Le Tripode

  • 24 fois la vérité

    Raphaël Meltz

    Il y a Gabriel, un opérateur de cinéma qui a parcouru le vingtième siècle l'oeil rivé derrière sa caméra : de l'enterrement de Sarah Bernhardt au tournage du Mépris, du défilé de la paix de 1919 au 11 septembre 2001, il aura été le témoin muet d'un monde chaotique, et de certains de ses vertiges. Il y a Adrien, son petit-fils, qui est journaliste spécialisé dans les choses numériques qui envahissent désormais nos vies. Et il y a le roman qu'Adrien a décidé d'écrire sur son grand-père.

    En vingt-quatre chapitres, raconter une vie. Vingt-quatre chapitres comme les vingt-quatre images qui font chaque seconde d'un film. Vingt-quatre chapitres pour tenter de saisir la vérité : que reste-t-il de ce qui n'est plus là ? Que connaît-on de ce qu'on a vu sans le vivre ? Que faire, aujourd'hui, de tant d'images ?

  • Dans ce monde des confins, une nuit, une fracture de la banquise sépare une jeune femme inuit de sa famille. Uqsuralik se voit livrée à elle-même, plongée dans la pénombre et le froid polaire. Elle n'a d'autre solution pour survivre que d'avancer, trouver un refuge. Commence ainsi pour elle, dans des conditions extrêmes, le chemin d'une quête qui, au-delà des vastitudes de l'espace arctique, va lui révéler son monde intérieur.

  • « Le vent de ses yeux m'emporte vers lui, et même si mon corps immobile résiste, ma main se retourne pour rencontrer sa paume. Dans le cercle de lumière la vie de ma main se perd dans la sienne et je ferme les yeux. Il me soulève de terre, et dans des gestes connus l'enchantement de mes sens ressuscite, réveillant à la joie mes nerfs et mes veines. Je ne m'étais pas trompée, la Mort me surveille à distance, mais juste pour me mettre à l'épreuve. Il faut que j'accepte le danger, si seul ce danger a le pouvoir de rendre vie à mes sens, mais avec calme, sans tremblements d'enfance. » L'Art de la joie est principalement le roman d'une vie, celle de Modesta, personnage magnifique né le 1er janvier 1900 sur les pentes de l'Etna, en Sicile. Du chaos misérable de son enfance aux hasards de la vie qui feront d'elle l'héritière insoumise d'une famille dégénérée de nobles siciliens, c'est en fait à un apprentissage de la liberté que cette oeuvre nous invite.

  • Mort aux girafes Nouv.

    Mort aux girafes

    Pierre Demarty

    Voir Bar-le-Duc et mourir : on connaît le dicton. Frédéric Berthet, lui en tout cas, le connaissait, qui n'a sans doute pas choisi par hasard le chef-lieu de la Meuse pour mettre fin à ses jours. Mais pour quelles raisons ? Se peut-il que son suicide soit lié à l'affaire Flamurd ? Comment expliquer autrement l'implication dans cette trouble histoire d'un ancien bibliothécaire devenu détective privé malgré lui, d'un inquiétant colosse serbe et d'un jeune Sri-Lankais converti au judaïsme ? À moins qu'il ne faille remonter à l'année 1862 pour trouver la clé de l'énigme. Ou encore - prenons soin de ne pas écarter cette hypothèse - que tout ceci ne soit qu'un gigantesque malentendu.
    Avançant sous le masque de la digression et du coq-à-l'âne poussés dans leurs ultimes retranchements pour mieux aborder des questions graves telles que la mort, l'amour, la cohabitation interethnique en milieu carcéral et l'épépinage des groseilles, Mort aux girafes est un cri d'indignation, un brûlot féministe, un thriller haletant aux résonances écologiques en prise avec l'actualité la plus actuelle - bref, on l'aura compris, un roman coup de poing dont on ne sort pas indemne.

  • Satires Nouv.

    Satires

    Edgar Hilsenrath

    « Tout est fini. La vie d'un Allemand ne vaut plus la peine d'être vécue. Les Ricains vont débarquer. Puis les travailleurs immigrés. Mais attends, ma chère Gerda. Il y aura d'abord la faim, et la dénazification. Puis la réforme monétaire. Après, ça ira peut-être mieux. Mais sans moi, Gerda. Je ne veux plus. Oui, on remontera la pente. Et il y aura de nouveau des Forêt noire aux cerises et des gâteaux aux fraises. Les Allemands seront de plus en plus gras et ne voudront plus travailler. Alors les travailleurs immigrés viendront faire les travaux pénibles. Et tu seras seule, Gerda. Et tu vieilliras. Et tu seras de plus en plus grosse à force de manger du gâteau aux fraises. Du gâteau aux fraises avec de la chantilly ».

    Dans un ensemble de dialogues absurdes et souvent grotesques, Edgar Hilsenrath livre son regard sur une Allemagne qu'il redécouvre après un long exil. Nazis croupissants et veuves de guerre, travailleurs immigrés et jeune génération en quête d'identité : un survivant de la Shoah dit le dérisoire de la réalité, d'un passé irrésolu qui hante ses personnages, et c'est tout le génie de l'écrivain qui surgit à nouveau.

    L'illustration de couverture a été réalisée par Henning Wagenbreth.

  • Ancestrale

    Goliarda Sapienza

    Si Goliarda Sapienza est connue pour ses romans, et notamment son chef-d'oeuvre L'Art de la joie, ses premiers écrits étaient des poèmes.
    Longtemps rejetés par les éditeurs italiens, ce n'est qu'en 2013 qu'ils ont été publiés pour la première fois. Écrits dans les années cinquante, on retrouve dans ces textes imprégnés de mélancolie, de solitude et de désir, la mythologie personnelle de l'auteure et les motifs qui parcourront par la suite l'ensemble de son oeuvre.
    C'est dans une édition bilingue que nous proposons aux lecteurs de découvrir Ancestrale, dans l'espoir que ce livre rendra au mieux la singularité et la beauté de la voix de Goliarda Sapienza.

  • L'Homme qui savait la langue des serpents raconte l'histoire du dernier des hommes qui parlait la langue des serpents, de sa sour qui tomba amoureuse d'un ours, de sa mère qui rôtissait compulsivement des élans, de son grand-père qui guerroyait sans jambes, de son oncle qu'il aimait tant, d'une jeune fille qui croyait en l'amour, d'un sage qui ne l'était pas tant que ça, d'une paysanne qui rêvait d'un loup-garou, d'un vieil homme qui chassait les vents, d'une salamandre qui volait dans les airs, d'australopithèques qui élevaient des poux géants, d'un poisson titanesque las de ce monde et de chevaliers teutons un peu épouvantés par tout ce qui précède.

    Peuplé de personnages étonnants, empreint de réalisme magique et d'un souffle inspiré des sagas scandinaves, L'Homme qui savait la langue des serpents révèle l'humour et de l'imagination franchement délirante d'Andrus Kivirähk. Le roman retrace dans une époque médiévale réinventée la vie peu banale d'un jeune homme qui, vivant dans la forêt, voit le monde de ses ancêtres disparaître et la modernité l'emporter. Une fable?? Oui, mais aussi un regard ironique sur notre propre époque. L'Homme qui savait la langue des serpents a reçu le Grand Prix de l'Imaginaire en 2014.

  • Arrache´ a` l'insouciance et l'espièglerie de l'enfance par la terreur nazie, le jeune Ruben Jablonski se retrouve a` la sortie de la Seconde Guerre mondiale dans une situation de´sespére´e. Libéré´ d'un ghetto, séparé´ de sa famille et a` la recherche d'un nouveau destin, il s'engage dans un périple épique qui le conduit de la Roumanie aux États-Unis, en passant par l'Ukraine, la Turquie, la Palestine et la France...
    Les réminiscences enfantines, l'humanité´ qui survit a` l'horreur et l'amour de la littérature pour unique boussole confèrent aux Aventures de Ruben Jablonski une force et un humour rares. Edgar Hilsenrath a écrit ce roman en 1997, bien après les autres livres qui lui avaient déjà` apporte´ une renommée internationale. Et il en a fait la bouleversante synthèse des quinze années qui ont vu sa vie basculer.

  • Le sillon

    Valérie Manteau

    Le Sillon est le récit d'une jeune femme farouche, engagée, qui s'installe à Istanbul pour y rejoindre un amant. Elle y découvre une ville prise dans le chaos, singulier miroir de notre monde.

  • Un homme se retrouve en prison. Brutalisé dans sa mémoire et dans sa chair, il décide avant de mourir de nous livrer le récit de son destin.

    Écrit dans un élan vertigineux, porté par une langue aussi fulgurante que bienveillante, Le Démon de la Colline aux Loups raconte un être, son enfance perdue, sa vie emplie de violence, de douleur et de rage, d'amour et de passion, de moments de lumière... Il dit sa solitude, immense, la condition humaine.

    Le Démon de la Colline aux Loups est un premier roman. C'est surtout un flot ininterrompu d'images et de sensations, un texte étourdissant, une révélation littéraire.

  • Lettre ouverte

    Goliarda Sapienza

    Acculée par ses contradictions, ses traumatismes et ses peurs, Goliarda Sapienza a décidé de faire face et de se confronter aux chaos de son passé.

    C'est cela que nous propose avant tout Lettre ouverte, la conscience d'un conflit intérieur majeur et la volonté de le surmonter. Peu importe si cette aventure oblige Sapienza à couper les ponts avec le monde culturo-bourgeois qui était le sien jusqu'alors, si elle la laisse cloîtrée chez elle, l'écrivaine ira jusqu'au bout :
    « Je me trouve maintenant avec les tiroirs ouverts débordant de lettres, de photographies. Des rubans, des chemisiers, des livres en tas en plein milieu de la pièce, par terre?; la porte crucifiée par l'échelle que le concierge m'a prêtée. Je ne pourrai plus sortir. Je resterai ensevelie entre le divan et la porte. » Lettre ouverte a d'abord été publié en 2008 par les éditions Viviane Hamy, au sein d'un recueil intitulé Le Fil d'une vie. Pour cette nouvelle édition, la traductrice a entièrement révisé sa première traduction, forte de sa connaissance des oeuvres découvertes par la suite et des singularités - si grandes - de la langue de Goliarda Sapienza.

  • Le détour

    Luce D'Eramo

    Publié pour la première fois en 1979, Le Détour est le fruit de vingt-cinq années d'écriture. Il relate le parcours de Luce d'Eramo qui, élevée dans une famille de dignitaires fascistes, partit de son propre chef en Italie en 1944 pour intégrer un Lager, un camp de travail nazi. S'il demeure méconnu en Italie, Le Détour rencontra immédiatement en Italie un immense succès et connaît depuis quelques années une nouvelle vague de traductions dans le monde entier. La force et l'acuité de ce texte - qui traque aussi sans complaisance les travestissements de la mémoire - le rattachent de fait aux plus grands témoignages de femmes sur l'expérience des camps, tels ceux de Charlotte Delbo et de Ruth Klüger.

    /> Nous devons la découverte de ce livre à ce passage des Carnets de Goliarda Sapienza : « ?Fini de lire Le Détour de Luce d'Eramo, assurément le plus beau livre de ces dix dernières années et peut-être un chef-d'oeuvre absolu?; cela m'obligera à relire Si c'est un homme et Le?Dernier des Justes, pour vérifier ce que je soupçonne. C'est-à-dire que le livre de Luce est le plus actuel sur ce sujet, le?plus durement approfondi dans la démonstration de l'aventure nazie, le plus polémique et courageux.?» L'originalité du Détour tient de fait à ce que vécut Luce d'Eramo durant la Seconde Guerre mondiale mais aussi au difficile processus de remémoration dans lequel elle s'engagea par la suite, et dont le livre témoigne. Les textes qui composent ce récit ont été écrits successivement en 1953, 1954, 1961, 1975 et 1977. Ils sont présentés dans l'ordre chronologique de leur rédaction, et non dans celui des événements qu'ils décrivent. La confusion qui en découle parfois répond à celle que connut Luce d'Eramo, aux esquives de sa mémoire et aux détours qu'elle emprunta avant de retrouver la cohérence de son histoire.

    À sa publication en Italie, en 1979, le livre rencontra des centaines de milliers de lecteurs. En se plongeant dans ce texte, il revient au lecteur francophone de vivre à son tour - au-delà de l'histoire stupéfiante d'une adolescente idéaliste faisant volontairement l'expérience des camps nazis - l'expérience d'une femme en quête de sa vérité.

  • Née contente à Oraibi conte le destin d'une jeune Amérindienne d'Arizona. Le peuple hopi vit depuis des siècles sur un plateau aride, dans des conditions de dénuement extrême. Soumis aux contraintes d'une région désertique, il a développé une cosmogonie extraordinaire et des croyances qui font communier la vie et la mort, la lumière et la nuit, les esprits, les animaux et les hommes. À travers la quête d'une jeune orpheline qui salue le Soleil en riant, c'est la beauté de ce monde aux antipodes du nôtre qui se révèle, et demeure.

    « (...) Une bosse s'est formée sous sa couverture au niveau du ventre, puis ses mains noueuses se sont trouvées libérées. Elle les a placées le plus haut possible au-dessus de sa tête et est restée un long moment comme ça, les bras en l'air. Elle me regardait d'un air rieur : « Tu as vu comme mes ailes frémissent ? » Puis lentement, elle a replié les coudes et posé ses bras affaiblis le long de sa poitrine. Les mains à nouveau croisées sur le ventre, elle a fermé les yeux en disant : « Le papillon est fragile, il ne faut pas tenter de le retenir quand il a envie de s'envoler. » Dans ses précédents livres, Bérengère Cournut explorait surtout des territoires oniriques, où l'eau se mêle à la terre (L'Écorcobaliseur, Attila, 2008), où la plaine fabrique des otaries et des renards (Nanoushkaïa, L'Oie de Cravan, 2009), où la glace se pique à la chaleur du désert (Wendy Ratherfight, L'Oie de Cravan, 2013). Cette fois, elle se fond aux plateaux arides d'Arizona, où le vibrant peuple hopi lui souffle une histoire singulière.

  • 1933. Max, le fils bâtard de la pute Minna Schulz, s'enrôle dans les SS à l'arrivée d'Hitler au pouvoir. Affecté dans un camp d'extermination où disparaissent son meilleur ami (juif) et toute sa famille, il endosse après la guerre l'identité de son ami assassiné. Max, devenu Itzig Finkelstein, épouse la cause juive et traverse l'Europe pour rejoindre la Palestine, où il devient barbier et sioniste fanatique.

    Trente ans avant Les Bienveillantes de Jonathan Little, Le Nazi et le Barbier raconte l'Holocauste du point de vue du bourreau. L'humour (noir) en plus.

    Écrit durant l'exil d'Hilsenrath à New-York, le livre fut d'abord un best-seller aux Etats-Unis avant d'être publié en Allemagne, avec un succès polémique. Désormais considéré comme un classique, ce titre montre un autre aspect, tout aussi iconoclaste, du génie littéraire de l'auteur de Fuck America.

    Traduit par Jörg Stickan & Sacha Zilberfarb.

  • Monsieur Ka, Monsieur Ron et Monsieur Petit s'ennuient. Ils trainent leurs rêves de jour en jour, sans trop y croire. Une nuit, leur errance les rassemble dans le bar d'une ville minuscule. C'est le moment que vont choisir les trois hommes, dans une montée d'ivresse, de frustration et de rage, pour basculer dans une folie barbare.

    Inspiré d'un simple fait divers, Ritournelle est un livre sur la banalité de la violence, l'histoire d'un procès qui se transforme en théâtre des hommes perdus. Dimitri Rouchon-Borie livre ici une vision de l'espèce humaine clinique, sans lyrisme, où le tragique vire à l'absurde.


    L'illustration de couverture a été réalisée par Delphine Rivals.

  • Et si on ne travaillait plus que trois heures par jour??
    Telle est la proposition iconoclaste d'Émilien Long, prix Nobel d'économie français, dans son essai Le Droit à la paresse au XXIesiècle. Très vite le débat public s'enflamme autour de cette idée, portée par la renommée de l'auteur et la rigueur de ses analyses. Et si un autre monde était possible ? Débordé par le succès de son livre, poussé par ses amis, Émilien Long se jette à l'eau?: il sera le candidat de la paresse à l'élection présidentielle. Entouré d'une équipe improbable, il va mener une campagne ne ressemblant à aucune autre. Avec un but simple?: faire changer la société, sortir d'un productivisme morbide pour redécouvrir le bonheur de vivre.
    Roman porté par une érudition joyeuse et un regard taquin sur nos choix de vie, Paresse pour tous imagine un pays qui renverse ses priorités et prend le temps d'exister. Après La Grande Panne (Le Tripode, 2016), récit visionnaire d'une France qui se retrouve à l'arrêt, Hadrien Klent offre cette fois-­ci le portrait d'une France qui se remet en marche, mais pas vraiment comme certains le voudraient.

    «?En 2008, on devait surmonter la crise des subprimes. Aujourd'hui, celle du coronavirus. ­Demain, ce sera quoi?? Le réchauffement climatique?? La conquête de Mars?? À chaque fois, le libéralisme triomphant propose qu'on souffre encore plus?! Qu'on se sacrifie pour sauver un système qui est pourtant absurde. Qu'on nourrisse un monstre incontrôlable et incontrôlé. Moi je propose le contraire. Qu'on inverse la place du travail et du temps libre. Qu'on interroge notre place dans la marche du monde. Je suis la voix de ceux qui veulent que la vie ne se résume pas au travail, à la croissance, à la consommation.?» Émilien Long

  • Dans « sa carapace de confiserie à deux étages », petit nom qu'elle donne à son appartement au coeur de l'île Saint-Louis, à Paris, Brigitte Fontaine livre un texte aussi puissant que poétique sur la vieillesse et la sensation d'être confinée dans son propre corps. Lire La Vieille prodige, c'est plonger dans l'univers fantasque et dans l'intimité de cette artiste performeuse aux multiples facettes.

  • Les Certitudes du doute est le récit de la relation passionnelle que Goliarda Sapienza eut, au début des années 1980, avec une jeune femme révolutionnaire rencontrée en prison. Ensemble, elles vont parcourir une Rome secrète et chancelante, prise entre le poids de son histoire et la désolation de la modernité marchande.
    Les Certitudes du doute dévoile aux lecteurs une autre facette de Goliarda Sapienza, celle d'une femme éprise, qui fait des rues et des sous-sols romains le théâtre de ses émotions. Après Moi, Jean Gabin, qui narrait son enfance en Sicile, et L'Université de Rebbibia, récit de son séjour carcéral dans la prison de Rome, ce nouveau récit clôt le cycle que Goliarda Sapienza avait intitulé Autobiographie des contradictions.
    Le texte témoigne une nouvelle fois de la quête incessante de vérité de Goliarda Sapienza, de son désir permanent de questionner sa vie et le monde qui l'entoure. Ancrée dans son siècle autant que farouchement décidée à échapper aux embrigadements de toutes sortes, elle nous donne une nouvelle leçon de vie.

  • Le papillon

    Andrus Kivirähk

    Estonie, début du XXe siècle. Un soir, au sortir de l'usine dans laquelle il travaille, August rencontre par hasard le directeur du théâtre l'Estonia. Il quitte son emploi d'ouvrier et intègre la troupe, qui s'avère aussi loufoque qu'hypersensible : Pinna, le fondateur, les comédiens Alexander, Eeda, Sällik, Oskar... mais aussi Erika, sa future femme, qui rejoint le théâtre peu de temps après lui. Elle symbolisera le Papillon, l'emblème du théâtre, en lui insufflant la légèreté dont le début de siècle prive le pays. Les planches de l'Estonia sont bientôt le seul lieu où la liberté et l'amour peuvent encore résonner, où les rires de l'amitié, les jeux et l'espièglerie ont encore leur place. Mais le théâtre, comme le papillon, est gracile : la brutale réalité du monde s'y invite, et, aux alentours, le chien gris qui la représente rôde et menace de soumettre cette troupe de rêveurs solidaires à la violence, à la séparation et à la mort.

    Roman le plus doux et mélancolique d'Andrus Kivirähk, Le Papillon est une ode à la vie, à son renouvellement perpétuel, et à la création artistique. L'Estonia, lieu des visions magiques et des craintes surnaturelles, dessine en creux les souffrances et la force du peuple estonien depuis la Première Guerre mondiale jusqu'à la seconde, en passant par sa première indépendance en 1920. La petite famille du théâtre, en défiant les lois toutes puissantes de la politique et de la nature par l'imagination et le jeu collectif, transcende son destin et dévoile ce qui demeure contre vents et marées : sa capacité à aimer et à se réinventer, toujours et sans contraintes.

    « Le nouveau bâtiment du théâtre était presque achevé, mais il lui manquait encore son âme. De toute évidence, ni le gros scarabée bien sérieux ni la fourmi besogneuse n'auraient fait l'affaire, et encore moins la mouche grise ou le vorace cancrelat. Seul le papillon, qui voltige au-dessus des prairies estivales comme une fleur échappée de sa tige, ne vivant que pour la beauté, pouvait nous convenir - le papillon faible et fragile, à qui une blessure aux ailes coûte la vie et que le temps met à mort sans pitié, mais qui renaît chaque printemps sur les prés, car il a réussi, juste avant de disparaître, à déposer sa ponte, d'où naîtra une descendance si rigoureusement semblable à lui qu'on croirait presque que rien n'a changé. »

  • « Au début de l'été 58, dix ans exactement après notre première rencontre et trois après la fameuse nuit ivre de confessions, de silences et de parfums, je reçus une carte postale géante de New York avec une vue nocturne de Manhattan (entre nous s'était instauré un championnat de ''mauvais goût'', qui consistait à dénicher ce qu'il y avait de pire, dans l'ancien comme dans le moderne, dans ce moyen de communication), où la petite écriture précise, un peu ostentatoirement démodée, de cette snob d'Erica, annonçait : '' Je t'attends en juillet à Positano, je suis heureuse ! Et je désire te faire connaître la cause de ce bonheur. Je me sens miraculée. Considère-moi comme une miraculée !'' ».

    /> Rendez-vous à Positano est un roman d'amour, un texte dédié à une femme et un lieu. Dans l'après-guerre, Goliarda Sapienza découvre un modeste village hors du temps, niché tout près de Naples : Positano. Elle y fait la connaissance d'Erica, une jeune femme qui allait devenir pendant près d'une vingtaine d'années une soeur d'âme. Longtemps après la disparition de son amie, en 1985, l'écrivaine décide de revenir sur cette histoire pour sauver de l'oubli ce qui fut balayé par le destin.

  • Après une nuit de violent orage, un homme voit toquer à la porte de sa maison de campagne Monsieur Sécaillat, le vieux paysan d'à-côté. Qu'est-ce qui a pu pousser ce voisin secret, bourru, généralement si avare de paroles, à venir jusqu'à lui ? L'homme lui apporte la réponse en le conduisant dans leur champ mitoyen : emporté par la pluie violente et la terre gorgée d'eau, un pan entier d'un ancien mur de pierres sèches s'est éboulé. Or, au milieu des décombres et de la glaise, surgissent par endroits de mystérieux éclats de poterie. Intrigués par leur découverte, les deux hommes vont décider de mener une fouille clandestine, sans se douter que cette décision va chambouler leur vie.
    S'il se nourrit des oeuvres de Giono et de Bosco, Le Dit du Mistral n'est pas un livre comme les autres. C'est le début d'un voyage, un roman sur l'amitié, la transmission, sur ce que nous ont légué les générations anciennes et ce que nous voulons léguer à celles à venir. C'est un récit sur le refus d'oublier, une invitation à la vie où s'entremêlent histoires, légendes et rêves. C'est une fenêtre ouverte sans bruit sur les terres de Provence, la photographie d'un univers, un télescope aimanté par les dieux.

  • Leybl Rafalowitch, treize ans, est le fils de l'homme le plus riche du village. Reyzl Spivak, quatorze ans, est la fille d'un pauvre chantre. Nous sommes à l'aube du vingtième siècle, dans une petite bourgade juive aux confins de l'Europe. Ces deux-là vont tomber amoureux, ne croyez-vous pas ? Mais nul n'aurait prédit qu'une rocambolesque troupe de théâtre itinérante allait précipiter leur romance dans une aventure hors du commun.
    Étoiles vagabondes fut publié en feuilleton entre 1909 et 1911 dans un journal polonais. Resté inexplicablement inédit jusqu'à ce jour, nous devons au traducteur Jean Spector la découverte de cette oeuvre magistrale, dans laquelle Sholem Aleykhem révèle son immense talent de conteur. Avec la grâce d'un Chagall, la truculence d'un Chaplin et la verve d'un Twain, il honore l'art et la vie des gens de peu, irrésistibles, pittoresques, pétris d'humanité et d'humour face à la fatalité. Car « les étoiles ne tombent pas, elles vagabondent... »

  • Cobrastar

    Thomas Bois

    John Hero, alias Cobrastar, profite d'un massacre inopiné dans un dinner de l'Arizona peuplé de culs terreux et d'extra-terrestres interlopes pour faire main basse sur une clé renfermant des données cryptées. Ce qu'il ne sait pas, c'est que à peu près la moitié de l'univers en a après ce trésor numérique.
    Embarqué dans une aventure à travers l'espace, Cobrastar se retrouve affublé d'un équipage improbable : Lucy, une IA cachottière et bras droit de longue date, BlackFury, une chasseuse de prime redoutable et sexy, Bambino, un colosse taciturne mais perspicace, sa soeur Tiny Boom, une petite créature dotée d'un fâcheux penchant pour les explosifs, Elijah, un jeune Terrien refoulé, mais qui se révèle finalement tout aussi dégénéré que les autres. Et c'est sans compter les Disco Boys, tueurs à gages groovy, et Plague Snyssken, le psychopathe le plus recherché de la galaxie, qui sont aussi sur leurs traces...
    Des bagarres à foison, des répliques qui tuent, le tout parsemé d'un peu de gaga stéphanois, ce premier roman tout en musique est une parodie des classiques de la SF qui laisse bouche bée.

  • L'histoire éditoriale des Jardins statuaires façonne une légende noire. L'auteur, dont c'est le premier roman, transmet à la fin des années 1970 le texte à Julien Gracq, qui le fait suivre à José Corti ; le texte s'égare. Un second éditeur, décidé à le publier, fait faillite quelques mois avant la sortie du livre. Le temps passe. Une autre copie du manuscrit, envoyée à Bernard Noël, conduit à sa parution chez Flammarion. Mais, prévu pour l'automne 1982, le livre rencontre des problèmes de fabrication et, sorti très en retard, passe inaperçu. Quelques mois après, Bernard Noël est remercié. Plus tard, les entrepôts Flammarion flambent, le livre disparaît... Le sort a continué à s'acharner et a travaillé pendant trente ans à l'occultation d'un roman pourtant sans équivalent dans la littérature française contemporaine.

    Récit de voyage (le livre est dédié à un ethnologue), conte philosophique, utopie, roman initiatique, roman d'aventures, le texte déroge aux habituelles catégories littéraires. Nourri à la lecture des romans populaires et policiers, Jacques Abeille a forgé un domaine fantastique qui rejoint ceux de Mervyn Peake, de Julien Gracq, d'André Hardellet, avec la langue d'un peintre et d'un poète, créant des mondes d'une rare force visuelle.

    À une époque indéterminée, un voyageur découvre le pays des « Jardins statuaires », un ensemble de domaines, protégés par de vastes enceintes, où la principale activité des hommes consiste à cultiver des statues. Dans ces propriétés où la pierre pousse sans cesse, la vie est réglée d'après une organisation rigoureuse, apparemment ludique et rationnelle, mais aux fondements étranges. Au fil des pérégrinations du voyageur, l'utopie se lézarde : la place des femmes, le pouvoir occulte d'une mystérieuse guilde des hôteliers, les statues qui maigrissent ou croissent indéfiniment posent des questions angoissantes. Enfin, la menace de Barbares qui se rassemblent aux frontières.

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