Littérature traduite

  • Vols au crépuscule se présente comme un recueil d'essais entre souvenirs personnels, pensées intimes et descriptions naturalistes de la faune et de la flore. Dans une prose poétique et délicate, mais aussi souvent drôle et espiègle, Helen Macdonald traite d'une grande variété de sujets, de la migration des oiseaux au-dessus des gratte-ciel de New York à sa rencontre inattendue avec un sanglier, en passant par l'étude de la vie nocturne d'une forêt anglaise et le souvenir encore vif d'un terrain vague de son enfance et de l'écosystème fascinant qui s'y déployait. Prenant pour appui la vie sauvage, elle analyse le rapport entre la captivité et la liberté, la nature et le sacré, l'immigration humaine et les migrations aviaires. Elle nous invite également à partager ses plus inoubliables expériences : observer les nids, partir sur les traces d'oiseaux rares, contempler la beauté d'une éclipse totale...
    Pétris d'un profond engagement écologiste, ces essais témoignent aussi d'une méditation plus large sur la mémoire, l'amour, la perte, l'espoir et la façon dont nous tâchons de trouver un sens au monde qui nous entoure. Dotée d'une écriture précise et lumineuse, Helen Macdonald parvient à transmettre avec passion son goût pour l'observation, nous offrant un livre généreux, captivant et fondamental.

  • Azadi signifie « liberté » en ourdou. Il s'agit, à l'origine, d'un cri de ralliement cachemiri contre le gouvernement indien qui a été repris par le peuple lui-même pour protester contre ses dirigeants.
    Dans ce recueil d'essais brûlants d'actualité, Arundhati Roy nous met au défi de réfléchir sur le sens de la liberté dans un monde où l'autoritarisme va croissant. À travers ces textes, et ces temps troublés, elle explore l'importance du langage, le rôle de la fiction et de l'imagination, ainsi que les répercussions de la crise sanitaire sur la société indienne.
    Pour Arundhati Roy, la pandémie que nous traversons fait figure de portail entre un monde et un autre. En dépit de la maladie et de la dévastation qu'elle produit dans son sillage, elle représente peut-être aussi une chance pour l'humanité d'inventer un monde différent.

  • Le 2 juin 2018, à l'université de Tel-Aviv, Amos Oz donne sa dernière conférence. Il est gravement malade, conscient de sa fin imminente, et ses paroles résonnent comme un testament politique. Fervent défenseur de la paix, il plaide pour la solution à deux États au Moyen-Orient, leitmotiv de son oeuvre et de ses combats.
    ' Si nous ne créons pas ici deux États, et vite, nous nous retrouverons avec un seul. Et ce ne sera pas un État binational. Cette bête curieuse n'existe pas. Ce sera tôt ou tard un État arabe, du Jourdain à la mer. '
    Très tôt, Amos Oz avait souligné le danger que courrait le peuple juif s'il se retrouvait minoritaire. Clairvoyant, il fait néanmoins preuve d'un optimisme indéfectible, et exhorte le peuple israélien à prendre son destin en main car, répètet-il en reprenant une expression de l'écrivain Yosseph Hayim Brenner, ' rien n'est encore joué '.

  • « Combattre les extrémistes ne veut pas dire les anéantir tous, mais plutôt contrôler le petit fanatique qui se cache en nous. »
    « Ces trois articles n'ont pas été rédigés par un expert ni un spécialiste, mais par un auteur dont l'engagement s'accompagne de sentiments mitigés » : c'est ainsi que le grand romancier israélien Amos Oz présente ce recueil d'essais, nés à l'occasion de conférences données depuis 2002.
    Il y propose une réflexion géopolitique qui se nourrit aussi bien d'analyses historiques, d'interprétations bibliques que d'anecdotes personnelles, afin d'exposer sa lecture du fanatisme, dans toutes ses acceptions possibles, et ses éventuels recours. Car Amos Oz, fervent défenseur de la paix et de la solution à deux États au Moyen-Orient, se refuse aux simplifications.
    Dans ce recueil qui peut se lire comme un prolongement de Aidez-nous à divorcer (2004), Comment guérir un fanatique (2006), et Juifs par les mots (2014), l'écrivain se saisit de l'actualité de son pays pour esquisser des pistes prudentes, et désormais teintées d'un certain pessimisme. Conscience intellectuelle et porte-voix du mouvement « La paix maintenant » depuis 1978, Amos Oz ne dissimule pas ses réserves sur les choix récents faits par le gouvernement de son pays, ni sa crainte de leurs conséquences dans les années à venir.
    Soixante-dix ans après la proclamation de l'État d'Israël, ces trois textes nous interrogent sur les racines humaines du fanatisme et nous invitent à considérer, malgré tout, ce que des peuples qui se déchirent peuvent avoir en commun.

  • La dynamique conquérante des populismes, particulièrement en Europe, est le symptôme d'un problème démocratique. Elle reflète ce phénomène considérable de l'antipolitique qui est à la fois le rejet de toute politique et l'aspiration à une autre forme de régime.

    Après l'ère de la démocratie des partis et des parlements au sortir de la guerre, puis au tournant du siècle, la démocratie du public, marquée par le déclin des cultures politiques traditionnelles, le recul des grands partis et le personnalisation du pouvoir, sa présidentialisation et sa médiatisation, nous entrons dans une nouvelle ère, qu'Ilvo Diamenti et Marc Lazar appellent la « peuplecratie ».

    La peuplecratie résulte d'un double processus. D'une part, l'ascension des mouvements et partis populistes ; de l'autre, par effet de contamination, la modification des fondements de nos démocraties. Les populistes sacralisent le peuple souverain dans le même temps où ils s'attaquent aux représentants politiques et se livrent à une critique radicale des formes institutionnelles organisant cette même souveraineté populaire. Le peuple est systématiquement valorisé en tant qu'entité homogène, porteur de vérité et considéré comme fondamentalement bon, par opposition aux élites supposées sans racines nationales. Cet antagonisme, à l'heure de la prise immédiate de parole numérique, donne une nouvelle vigueur et une toute autre dimension à la vieille idée de l'expression directe, voire référendaire, de l'opinion vraie des « vraies gens ». Ainsi, est altérée la signification de la démocratie en tendant à récuser la représentation et les contre-pouvoirs ; ainsi est favorisée la montée en puissance des figures, pour le moins autoritaires, de l'incarnation.
    Cet ouvrage, qui a eu en Italie un formidable écho, réfléchit à partir de la France et de l'Italie à l'émergence sous nos yeux de la peuplecratie.

  • Entamé au lendemain de l'élection de Donald Trump, ce texte se présente comme un guide de résistance, proposant aux Américains - mais aussi à l'Europe - un bref catalogue d'idées pour préserver les libertés dans les années à venir. Snyder exhorte ses compatriotes à ne pas se croire supérieurs aux habitants du Vieux Continent, et à ne pas se persuader que leurs institutions les mettent à l'abri d'un régime autoritaire.
    En 20 chapitres didactiques, l'historien retrace les différentes étapes de la montée du nazisme et du stalinisme, pour aider le lecteur à identifier et comprendre les parallèles entre la situation actuelle aux États-Unis et l'histoire de l'Europe du XXe siècle. Snyder propose une série de préceptes élémentaires : ne pas faire preuve d'obéissance anticipée, protéger les institutions, faire attention aux mots et s'élever contre l'usage dévoyé des termes patriotiques, chercher la vérité des faits, refuser l'État à parti unique, se sentir responsable du monde...
    Ce bréviaire tonique pour temps difficiles devrait intéresser le public français, à la fois fasciné et effrayé par l'avènement de Donald Trump, et ébranlé par la montée en force des extrémismes en Europe.

  • On pourrait se croire dans une pièce de Shakespeare, Le franciscain de Venise. On y croiserait aux aurores de la Renaissance le roi d'Angleterre Henry VIII qui sollicite par l'envoi auprès du pape d'une délégation le droit de divorcer d'avec sa première femme, Catherine d'Aragon, les légats du pape accompagnés de théologiens, et non plus un juif mais le judaïsme sous la forme de son texte quintessentiel, la Kabbale.
    Petit à petit sortirait de l'ombre le personnage-titre, Francesco Zorzi (1466-1540) ou Francesco Giorgio Veneto, moine franciscain italien, théologien de renom, philosophe de haut vol et kabbaliste par passion. Parlant le latin, le grec et l'hébreu, familier des Saintes Écritures autant que des écrits néoplatoniciens et pythagoriciens, il se passionna pour les écrits rabbiniques au point de posséder l'une des plus impressionnantes bibliothèques de textes hébraïques.
    Il entretint une correspondance avec Pic de la Mirandole, un des fondateurs de la Kabbale chrétienne, lu de près Marsile Ficin et disputa les doctrines de Nicolas de Cues. Fasciné par l'architecture et la possibilité, exposée dans son grand livre Harmonia Mundi, de concevoir un bâtiment à l'image du corps humain tel que pensé par la Kabbale, il collabora avec l'architecte Jacopo Sansovino à la conception de l'église de San Francesco della Vigna.
    À travers cette figure énigmatique, Verena von der Heyden-Rynsch nous restitue tout l'univers de l'humanisme renaissant.

  • La lecture de L'Étranger tient du rite d'initiation. Partout dans le monde, elle accompagne le passage à l'âge adulte et la découverte des grandes questions de la vie. L'histoire de Meursault, cet homme dont le nom même évoque un saut dans la mort, n'est simple qu'en apparence, elle demeure aussi impénétrable aujourd'hui qu'elle l'était en 1942, avec ses images à la fois ordinaires et inoubliables : la vue qui s'offre depuis un balcon par un dimanche d'indolence, les gémissements d'un chien battu, la lumière qui se reflète sur la lame d'un couteau, une vue sur la mer à travers les barreaux d'une prison. Et ces quatre coups de feu tirés en illégitime défense.
    Camus était fier d'une innovation littéraire singulière qui relève presque de l'artifice : l'histoire est racontée à la première personne, procédé censé permettre au lecteur d'entrer dans la tête du narrateur alors que tout est fait pour lui rendre impossible de se sentir proche de Meursault. On peut nourrir une idée assez juste de la critique littéraire au XX e siècle en observant les approches successives dont L'Étranger a fait l'objet : existentialisme, nouvelle critique, déconstruction, féminisme, critique postcoloniale, voire, selon Sartre, « du Kafka écrit par Hemingway ». Mais personne n'a fait la biographie de ce premier roman qui a bouleversé le genre au point que son avènement dans le paysage littéraire apparait comme une sorte d'accident de l'évolution - un accident qui aurait donné naissance à toute une nouvelle espèce.
    Avec Alice Kaplan, le lecteur repère les premiers signes annonciateurs du roman dans les carnets et la correspondance de Camus, traverse les années de son élaboration progressive, observe, comme par-dessus son épaule, d'abord l'écrivain au travail, puis les mots sur la page, accompagne l'auteur mois après mois pour entendre l'histoire du roman racontée de son point de vue.
    Une histoire qui ne s'achève pas avec la publication du roman en 1942, ni avec la mort brutale de Camus, fauché en 1960 par un accident de la route à l'âge de 46 ans. Elle ne montre aucun signe de dépérissement : soixante-quatorze ans après la première édition, et plus d'un siècle après la naissance de Camus, L'Étranger s'est vendu à plus de 10,3 millions d'exemplaires sur le seul territoire français et est traduit dans une soixantaine de langues..
    Aussi longtemps qu'il y aura des lecteurs de roman, L'Étranger continuera de vivre : quel auteur peut rêver d'une telle longévité ?

  • «La domination du capitalisme fut telle qu'elle cessa d'être perçue comme une idéologie. Elle est devenue le modèle par défaut, le comportement naturel. Elle s'est infiltrée dans la normalité, a colonisé l'ordinaire, au point que la contester est apparu comme aussi absurde ou ésotérique qu'une remise en cause de la réalité elle-même. Dès lors, le pas fut aisément et promptement franchi pour affirmer : "Il n'y a pas d'alternative"».
    Dans cette série d'essais, Arundhati Roy, l'auteure du sublime roman Le Dieu des Petits Riens, s'intéresse à la face cachée de la démocratie indienne - un pays de 1,2 milliard d'habitants où les cent personnes les plus riches po sèdent l'équivalent d'un quart du produit intérieur brut.
    Ce texte virulent présente un portrait féroce et lucide d'un pays hanté par ses fantômes : ceux des centaines de milliers de fermiers qui n'ont pour seule échappatoire à leurs dettes que le suicide ; ceux des centaines de millions de personnes qui vivent avec moins de deux dollars par jour.
    Face à eux, une infime minorité de la population contrôle la majorité des richesses et parvient à dicter la politique gouvernementale. Cette classe corrompue par l'omniprésence des ONG et des fondations est au coeur du système remis en cause par l'auteure. Cependant, Roy va au-delà du pamphlet contre le capitalisme et propose une véritable réflexion sur son histoire et ses rouages. Avant de conclure par plusieurs propositions pour en sortir, le temps d'un discours aux militants d'Occupy Wall Street.

  • «Je ne suis, personnellement, plus du tout un Européen, sauf peut-être à travers la douleur de mes parents et de mes ancêtres qui ont mis dans mes gènes ce sentiment d'un amour déçu, d'un amour sans retour pour l'Europe...
    Mais si j'étais encore un Européen, je ferais attention à ne montrer personne du doigt. Et, plutôt que de traiter les Israéliens de ceci, et les Palestiniens de cela, je ferais tout ce que je peux pour aider les deux peuples.
    Pourquoi ? Parce que ces deux peuples sont sur le point de prendre les décisions les plus douloureuses de leur histoire.»

  • Au milieu du XVIIe siècle, cette reine aussi énigmatique que célèbre règne dix ans en " despote éclairé " avant la lettre, puis se convertit au catholicisme et abdique, non sans continuer à jouer un rôle de premier plan dans la politique européenne, mais aussi dans la vie intellectuelle et artistique.
    Ce personnage qui défraya la chronique en France, à Rome et ailleurs, suscitant tour à tour - et parfois chez les mêmes - enthousiasme et détestation, était effectivement pétri de violentes contradictions, tant dans ses affections que dans ses convictions. Les historiens, sur son compte, sont aussi divisés que le furent ses contemporains. Elle fut et elle reste une énigme. Mais c'est une figure hors pair et fascinante, mêlée d'on ne peut plus près à toute l'histoire d'un siècle fort mouvementé.
    L'auteur met ici avec élégance son érudition à la portée du lecteur, pour éclairer de façon impartiale toutes les facettes du personnage, et rendre vivantes aussi bien l'Europe du Grand Siècle que cette femme exceptionnelle.

  • Verena von der Heyden-Rynsch nous présente dans ce très bel essai un personnage essentiel de l'histoire des idées en Europe : l'imprimeur-libraire-éditeur vénitien de la Renaissance, Aldo Manuzio. Trop peu connu aujourd'hui, ce dernier a été l'un des fondateurs de la diffusion de la pensée humaniste en Europe, à travers le rôle qu'il a joué dans le développement de l'imprimerie moderne. L'essayiste allemande répare cette injustice en retraçant la vie d'Aldo Manuzio, mais également en restituant l'effervescence de toute une époque.
    Manuzio, entre 1494 et 1515, a publié plus de cent cinquante ouvrages en grec, latin, italien ou même en hébreu, avec son plus proche collaborateur Griffo de Bologna. Il est notamment à l'origine de plusieurs fontes qui ont révolutionné l'art d'imprimerie ainsi que l'inventeur des caractères en italique.
    Verena von der Heyden-Rynsch sait raconter la vie d'un homme dans son époque en captant l'essentiel d'une aventure intellectuelle et humaine. Grâce à sa plume, elle fait surgir sous nos yeux la Venise de la Renaissance, et parvient à dépeindre avec talent un métier qui n'a cessé d'évoluer depuis. Manuzio a été un précurseur dans bien des domaines et reste un personnage fascinant à redécouvrir aujourd'hui.

  • Sans conteste, Jürgen Habermas est l'un des derniers intellectuels majeurs au niveau international. « Défenseur de la modernité » et « conscience publique de la République fédérale », il est aussi un éminent penseur de l'Europe.
    Par ses monographies et nombreux articles, recueillis en volumes, traduits dans plus de quarante langues, il s'est acquis, en tant que philosophe, une réputation mondiale et, en tant qu'auteur, il a reçu un écho qui excède de loin le monde académique. Un tel constat conduirait aisément à en inférer que sa biographie devrait au fond être celle de son oeuvre. Mais si cette vie fascine, c'est qu'elle ne peut aucunement se résumer à une pile de livres savants.
    En effet, Habermas a toujours plus quitté l'espace protégé de l'univers académique pour endosser le rôle du polémiste pugnace, et peser de cette façon sur l'histoire des mentalités de l'Allemagne et de l'Europe. Aussi l'ouvrage de Stefan Müller-Doom, à qui l'on doit déjà une biographie d'Adorno (Gallimard, 2004), noue-t-il deux trames : d'une part la description des allers-retours sinueux entre activité professionnelle principale et activité seconde, et d'autre part l'interdépendance entre les évolutions de la pensée du philosophe et les interventions de l'intellectuel public dans le contexte de son temps.
    L'action conjuguée de la réflexion philosophique et de l'intervention intellectuelle, qui caractérise l'activité de Jürgen Habermas, explique que cette biographie soit celle tant d'une vie que d'une oeuvre en devenir perpétuel.

  • Une biographie d'Adorno s'expose à l'objection qu'il n'appréciait guère lui-même ce genre et émettait au contraire les plus expresses réserves sur le fait d'exploiter des oeuvres littéraires ou philosophiques pour parler de leurs auteurs. Assurément, Adorno a lu et utilisé des biographies, à commencer par celle de Richard Wagner, mais, s'agissant de sa propre personne, il exprimait l'espoir qu'on ferait passer ses écrits avant les accidents de son existence. Il n'eut de cesse de refuser, face à des compositions musicales ou à des textes littéraires, qu'on y cherche du vécu, des intentions subjectives, ou des affects de l'auteur. Or, ses propres textes contiennent, à de nombreux endroits, des propos autobiographiques, invitation à penser l'interdépendance entre la teneur objective de l'oeuvre et son lieu historique-ce qu'il appelait le champ de forces entre la situation historique du sujet-auteur, sa vie et son oeuvre. Cette maxime a guidé l'enquête présente : reconstruire le contexte de vie d'Adorno dans son interaction avec d'autres - notamment Kracauer, Benjamin, Mann, Horkheimer, Habermas...-, voilà ce qu'entreprend Stefan Müller-Doohm. Grâce à un corpus de sources comprenant les écrits d'Adorno, ses lettres publiées ou conservées en archives, diverses notes et transcriptions de ses cours et conférences, ainsi que ses entretiens avec des témoins contemporains.

  • La culture et l'Histoire espagnoles sont fortement marquées par le desvivirse.
    Cette notion difficile à traduire, une sorte d'intensité dévorante aux prises avec la réalité, est pourtant cruciale pour comprendre notre pays voisin, à la fois proche et lointain. Afin de nous faciliter le chemin, Verena von der Heyden-Rynsch nous offre ici une plongée dans la culture ibérique. Son récit est organisé autour de trois axes : la cohabitation des trois grandes religions au Moyen Âge, l'influence de la pensée d'Érasme, et enfin, ladite philosophie du desvivirse du moraliste Gracian.
    A partir de quelques données historiques clés, esquissées avec concision et clarté, l'auteur parvient à brosser un portrait très vivant de l'Espagne comme s'il s'agissait d'une personne morale et non d'un pays. En décrivant le chemin parcouru entre le IXe siècle, où le pays incarnait la tolérance interreligieuse en Europe, et l'obsession du « sang pur » du XVIe siècle, elle décèle une faille qui se renforcera encore par l'obscurantisme de la contre-réforme, malgré l'influence incontestable de la pensée érasmienne.
    L'auteur parvient ainsi à dessiner un large arc de cercle dans l'histoire culturelle espagnole pour aboutir à la description d'un pays qui se languit, dans une attitude fière mais dépressive qui lui est propre, en puisant son argumentation aussi bien dans la peinture, la philosophie, la littérature que dans l'histoire politique.
    Son essai lumineux touchera non seulement les lecteurs curieux de la culture espagnole, mais aussi tous ceux qui s'intéressent à l'histoire des idées en Europe ou qui s'interrogent sur la question de la tolérance religieuse.

  • Dans ce bref pamphlet, Hans Magnus Enzensberger s'attaque frontalement à l'Europe.
    Une provocation supplémentaire de la part de cet Européen convaincu ? Non, un cri d'alarme contre la bureaucratie bruxelloise qui, sous prétexte d'harmoniser, détruit peu à peu l'idéal qui a présidé à la construction de l'Union. Absence de démocratie flagrante, organismes innombrables, langue sclérosée, l'Europe, Enzensberger en est convaincu, travaille aujourd'hui à sa perte. Une contribution argumentée et mordante au débat sur l'avenir de l'Europe.

  • «À la manière d'un journal, ce petit livre recueille des réflexions dictées par un temps, le mien, où j'ai été témoin, en tant que Mexicain et Latino-Américain, de la crise politique suscitée par l'administration de George W. Bush aux États-Unis et dans le monde entier. Le temps, a écrit Susan Sontag, existe pour que des choses m'arrivent. L'espace, pour qu'elles ne m'arrivent pas toutes en même temps. Ce que je raconte ici, c'est un temps vécu dans maints espaces, entre août 2000 et juin 2004, tel que je l'ai saisi dans son instant, comme une réponse immédiate à des événements vivants.»
    Carlos Fuentes.

  • Arundhati Roy et John Cusack se lancent dans un pari un peu fou : aller rendre visite à Edward Snowden à Moscou, où il est réfugié politique. De ce défi naît une passionnante série d'essais et de conversations, de l'émergence de cette idée jusqu'à la rencontre avec ce fameux lanceur d'alerte, ancien employé de la CIA et de la NSA. Accompagnés pour cette entrevue historique de Daniel Ellsberg, un autre lanceur d'alerte qui avait fourni en 1971 les «papiers du Pentagone» au New York Times, ils abordent au fil du texte la question de la guerre, de l'espionnage, du terrorisme, du patriotisme... et décortiquent de façon salutairement implacable le fonctionnement actuel du monde.

  • L'ouvrage se donne comme une nouvelle version de la vie de Jésus - version peu orthodoxe puisque l'auteur met en doute l'autorité des Evangiles et soutient que dans le Nouveau Testament, la vie de Jésus est en fait une interprétation de l'apôtre Paul.
    Il entend revisiter ici les célèbres passages de la Bible dans lesquels Jésus joue un rôle clé, à travers une suite de vignettes facilement identifiables (sermon sur la montagne, tentation dans le désert, multiplication des pains, épisode de la femme adultère.). Mais c'est pour mieux les détourner, à commencer par la naissance même du protagoniste. D'après Philip Pullman, la vierge Marie aurait mis au monde des jumeaux, l'un bien portant (Jésus), l'autre malingre (Christ).
    L'un serait le fils de Dieu, l'autre celui de Joseph. Tandis que Jésus devient le prédicateur que l'on connaît, dont s'emparent les rumeurs les plus folles, Christ entreprend de suivre son frère comme une ombre. Il prend en note tous ses discours pour en livrer l'interprétation qui lui semble la plus proche de la Vérité. L'auteur s'interroge au fil du texte sur les rapports entre Histoire (vécue) et Vérité (écrite).
    Mais Christ est bientôt persuadé par un ange anonyme de reprendre les choses en main afin de créer une Eglise, car la parole seule ne saurait suffire à faire advenir le royaume de Dieu. La mort dans l'âme, Christ trahit son frère Jésus, qui sera livré aux Romains et crucifié. Par un détournement ironique, Christ sera pris pour son frère Jésus trois jours après la mort de ce dernier, et il n'aura de cesse de se repentir et de vouloir enjoliver la vie de son frère tout en restant dans l'ombre.
    Au-delà de l'aspect " révisionniste " et provocateur de son récit, Philip Pullman, grâce à son talent de conteur, réussit à surprendre le lecteur, à l'amuser, à le tenir en haleine avec une histoire dont chacun croyait pourtant connaître le dénouement.

  • Robert Brasillach est le seul écrivain notoire qui, pour avoir collaboré avec les nazis, a été fusillé.
    L'enquête sur son cas se lit comme un roman, riche en personnages hauts en couleur. Brasillach fait partie de l'élite intellectuelle formée par l'Ecole normale supérieure. Il est bientôt fasciné par l'Allemagne nazie, sa violence, sa théâtralité. Il va diriger Je suis partout, hebdomadaire férocement antisémite, pro-nazi, dénonciateur de Juifs et de résistants. Mais on ne le jugera pas pour ses opinions.
    On le condamnera pour trahison. En janvier 1945, si Paris est libéré, la guerre n'est pas finie. C'est dans ce climat tendu que s'ouvre le procès de Brasillach. Comme une pièce de théâtre, trois vedettes s'affrontent : Robert Brasillach, le procureur Reboul et l'avocat Jacques Isorni. Alice Kaplan raconte aussi, parce que c'est très éclairant, l'histoire personnelle et parfois le roman familial du procureur Reboul, d'Isorni, des jurés et même de quelques journalistes.
    Elle a eu accès au dossier de recours en grâce soumis au général de Gaulle. Elle rapporte les cas de conscience, les acceptations et les refus des célébrités à qui l'on a demandé de signer en faveur du condamné. Pour quoi Camus a signé et Simone de Beauvoir a refusé. On découvre comment la mort de Brasillach va peser sur le destin de tous les personnages qui ont été mêlés à son procès. Et comment elle a continué à alimenter les débats intellectuels sur la responsabilité de l'écrivain.

  • "Voici l'histoire d'un violent conflit culturel entre l'Est et l'Ouest.
    Pour Amy Chua, fille d'immigrés chinois aux Etats-Unis, il n'y a pas de doute : hors de question de suivre le modèle occidental d'éducation des enfants, qu'elle considère comme trop permissif, individualiste et voué à l'échec. Elle suivra le modèle de ses parents en éduquant ses enfants à la chinoise, et entonnera ainsi son hymne de bataille de la mère Tigre. Concrètement, ses filles, Sophia et Lulu, doivent obtenir les meilleures notes à l'école, apprendre le mandarin et devenir des musiciennes talentueuses dès le plus jeune âge.
    Le prix à payer de l'excellence ? Pour les filles : pas de jeux avec les copines, pas de télévision, pas le droit de choisir leurs activités. Pour la mère : batailles, disputes et cris jusqu'à en perdre la voix, pour les faire travailler, réviser, répéter, et prendre le risque de... se faire détester. Dans ces Mémoires, Amy Chua raconte avec franchise, mais aussi avec humour et autodérision, comment elle a livré son combat quotidien en tant que mère Tigre - à l'abri des regards pour ne pas s'attirer l'opprobre de la société américaine - jusqu'au moment où elle essuiera un sérieux revers" - Juliette Bourdin.

  • Homme de presse, inscrit par nécessité dans le flux de l'actualité et l'approche de la réalité fractionnée par la dictature de l'instant, Eugenio Scalfari - le fondateur du célèbre quotidien italien La Repubblica - est un homme de culture. Il aime prendre le temps d'écouter la respiration du monde à partir des murmures de la littérature, des myriades de petites touches que les écrivains, toute sensibilité déployée, déposent non pas dans le Journal , mais dans le Livre. La réactivité au cours du monde ? Rien ne vaut un solide dialogue fictif, en ouverture, avec Diderot. L'impression que le flux des choses interdit, par sa rapidité, le temps de la connaissance ? Voyez Montaigne, bâtissant une sagesse qui aujourd'hui encore fascine sur la «branloire» du monde, d'où il conclut à un scepticisme tempéré qui ruine les prétentions au vrai des idéologies. S'il est des passages obligés (Kafka, qui a l'intuition de ce que sera son siècle avec Le Procès ou La Métamorphose), en revanche nul n'a mieux exprimé le sentiment d'un écoulement irrémédiable qui conduit à un écroulement d'un monde - nos certitudes, nos paysages, nos conduites sociales - que Rilke, alors même qu'un autre nous apprend à saluer les configuratioons nouvelles - Joyce. Si le Journal décrit le monde en surface, la Littérature nous en ouvre les portes de la compréhension. Ce que dit à sa manière le titre de l'ouvrage, emprunté à La Divine Comédie de Dante : [...] en moi l'ardeur que j'eus à devenir expert du monde et des vices des hommes, et de leur valeur ; mais je me mis par la haute mer ouverte, seul avec un navire [...]

  • Guerre sainte, multinationale est le fruit de quatre années de recherches, entreprises par Peter Bergen bien avant les événements du 11 septembre 2001, dans le but de retracer l'évolution du terrorisme islamiste.
    En appuyant ses arguments sur une analyse subtile d'un certain islam incarné et popularisé par Ben Laden, l'ouvrage revient sur les aspects les plus importants du sujet : la présence des Etats-Unis en Arabie Saoudite, les bombardements en Irak, le conflit israélo-palestinien, le parcours personnel de Ben Laden. Il décrit leur importance respective dans le développement international d'al-Qaida, développement qui a abouti aux événements récents.
    L'ouvrage de Peter Bergen s'impose comme une référence sur le sujet, tant par sa connaissance parfaite du fonctionnement des réseaux islamistes à travers le monde que par la clarté du propos et sa très grande lisibilité.

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