Folio

  • L'or

    Blaise Cendrars

    « L'Ouest.

    Mot mystérieux.
    Qu'est-ce que l'Ouest ? [...] Il y a des récits d'Indiens qui parlent d'un pays enchanté, de villes d'or, de femmes qui n'ont qu'un sein. Même les trappeurs qui descendent du nord avec leur chargement de fourrures ont entendu parler sous leur haute latitude de ces pays merveilleux de l'ouest où, disent-ils, les fruits sont d'or et d'argent. »

  • L'homme foudroyé

    Blaise Cendrars

    «Notre arrivée au Nain Jaune fit sensation. C'est ainsi que l'automne précédent j'avais vu entrer À la Rose, à Biarritz, le prince de Galles incognito entre deux belles filles qu'on lui avait jetées dans les bras et une bande de jeunes fous en délire. Mais le Nain Jaune était une maison sérieuse. C'était un tripot doublé d'une fumerie clandestine et l'on ne plaisante pas avec la drogue. Immédiatement on nous conduisit au petit bar privé, où d'autres gentlemen, tout aussi élégants et réservés que Félix et que Victor, les confrères avec qui ils avaient affaire, nous reçurent sans marquer aucune espèce d'étonnement. Il y a avait une femme parmi eux, la patronne du Nain Jaune, une grande latte astiquée, lustrée, calamistrée, avec des dents de jument et des yeux glauques.»

  • La main coupée

    Blaise Cendrars

    «Je m'empresse de dire que la guerre ça n'est pas beau et que, surtout ce qu'on en voit quand on y est mêlé comme exécutant, un homme perdu dans le rang, un matricule parmi des millions d'autres, est par trop bête et ne semble obéir à aucun plan d'ensemble mais au hasard. À la formule marche ou crève on peut ajouter cet autre axiome : va comme je te pousse! Et c'est bien ça, on va, on pousse, on tombe, on crève, on se relève, on marche et l'on recommence. De tous les tableaux des batailles auxquelles j'ai assisté je n'ai rapporté qu'une image de pagaïe».

    Blaise Cendrars rend hommage aux hommes qui se sont battus avec lui durant la Première Guerre mondiale et, tout en évoquant l'atrocité des carnages, nous offre une inoubliable leçon d'amitié et de courage.

  • Bourlinguer

    Blaise Cendrars

    «Rij était une pouffiasse, une femme-tonneau qui devait peser dans les 110, les 120 kilos. Je n'ai jamais vu un tel monument de chairs croulantes, débordantes. Elle passait sa journée et sa nuitée dans un fauteuil capitonné, fabriqué spécialement pour elle et qu'elle ne cessait d'ornementer, d'enrubanner, lui tressant des faveurs, des noeuds, des lacets d'or et d'argent...».

    Bourlinguer. Si Blaise Cendrars n'a pas inventé ce terme de marine, il lui a donné ses lettres de noblesse. Onze chapitres aux noms de ports pour chanter le départ et l'ouverture aux autres, de l'enfance napolitaine aux quais de la Seine. Onze chapitres pour tresser récits, aventures et lectures, de la mort tragique d'Elena à une rixe inoubliable, en passant par le bombardement de Hambourg et les tribulations d'une caravane dans les Andes.

  • « Chacun de ses mouvements découvrait ses jambes maigrichonnes de vieille femme enfilées dans des bas illusion couleur chair qui faisaient démodé mais riche, ornementés qu'ils étaient de brillants minuscules sertis entre les mailles de soie et qui pétillaient de mille éclats, crépitaient, palpitaient, grouillaient à même la peau comme de la vermine pour milliardaire. Elle avait acheté cette paire de bas unique au monde à un anarchiste espagnol, un réfugié politique rencontré dans un bar de Montmartre, qui les avait arrachés en septembre 1936 à Notre-Dame de Guadalupe de Badajoz, en Estrémadure, dépouillant la statue miraculeuse de la Madone. »

  • « C'est le Paradis terrestre ! » À cette exclamation, Blaise Cendrars répond en 1952 par ce livre, longtemps introuvable. Des immeubles cariocas au labyrinthe amazonien, en passant par le destin monotone des gauchos et les paysages désolés du Nordeste, il nous donne à voir un pays tourné vers l'avenir, pétri de contradictions. Car l'homme est partout un loup pour l'homme. Ce texte, d'une actualité saisissante, est illustré de trente-cinq photographies de Jean Manzon issues de l'édition originale.

  • Le lotissement du ciel

    Blaise Cendrars

    « La lévitation est liée à l'extase.
    Le plus fameux d'entre eux par le prodige et la fréquence du phénomène, saint Joseph de Cupertino, se distingue par une rare inaptitude à tous les travaux du corps et de l'esprit. Mais son goût des raffinements ascétiques fait date, tout comme ont été notés son obéissance, son amour de Dieu, ses ravissements spirituels, sa joie, sa bonne humeur, les paroles de la belle prière qu'on lui attribue et sa prouesse mémorable, ce record unique dans les annales de la lévitation et de l'aviation, de son vol en marche arrière ! »Livre d'oiseaux, d'aviateurs et de saints, Le lotissement du ciel est le récit d'une quête spirituelle, mêlant notamment à la vie de Joseph de Cupertino, le saint volant, celle d'Oswaldo Padroso, un fazeindero brésilien pris d'un amour fou pour la tragédienne Sarah Bernhardt.
    Le lotissement du ciel appartient aux Mémoires de Cendrars, qui comprennent également L'homme foudroyé, La main coupée et Bourlinguer.

  • Histoires vraies

    Blaise Cendrars

    Existe-t-il vraiment ce passage secret qui mène à la Banque d'Angleterre ? Et la TPMTR, cette ligue de marins garantissant aux morts en mer un enterrement au pays natal ? Et ce Saint inconnu, sacristain de la cathédrale de Santiago ? Qu'importe. Du Far West à l'Argentine, de Londres à la forêt vierge, Blaise Cendrars nous invite dans ses sept "histoires vraies" à ouvrir les yeux sur les beautés du monde et sa part de mystère

  • L'amiral

    Blaise Cendrars

    Texte extrait du recueil D'Oultremer à Indigo.

  • Dan Yack

    Blaise Cendrars

    Dan Yack commence comme une parabole et s'achève comme un lamento : Le Plan de l'Aiguille et Les Confessions de Dan Yack furent d'abord publiés séparément avant d'être réunis par Blaise Cendrars. Ce livre de dissonances vire sans cesse du burlesque au tragique, de la violence au rire, du drame à la pantomime. Quand à Dan Yack, ce milliardaire anglais au nom bizarre, il échappe à la saisie. D'abord présenté à la manière de Charlot, il ressurgit sous les traits d'un héros en proie au mal du siècle. Dans le tourbillon des aventures qui l'emportent à travers le monde, une question pourtant ne le quitte pas : est-il possible de changer sa vie? Et à quel prix?

    Dan Yack reste le plus secret des grands romans de Blaise Cendrars, celui qui touche au plus brûlant, au plus intime.

  • «J'ai remonté l'Orénoque durant quatre-vingt-seize jours, quatre-vingt-seize jours en pirogue, et quand je suis revenu sur la côte, j'étais maigre, tanné, tout couvert de piqûres de moustiques, malade, mais j'étais fier de moi car je rapportais dans mon herbier une fleur de la forêt vierge, une fleur de la solitude, une fleur inédite, une fleur qui ne se laisse pas transplanter. C'est une variété de lis qu'on ne trouve qu'au plus profond de la jungle de l'Orénoque. Les Indiens l'appellent la fleur qui change de couleur. En effet, tôt, le matin, cette fleur est d'un blanc éclatant. Vers dix heures de l'avant-midi, elle est légèrement rosée. À midi, elle est d'un rouge vif. Au commencement de l'après-midi, elle se pare d'une teinte orangée qui passe, peu après, au violet intense. Dans la soirée, le violet tourne au bleu clair, bleu lumineux, couleur phosphorescente que ce merveilleux lis conserve toute la nuit pour redevenir blanc, à l'aube. C'est une énigme que j'ai passé toute ma vie à étudier sans en trouver le fin mot.»

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