Blaise Cendrars

  • L'or

    Blaise Cendrars

    « L'Ouest.

    Mot mystérieux.
    Qu'est-ce que l'Ouest ? [...] Il y a des récits d'Indiens qui parlent d'un pays enchanté, de villes d'or, de femmes qui n'ont qu'un sein. Même les trappeurs qui descendent du nord avec leur chargement de fourrures ont entendu parler sous leur haute latitude de ces pays merveilleux de l'ouest où, disent-ils, les fruits sont d'or et d'argent. »

  • Comme l'indique Claude Leroy avec une réjouissante exactitude dans son introduction aux Poésies complètes, « poète, Cendrars n'aimait pas le genre poète. » Car il était de ceux qui vivent la poésie avant de l'écrire, de ceux qui ne se contentent pas d'un destin sur le papier. « Cendrars, précise Claude Leroy, a voulu être celui par qui la modernité arrive - comme un scandale permanent. C'est le profond aujourd'hui qu'il s'attache à célébrer dans son jaillissement, sa profusion, ses rebonds et ses surprises. Les merveilles du monde moderne ne sont plus au nombre de 7 pour celui qui en connaît 700 ou 800 autres qui naissent et meurent chaque jour. Alors que tout change autour de lui, comment le poète - conscience de son temps - ne se tiendrait-il pas aux antipodes de l'unité ? Ne pas se ressembler aura été pour Cendrars une règle de vie autant qu'un impératif d'écriture. Étonnant paradoxe : si le ton Cendrars est reconnaissable entre tous, il n'existe pas pour autant de poème à la Cendrars. Entre le petit nombre de poèmes qu'il a signés et leur extrême diversité, le contraste touche au plus grand écart. Dès qu'une forme risque de tourner à la formule, par volonté ou par contrainte, le poète rompt avec soi-même. » Et Cendrars d'affirmer : « Toute vie n'est qu'un poème, un mouvement. Je ne suis qu'un mot, un verbe, une profondeur, dans le sens le plus sauvage, le plus mystique, le plus vivant. »

  • L'homme foudroyé

    Blaise Cendrars

    «Notre arrivée au Nain Jaune fit sensation. C'est ainsi que l'automne précédent j'avais vu entrer À la Rose, à Biarritz, le prince de Galles incognito entre deux belles filles qu'on lui avait jetées dans les bras et une bande de jeunes fous en délire. Mais le Nain Jaune était une maison sérieuse. C'était un tripot doublé d'une fumerie clandestine et l'on ne plaisante pas avec la drogue. Immédiatement on nous conduisit au petit bar privé, où d'autres gentlemen, tout aussi élégants et réservés que Félix et que Victor, les confrères avec qui ils avaient affaire, nous reçurent sans marquer aucune espèce d'étonnement. Il y a avait une femme parmi eux, la patronne du Nain Jaune, une grande latte astiquée, lustrée, calamistrée, avec des dents de jument et des yeux glauques.»

  • La main coupée

    Blaise Cendrars

    «Je m'empresse de dire que la guerre ça n'est pas beau et que, surtout ce qu'on en voit quand on y est mêlé comme exécutant, un homme perdu dans le rang, un matricule parmi des millions d'autres, est par trop bête et ne semble obéir à aucun plan d'ensemble mais au hasard. À la formule marche ou crève on peut ajouter cet autre axiome : va comme je te pousse! Et c'est bien ça, on va, on pousse, on tombe, on crève, on se relève, on marche et l'on recommence. De tous les tableaux des batailles auxquelles j'ai assisté je n'ai rapporté qu'une image de pagaïe».

    Blaise Cendrars rend hommage aux hommes qui se sont battus avec lui durant la Première Guerre mondiale et, tout en évoquant l'atrocité des carnages, nous offre une inoubliable leçon d'amitié et de courage.

  • Bourlinguer

    Blaise Cendrars

    «Rij était une pouffiasse, une femme-tonneau qui devait peser dans les 110, les 120 kilos. Je n'ai jamais vu un tel monument de chairs croulantes, débordantes. Elle passait sa journée et sa nuitée dans un fauteuil capitonné, fabriqué spécialement pour elle et qu'elle ne cessait d'ornementer, d'enrubanner, lui tressant des faveurs, des noeuds, des lacets d'or et d'argent...».

    Bourlinguer. Si Blaise Cendrars n'a pas inventé ce terme de marine, il lui a donné ses lettres de noblesse. Onze chapitres aux noms de ports pour chanter le départ et l'ouverture aux autres, de l'enfance napolitaine aux quais de la Seine. Onze chapitres pour tresser récits, aventures et lectures, de la mort tragique d'Elena à une rixe inoubliable, en passant par le bombardement de Hambourg et les tribulations d'une caravane dans les Andes.

  • On croit savoir que Freddy Sauser devint poète à New York dans la nuit du 6 avril 1912, qu'il se changea en Blaise Cendrars à cette occasion, puis qu'il renonça au poème, au profit d'une autre écriture, de la main gauche cette fois, dans la nuit du 1er septembre 1917, à Méréville (Seine-et-Oise). Rare précision des dates... À nuancer toutefois. Deux recueils paraissent encore en 1924, et il se peut que la ligne de partage entre poèmes et «fictions» (ce mot, à nuancer lui-même) ne soit pas si nette. Au reste, entre 1917 et 1924, Cendrars renonce au poème, pas à la poésie. L'une des vertus de cette édition, dont les deux titres semblent entériner le mythe de la rupture forgé par l'écrivain, est de mettre en évidence la cohérence souterraine qui fait de lui, dans ses romans aussi bien que dans ses recueils, le poète de la modernité.
    Modernité, et non avant-garde. Il ne s'agit pas de célébrer le futur. C'est le Profond aujourd'hui qui retient Cendrars, et il est bon que la chronologie place en tête des «oeuvres romanesques», comme une enseigne, l'inclassable texte de 1917 ainsi intitulé. «La modernité a tout remis en question.» Elle crée des besoins «de précision, de vitesse, d'énergie» qui détraquent les sens et le coeur de l'homme. Le romanesque doit mettre au point «le nouveau régime de la personnalité humaine». Telle est l'ambition de Cendrars.
    Elle ne s'accommode d'aucune «recette». «Consultez mes oeuvres. Il n'y a pas de principe ; il n'y a que des réalisations.» L'Or et Moravagine sont «deux pôles aussi différents l'un de l'autre par l'écriture et la conception que s'ils étaient l'ouvrage de deux écrivains sans tendresse réciproque», dira l'ami t'Serstevens. Cendrars ne tient pas à enfoncer le clou. «Quand on aime il faut partir», se renouveler, élargir les cases, se jouer des formes. Les Sonnets sont dénaturés, les Poèmes élastiques, Rhum est un reportage romancé, et les Histoires dites vraies entretiennent un rapport complexe avec la fiction. «Plus un papier est vrai, plus il doit paraître imaginaire.» Et vice versa : la fugue du Transsibérien était imaginaire, mais plus vraie que vraie.
    C'est dire qu'il entre une part de convention dans les intitulés donnés aux volumes que la Pléiade consacre à Blaise Cendrars. Poétiques, romanesques, autobiographiques : la plupart des ouvrages relèvent, dans des proportions variables, des trois catégories. Les territoires respectifs de la fiction et de la réalité se recouvrent. Et à lire le romancier, on voit à quel point les préoccupations du poète demeurent actives, et comment elles atténuent ou effacent les frontières entre les genres. «Les inventions d'inconnu réclament des formes nouvelles», disait Rimbaud.

  • Choix des poèmes :
    - La Prose du Transsibérien - Les Pâques à New York - Le Panama ou les Aventures de mes sept oncles « Dis, Blaise, sommes-nous bien loin de Montmartre ? » demande Jeanne au jeune poète, alter ego de Blaise Cendrars, dans le train mythique qui relie Moscou à Vladivostok.
    À travers cette épopée de plus de quatre cents vers qu'est La Prose du Transsibérien, ce sont la vitesse, le mouvement et le sentiment de liberté qui nous sont donnés à lire, au rythme du voyage.
    Regroupant également Les Pâques à New York et Le Panama ou les Aventures de mes sept oncles, ce recueil montre l'incroyable diversité et l'envoûtante modernité de la poésie de Blaise Cendrars, et invite le lecteur à la rêverie.
    Groupements de textes :
    1. Voyages poétiques Pagination : 160 2. Blaise Cendrars par lui-même

  • On croit savoir que Freddy Sauser devint poète à New York dans la nuit du 6 avril 1912, qu'il se changea en Blaise Cendrars à cette occasion, puis qu'il renonça au poème, au profit d'une autre écriture, de la main gauche cette fois, dans la nuit du 1er septembre 1917, à Méréville (Seine-et-Oise). Rare précision des dates... À nuancer toutefois. Deux recueils paraissent encore en 1924, et il se peut que la ligne de partage entre poèmes et «fictions» (ce mot, à nuancer lui-même) ne soit pas si nette. Au reste, entre 1917 et 1924, Cendrars renonce au poème, pas à la poésie. L'une des vertus de cette édition, dont les deux titres semblent entériner le mythe de la rupture forgé par l'écrivain, est de mettre en évidence la cohérence souterraine qui fait de lui, dans ses romans aussi bien que dans ses recueils, le poète de la modernité.
    Modernité, et non avant-garde. Il ne s'agit pas de célébrer le futur. C'est le Profond aujourd'hui qui retient Cendrars, et il est bon que la chronologie place en tête des «oeuvres romanesques», comme une enseigne, l'inclassable texte de 1917 ainsi intitulé. «La modernité a tout remis en question.» Elle crée des besoins «de précision, de vitesse, d'énergie» qui détraquent les sens et le coeur de l'homme. Le romanesque doit mettre au point «le nouveau régime de la personnalité humaine». Telle est l'ambition de Cendrars.
    Elle ne s'accommode d'aucune «recette». «Consultez mes oeuvres. Il n'y a pas de principe ; il n'y a que des réalisations.» L'Or et Moravagine sont «deux pôles aussi différents l'un de l'autre par l'écriture et la conception que s'ils étaient l'ouvrage de deux écrivains sans tendresse réciproque», dira l'ami t'Serstevens. Cendrars ne tient pas à enfoncer le clou. «Quand on aime il faut partir», se renouveler, élargir les cases, se jouer des formes. Les Sonnets sont dénaturés, les Poèmes élastiques, Rhum est un reportage romancé, et les Histoires dites vraies entretiennent un rapport complexe avec la fiction. «Plus un papier est vrai, plus il doit paraître imaginaire.» Et vice versa : la fugue du Transsibérien était imaginaire, mais plus vraie que vraie.
    C'est dire qu'il entre une part de convention dans les intitulés donnés aux volumes que la Pléiade consacre à Blaise Cendrars. Poétiques, romanesques, autobiographiques : la plupart des ouvrages relèvent, dans des proportions variables, des trois catégories. Les territoires respectifs de la fiction et de la réalité se recouvrent. Et à lire le romancier, on voit à quel point les préoccupations du poète demeurent actives, et comment elles atténuent ou effacent les frontières entre les genres. «Les inventions d'inconnu réclament des formes nouvelles», disait Rimbaud.

  • Moravagine -- dernier descendant d'une famille royale en exil -- incarne la folie et le mal. Son confident raconte son histoire. Moravagine est le double diabolique de Cendrars, qui signait là, en 1926, un roman d'aventures et un poème épique.

  • On croit savoir que Freddy Sauser devint poète à New York dans la nuit du 6 avril 1912, qu'il se changea en Blaise Cendrars à cette occasion, puis qu'il renonça au poème, au profit d'une autre écriture, de la main gauche cette fois, dans la nuit du 1er septembre 1917, à Méréville (Seine-et-Oise). Rare précision des dates... À nuancer toutefois. Deux recueils paraissent encore en 1924, et il se peut que la ligne de partage entre poèmes et «fictions» (ce mot, à nuancer lui-même) ne soit pas si nette. Au reste, entre 1917 et 1924, Cendrars renonce au poème, pas à la poésie. L'une des vertus de cette édition, dont les deux titres semblent entériner le mythe de la rupture forgé par l'écrivain, est de mettre en évidence la cohérence souterraine qui fait de lui, dans ses romans aussi bien que dans ses recueils, le poète de la modernité.
    Modernité, et non avant-garde. Il ne s'agit pas de célébrer le futur. C'est le Profond aujourd'hui qui retient Cendrars, et il est bon que la chronologie place en tête des «oeuvres romanesques», comme une enseigne, l'inclassable texte de 1917 ainsi intitulé. «La modernité a tout remis en question.» Elle crée des besoins «de précision, de vitesse, d'énergie» qui détraquent les sens et le coeur de l'homme. Le romanesque doit mettre au point «le nouveau régime de la personnalité humaine». Telle est l'ambition de Cendrars.
    Elle ne s'accommode d'aucune «recette». «Consultez mes oeuvres. Il n'y a pas de principe ; il n'y a que des réalisations.» L'Or et Moravagine sont «deux pôles aussi différents l'un de l'autre par l'écriture et la conception que s'ils étaient l'ouvrage de deux écrivains sans tendresse réciproque», dira l'ami t'Serstevens. Cendrars ne tient pas à enfoncer le clou. «Quand on aime il faut partir», se renouveler, élargir les cases, se jouer des formes. Les Sonnets sont dénaturés, les Poèmes élastiques, Rhum est un reportage romancé, et les Histoires dites vraies entretiennent un rapport complexe avec la fiction. «Plus un papier est vrai, plus il doit paraître imaginaire.» Et vice versa : la fugue du Transsibérien était imaginaire, mais plus vraie que vraie.
    C'est dire qu'il entre une part de convention dans les intitulés donnés aux volumes que la Pléiade consacre à Blaise Cendrars. Poétiques, romanesques, autobiographiques : la plupart des ouvrages relèvent, dans des proportions variables, des trois catégories. Les territoires respectifs de la fiction et de la réalité se recouvrent. Et à lire le romancier, on voit à quel point les préoccupations du poète demeurent actives, et comment elles atténuent ou effacent les frontières entre les genres. «Les inventions d'inconnu réclament des formes nouvelles», disait Rimbaud.

    Édition publiée sous la direction de Claude Leroy avec la collaboration de Marie-Paule Berranger, Myriam Boucharenc, Jean-Carlo Flückiger et Christine Le Quellec Cottier.

  • "Je vous admire et je vous plains, lui disais-je. Mais déjà Mme Adrienne P. se sauvait car d'autres blessés réclamaient ses soins. Mon bras coupé me faisait mal. Sale guerre ! disais-je à haute voix." Dans ce court récit autobiographique, Cendrars, qui fut amputé du bras droit en 1915, raconte les souffrances et le chaos engendrés par la guerre et rend hommage à ceux qui, par leur courage et leur générosité, l'ont transformé en aventure humaine.

  • Les deux tomes consacrés aux ouvrages autobiographiques de Cendrars sont construits autour des quatre grands livres publiés entre 1945 et 1949 - L'Homme foudroyé, La Main coupée, Bourlinguer, Le Lotissement du ciel -, qui forment en quelque sorte un « cycle autobiographique ».
    La « tétralogie » autobiographique est suivie d'un texte tardif qui constitue le dernier écrit personnel de Cendrars : J'ai vu mourir Fernand Léger, témoignage sur les derniers jours et sur la mort du peintre qui avait illustré la plaquette J'ai tué en 1918.
    On rassemble en outre au tome II des « Écrits de jeunesse » (1911-1912) non publiés du vivant de l'auteur et qui constituent les premières esquisses autobiographiques que nous connaissions de lui. Enfin, un ensemble d'« Entretiens et propos rapportés » procure en quelque sorte les éléments d'un « autoportrait parlé » de Cendrars.

  • Les deux tomes consacrés aux ouvrages autobiographiques de Cendrars sont construits autour des quatre grands livres publiés entre 1945 et 1949 - L'Homme foudroyé, La Main coupée, Bourlinguer, Le Lotissement du ciel -, qui forment en quelque sorte un « cycle autobiographique ».
    Cette « tétralogie » informelle est précédée d'un important recueil conçu par Cendrars et intitulé par lui Sous le signe de François Villon. Composé de quatre textes dont deux connurent des éditions séparées, cet ensemble d'écrits personnels est à ce jour inédit sous la forme que Cendrars avait souhaité lui donner.
    La « tétralogie » autobiographique est suivie d'un texte tardif qui constitue le dernier écrit personnel de Cendrars : J'ai vu mourir Fernand Léger, témoignage sur les derniers jours et sur la mort du peintre qui avait illustré la plaquette J'ai tué en 1918.
    On rassemble en outre au tome II des « Écrits de jeunesse » (1911-1912) non publiés du vivant de l'auteur et qui constituent les premières esquisses autobiographiques que nous connaissions de lui. Enfin, un ensemble d'« Entretiens et propos rapportés » procure en quelque sorte les éléments d'un « autoportrait parlé » de Cendrars.

  • J'ai tué

    Blaise Cendrars

    Lorsque la guerre de 14 éclate, Cendrars s'engage comme volontaire ; il est blessé et perd son bras droit en 1915. L'expérience du combat et de la mort réapparaîtra constamment dans son oeuvre, à commencer par ce premier pamphlet écrit de la main gauche dénonçant violemment l'ignominie de la guerre. Nous reprenons ici en fac simile l'édition originale imprimée en couleurs par François Bernouard en 1918.

  • Blaise Cendrars Rhum « J'ai vécu la vie de mon ami le chat-tigre. La jungle qui tue ne m'a pas eu, elle me fera grâce parce que je l'aime d'un amour fervent, parce que je lui dois tout, parce qu'elle m'a appris à être libre. La jungle est l'ennemi loyal et sûr, qui frappe en face, qui prend à bras-le-corps. L'adversaire hideux et bête, qui torture et qui fuit, le plus redoutable ennemi dans la jungle c'est l'homme... » B.C.

  • Avec les dessins de l'auteur

  • En 1929, lors de sa parution, Une nuit dans la forêt était sous-titré «premier fragment d'une autobiographie». Trois ans plus tard, Blaise Cendrars évoquait pour la première fois ses souvenirs d'enfance dans Vol à voile et prévoyait une suite (perdue ou non écrite) qui devait s'intituler «Un début dans la vie». Mais de quelle vie s'agit-il? et comment la raconter?
    Certains élèvent des cathédrales. Cendrars construit des labyrinthes. D'autres mémorialistes (mais en est-il un?) sont les esclaves du temps et des faits. Lui ne se soucie ni de chronologie ni d'exactitude. La vérité qui compte est celle du sens. «Je crois à ce que j'écris, je ne crois pas à ce qui m'entoure et dans quoi je trempe ma plume pour écrire.» On imagine l'enthousiasme du jeune Freddy découvrant, grâce à Hans Vaihinger, que la vérité pouvait n'être que «la forme la plus opportune de l'erreur».
    Se créer une légende, voilà la grande affaire. Il en éprouvera toujours le besoin, ce qui est d'ailleurs, selon lui, l'«un des traits les plus caractéristiques du génie». «Je me suis fabriqué une vie d'où est sorti mon nom», dira-t-il, sur le tard, mais ce fantasme d'auto-engendrement est ancien. Quand on lui demanda, en 1929, si «Blaise Cendrars» était son vrai nom, il répondit : «C'est mon nom le plus vrai.» Le pseudonyme devient vrai en échappant à l'emprise de la filiation. De même, en s'émancipant de la tyrannie des faits, la «vie pseudonyme» du poète acquiert une authenticité supérieure et devient «légende», c'est-à-dire (comme l'indiquent l'étymologie et Jean Genet) lisible.
    Il va de soi que les livres qui résultent de cette recréation du réel ne peuvent être qualifiés d'«autobiographiques» que par convention. Chez Cendrars, l'écriture de soi relève moins du pacte autobiographique que de ce que Claude Louis-Combet appelle l'(auto)mythobiographie : prendre en compte le vécu, soit, mais à partir de ses éléments oniriques et mythologiques. Cendrars fait de son existence la proie des mythes et des «hôtes de la nuit», rêves et fantasmes.
    Autobiographiques par convention, donc, et complètes. jusqu'à un certain point (car l'autobiographique est partout présent chez Cendrars, jusque dans ses romans), les oeuvres ici rassemblées s'organisent autour des quatre grands livres publiés entre 1945 et 1949 : L'Homme foudroyé, La Main coupée, Bourlinguer et Le Lotissement du ciel. Cette «tétralogie» informelle est précédée de Sous le signe de François Villon, important recueil demeuré jusqu'à ce jour inédit en tant que tel. Elle est suivie du dernier texte personnel de Cendrars, J'ai vu mourir Fernand Léger, témoignage sur les derniers jours du peintre qui avait illustré la plaquette J'ai tué en 1918. On rassemble en outre, au tome II, les «Écrits de jeunesse» (1911-1912) au fil desquels Frédéric Sauser renaît en Blaise Cendrars. Enfin, un ensemble d'«Entretiens et propos rapportés» procure les éléments d'un autoportrait parlé.

  • « Chacun de ses mouvements découvrait ses jambes maigrichonnes de vieille femme enfilées dans des bas illusion couleur chair qui faisaient démodé mais riche, ornementés qu'ils étaient de brillants minuscules sertis entre les mailles de soie et qui pétillaient de mille éclats, crépitaient, palpitaient, grouillaient à même la peau comme de la vermine pour milliardaire. Elle avait acheté cette paire de bas unique au monde à un anarchiste espagnol, un réfugié politique rencontré dans un bar de Montmartre, qui les avait arrachés en septembre 1936 à Notre-Dame de Guadalupe de Badajoz, en Estrémadure, dépouillant la statue miraculeuse de la Madone. »

  • Au fil de deux nouvelles courtes mais d'une densité incroyable, Cendrars raconte l'horreur de la Première Guerre mondiale. J'ai tué, c'est l'arrivée massive des soldats au Front, insouciants et inconscients de la boucherie imminente. Porté par cette masse humaine, l'auteur décrit le sentiment d'impunité qui l'anime lorsqu' il assassine au couteau un soldat allemand sur le champ de bataille.
    Dans J'ai saigné, l'auteur vient de perdre son bras, emporté par une rafale de mitrailleuse. Il est arraché au Front dans une fuite sordide, sous les bombes, et amené à un hôpital de campagne où il passe une longue convalescence, entouré de blessés de guerre qui s'avèrent finalement bien moins chanceux que lui.

  • Le titre retenu pour ce volume, Partir, annonce explicitement le projet éditorial.
    Sont ici réunis des textes choisis, organisés autour du thème du voyage, l'un des thèmes forts de l'oeuvre. Les textes sont assemblés par genre et, à l'intérieur du genre, par ordre chronologique. La vie nomade de Cendrars et l'extrême diversité de ses livres ont fait passer pour un touche-à-tout celui que sa curiosité et son ambition littéraire poussaient à une expérimentation incessante. L'ouverture de ses archives à la Bibliothèque nationale suisse de Berne a dissipé cette réputation d'improvisateur.
    Vie et écriture pour lui ne font qu'un : « la vie pauvre » des hommes de lettres le désespère. Partir, c'est être en phase avec le mouvement perpétuel, qui commande toute création. Et la bourlingue, telle qu'il la pratique, se mesure moins à la liste de ses voyages qu'au pouvoir de renouvellement de sa création.

  • « C'est le Paradis terrestre ! » À cette exclamation, Blaise Cendrars répond en 1952 par ce livre, longtemps introuvable. Des immeubles cariocas au labyrinthe amazonien, en passant par le destin monotone des gauchos et les paysages désolés du Nordeste, il nous donne à voir un pays tourné vers l'avenir, pétri de contradictions. Car l'homme est partout un loup pour l'homme. Ce texte, d'une actualité saisissante, est illustré de trente-cinq photographies de Jean Manzon issues de l'édition originale.

  • Le lotissement du ciel

    Blaise Cendrars

    « La lévitation est liée à l'extase.
    Le plus fameux d'entre eux par le prodige et la fréquence du phénomène, saint Joseph de Cupertino, se distingue par une rare inaptitude à tous les travaux du corps et de l'esprit. Mais son goût des raffinements ascétiques fait date, tout comme ont été notés son obéissance, son amour de Dieu, ses ravissements spirituels, sa joie, sa bonne humeur, les paroles de la belle prière qu'on lui attribue et sa prouesse mémorable, ce record unique dans les annales de la lévitation et de l'aviation, de son vol en marche arrière ! »Livre d'oiseaux, d'aviateurs et de saints, Le lotissement du ciel est le récit d'une quête spirituelle, mêlant notamment à la vie de Joseph de Cupertino, le saint volant, celle d'Oswaldo Padroso, un fazeindero brésilien pris d'un amour fou pour la tragédienne Sarah Bernhardt.
    Le lotissement du ciel appartient aux Mémoires de Cendrars, qui comprennent également L'homme foudroyé, La main coupée et Bourlinguer.

  • Histoires vraies

    Blaise Cendrars

    Existe-t-il vraiment ce passage secret qui mène à la Banque d'Angleterre ? Et la TPMTR, cette ligue de marins garantissant aux morts en mer un enterrement au pays natal ? Et ce Saint inconnu, sacristain de la cathédrale de Santiago ? Qu'importe. Du Far West à l'Argentine, de Londres à la forêt vierge, Blaise Cendrars nous invite dans ses sept "histoires vraies" à ouvrir les yeux sur les beautés du monde et sa part de mystère

  • L'amiral

    Blaise Cendrars

    Texte extrait du recueil D'Oultremer à Indigo.

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