaux mots.
    Ces créations conceptuelles décisives sont familières et mal connues, tels le cogito de Descartes ou le conatus de Spinoza. Enfin la philosophie, comme toute pratique rigoureuse, forge ses termes techniques, ses mots-outils, ses territoires : éthique, métaphysique, causalité, empirisme... Cet ouvrage propose donc des " entrées en philosophie " par ces trois sortes de mots. Par des définitions claires et informées, mais aussi originales et contemporaines, il initie aux notions, aux oeuvres, et à la pensée vivante.

  • Fondée en 1953 par Jean Hyppolite, la collection "Epiméthée" a été reprise en 1981, par Jean-Luc Marion, Professeur à l'Université de Paris IV-Sorbonne. Cette collection repose sur trois orientations : la traduction des grands textes de la tradition ; la phénoménologie, entendue comme tradition créatrice de la philosophie ; et enfin l'histoire de la philosophie.

  • Certaines expériences dans nos vies conduisent à la question du sens de la vie. "La vie a-t-elle un sens ?" Mystère. Vertige.

    Il faut revenir de ce vertige à ces expériences. Elles ont quelque chose de vital. Mais nous apprennent-elles quelque chose sur "la vie" ?

    Ces expériences sont relationnelles, deuils, violations, joies. Ces relations sont réelles, issues de la vie, ayant des effets sur nos vies. Elles renvoient à "la vie" - non pas comme à une essence, mais comme à une relation, non pas comme à une valeur, mais comme à une tension, entre destruction et création.

    Jalon pour un vitalisme critique.

    Car c'est bien "la vie" en effet, comme le chante Yves Montand dans Les Feuilles mortes, qui "sépare ceux qui s'aiment", et qui peut aussi les unir, ou plutôt qui, en dépassant cette alternative brutale de l'union et de la séparation radicales, permet aux vivants de vivre ensemble et séparément à la fois, individuellement et ensemble, enfin, aujourd'hui.

  • Bergson et la politique : ce sont d'abord des relations, connues ou inattendues, parfois les deux ensemble ! Ce sera la relation avec son condisciple, Jean Jaurès : elle n'est pas seulement un débat métaphysique essentiel de jeunesse, mais traverse leurs vies et leurs oeuvres, jusqu'aux limites brûlantes de deux guerres, en 1914, en 1941.
    Ce sera la reprise, la surprise, dans la lecture que Mohammed Iqbal et Leopold Senghor font de la « Révolution de 1889 », de l'Essai, donc, avant même l'apparition de « l'ouvert » dans Les deux sources de la morale et de la religion. On n'oubliera pas non plus, bien sûr, les avancées encore méconnues de ce dernier livre, qu'il faut reprendre pour lui-même et dans ses effets eux aussi inattendus : de la rédaction de la Déclaration des Droits de l'Homme de l'ONU, en 1948, à aujourd'hui.
    Tels sont les éléments du présent volume. Il comprend d'abord des inédits (lettres de Bergson à Ferdinand Buisson, article fondateur de Souleymane Bachir Diagne), et un double dossier (Bergson et Jaurès, préfacé par Vincent Peillon, Bergson et la politique, issu de rencontres internationales récentes), qui renouvellent en profondeur ces questions, ces relations. Il comprend aussi des Varia, qui reviennent au centre de sa philosophie (la durée) ou encore de ses relations (d'Aristote à Wittgenstein) et de sa réception (de l'Espagne à l'Argentine).
    Comme si, dans cette relation aujourd'hui reprise entre Bergson et la politique se jouaient les questions les plus tendues tout à la fois de son oeuvre singulière et du siècle entier.

  • A l'occasion du 220e anniversaire de la déclaration des Droits de l'Homme, une réflexion stimulante et polémique Qui est pour les Droits de l'Homme ? Tout le monde ou presque. Qui sait ce que sont vraiment les Droits de l'Homme ? Personne ou presque. Cette question essentielle pour la conscience moderne est loin d'être acquise, comprise, ou achevée.
    Revenant aux sources philosophiques, reprenant les contextes historiques qui ont présidé à son édification, Frédéric Worms montre, dans cet essai brillant et enlevé, comment une construction idéologique s'est superposée à une réflexion juridique. Comment une métaphysique sommaire et floue de l'homme a fini par supplanter une pensée raisonnée et rigoureuse du droit.
    Contre les déviations et les instrumentalisations qui confinent à un " droit-de- l'hommisme " aussi absurde qu'inefficace, Frédéric Worms nous invite à retrouver l'authentique esprit critique qui seul peut aujourd'hui être porteur d'universalité.

  • Introduire à ce livre, c'est remettre en perspective aussi bien les problèmes les plus classiques, le dualisme tel qu'il a été formulé depuis Descartes, que les débats les plus actuels, notamment autour de la philosophie de l'esprit et des sciences cognitives. C'est aussi saisir, à travers l'unité singulière de ce livre, le détail de ses arguments, l'unité propre à la philosophie de Bergson. Au commentaire de l'ouvrage s'ajoutent diverses annexes : table analytique du livre, études sur les essais qui le complètent, brève introduction aux autres grands livres de Bergson.


    Table des matières Présentation 1 -- Une théorie de la connaissance fondée sur l'action : le premier chapitre de Matière et mémoire 2 -- D'une théorie de la mémoire à une psychologie générale : les deux chapitres centraux de Matière et mémoire 3 -- Une métaphysique de la matière fondée sur la durée : le quatrième chapitre de Matière et mémoire Conclusions générales -- Brève introduction aux autres livres de Bergson -- Table analytique de Matière et mémoire -- Les cinq schémas de Matière et mémoire -- Indications bibliographiques

  • Étude de la partie la plus longue, voire la plus importante de l'Émile de Rousseau, sans la séparer du tout de l'ouvrage où elle prend place et, inversement, sans oublier son autonomie et celle de son problème philosophique propre. Ce commentaire est précédé d'un essai qui tente de revenir sur l'enjeu philosophique de l'oeuvre dans son ensemble.

  • Y a-t-il un lien entre les oeuvres de Husserl, Freud, Bergson, Russell, Durkheim et bien d'autres, toutes apparues autour de 1900 ? En 1900, se créent la Société française et les Congrès internationaux de philosophie.
    Mais y a-t-il pour autant un " Moment 1900 en philosophie " ? Autrement dit y a-t-il des problèmes communs à ces oeuvres singulières, appelées à dominer le siècle philosophique, et qui surgissent sinon en 1900 du moins entre 1890 et la rupture si brutale à tous égards de 1914 ? Telle est la question posée par ce livre, dans son unité et sa diversité. Diversité : il s'agit d'études menées par les meilleurs spécialistes non seulement sur les oeuvres philosophiques que l'on vient de citer et d'autres (d'Alain à Jaurès, de Nietzsche à Dilthey), mais aussi sur les sciences, les arts, et la politique.
    Unité : l'hypothèse qui organise le livre est reprise et discutée dans des textes entre lesquels se tissent donc des liens multiples, qui invitent le lecteur à autant de parcours. La tension de ce " moment " fondateur est celle du siècle qu'il ouvre, jusqu'à nous. La méditer, cent ans après, au seuil d'un nouveau siècle est indispensable.

  • "On ne peut s'empêcher devant les documents ici réunis, cours inédit de Bergson au Collège de France, celui de Deleuze sur Bergson ou le dossier issu des colloques de Prague et de Paris sur "Bergson et la phénoménologie" d'éprouver un sentiment un peu illusoire mais assez fort d'assister à l'histoire de la philosophie en train de se faire.... Bergson, Deleuze, la phénoménologie, des relations parmi celles qui ne sont pas dans ou pour une histoire de la philosophie indépendante d'elles, mais qui sont et qui font en même temps la philosophie et son histoire."

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