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  • À la différence de la domination et de la coercition, l'autorité est la parole du collectif, elle est le Tiers qui conditionne tout ensemble le langage et le rapport à autrui. Comment faire autorité dans la famille, à l'école, au travail ou en politique lorsque toute position d'exception se trouve par avance récusée, contestée, sinon méprisée ? Qu'est-ce qu'une société dans laquelle plus personne n'assume la position d'exception et les normes de la vie ensemble, chacun renvoyant les contraintes sociales à des formes de domination impersonnelle ? Quelles conséquences sur la construction psychique de l'autonomie et de la responsabilité ? Dans un échange constructif, les auteurs, issus d'horizons professionnels différents, s'essaient à concevoir de nouvelles formes d'autorité au service du commun, plus respectueuses de nos valeurs démocratiques.

  • Comment fonctionne une cure psychanalytique ? Si elle n'est pas réductible à un échange « horizontal » et doit ménager une dissymétrie nécessaire dans la pratique, et non une position de surplomb, l'auteur soutient qu'elle ouvre à un dialogue différent où chaque mot, chaque geste - et en particulier ceux de l'analyste - prend un sens plus fort. En explorant ce dialogue analytique, il repose de nombreuses questions cliniques, du fait que le patient d'aujourd'hui n'est pas le patient d'hier. À travers cela, il engage un dialogue avec d'autres analystes, pour que les différends et conflits qui peuvent exister ne se figent pas en oppositions inexpugnables.
    Pour autant, il ne s'agit pas d'un « livre pour les spécialistes ». Il inscrit la psychanalyse contemporaine dans notre actualité, y compris par rapport à la pandémie de la Covid-19.

  • Les psychanalystes relèvent, depuis surtout deux ou trois décennies, que les mutations des discours sociaux ne sont pas sans effets sur la subjectivité individuelle. Ils ont plus de mal à penser, malgré quelques indications de Lacan, que « l'inconscient c'est la politique ». Ne peut-on pas alors soutenir que la politique constitue le refoulé de la psychanalyse elle-même ?
    Ce livre tente de lever ce refoulement, et d'en tirer quelques conséquences. Partant de réflexions nouvelles sur la question du sujet, il interroge ce qui peut le commander, en relation avec la question politique - et psychanalytique - du pouvoir.
    Cette démarche s'inscrit dans la perspective ouverte par Freud concernant la psychologie des foules, et elle suppose de prendre en compte les formes dominantes aujourd'hui de la vie politique, à commencer par le succès des divers populismes.
    À partir de là, l'ouvrage entreprend de traiter de façon nouvelle les questions essentielles de la psychanalyse, du signifiant à l'objet, du rêve au fantasme, du désir à la jouissance.
    Est-ce que pour autant ce livre s'inscrit en faux contre la thèse plus que centenaire selon laquelle l'inconscient c'est en nous à la fois l'infantile et le sexuel ? Non, en ce sens que l'enfant est confronté à la question de la loi, de quelque façon que celle-ci soit formulée. Et en ce sens aussi que le désir lui-même s'inscrit dans un jeu complexe de relations qui ont rapport avec le pouvoir, ou encore avec la position hiérarchique de chacun.

  • Nicole Malinconi échange avec Jean-Pierre Lebrun autour des questions de l'écriture, de la langue et de l'altérité.
    Dans un dialogue vivant et accessible, les auteurs ouvrent un champ de questions qui intéressent autant les professionnels de la santé mentale que tout citoyen s'interrogeant sur ce que parler veut dire. Utilisant des références littéraires, cinématographiques, psychanalytiques, linguistiques, sociologiques, philosophiques, ils se demandent comment une société traite la langue et comment la langue transforme la société.
    Jean-Pierre Lebrun est psychiatre, psychanalyste à Namur et Bruxelles. Il a publié de nombreux ouvrages chez érès, et Denoël.
    Il est également directeur de trois collections Humus, Psychanalyse et écriture et Singulier-pluriel aux éditions érès.
         

  • L'addiction est au coeur de l'économie psychique contemporaine. Certains patients addicts se présentent comme des « affranchis du Nom-du-Père », donc des contraintes symboliques. Les conséquences cliniques majeures qui en découlent constituent un défi pour la psychanalyse du XXIe siècle.
    Thierry Roth s'intéresse prioritairement aux patients addicts en tant qu'ils nous éclairent sur la clinique contemporaine : prédominance d'un nouveau type de jouissance, abrasement du désir, nouveau statut de l'objet, rejet de l'autorité, rapport différent à la sexualité, à l'autre, etc. Son objectif est de relever plusieurs paris : intéresser les analystes, parfois récalcitrants, aux problématiques addictives, de plus en plus centrales aujourd'hui ; montrer aux intervenants en addictologie et aux acteurs de la santé mentale la vivacité et l'intérêt - clinique et éthique ! - de la psychanalyse ; enfin et surtout, provoquer les uns et les autres dans leurs recherches et contribuer au débat nécessaire sur ce qu'on appelle la « nouvelle clinique ».

  • « La condition du parlêtre » signifie que l'être humain est organisé par la parole et le langage et non par le fonctionnement exclusivement neuronal de son cerveau, comme l'affirment les neurosciences.

    Quelle est l'importance du langage et de la parole dans la vie de l'homme ? Cette interrogation n'est pas seulement celle de la psychanalyse mais bien celle vitale de l'être humain qui ne saurait se développer en dehors de ce champ de parole. L'auteur propose une lecture ouverte de ce que Freud, puis Lacan et d'autres (notamment ses patients) nous apprennent de la condition humaine. Il part à la rencontre, non de l'homme psychologique, de l'homme philosophique ou de la religion, mais de l'homme du défaut et du symptôme, ce qui anthropologiquement se définit avec Lacan comme un parlêtre, un être de parole qui échoue et produit des symptômes.

    L'actualité et le développement de la modernité projettent l'homme et son savoir dans une culture désertée par la parole, ce qui le rend infirme. « La condition du parlêtre » signifie que l'être humain est organisé par la parole et le langage. Ce qui constitue un Réel décisif qui contribue à produire ses symptômes. Freud avait ouvert la voie en détaillant que la clé des songes était entièrement conditionnée par la nature langagière du rêve. Lacan a universalisé cette découverte en fondant l'existence du parlêtre en tant qu'intimement liée aux lois de la parole. Ainsi pour l'être humain, c'est une loi symbolique qui domine sa vie et son désir, celle qui met le manque au principe de son fonctionnement.
    La psychanalyse fondée exclusivement sur une pratique s'exerçant dans le champ du langage et de la fonction de la parole reste la dernière petite lumière dans la culture moderne capable de délivrer l'homme et son petit, de l'obscurité de leur destin et de leur désarroi dans lesquels les plonge le discours de la science.

  • Un psychanalyste, Jean-Pierre Lebrun, et un bibliste, André Wénin, se risquent au dialogue. Le premier parce qu'il est intéressé par la capacité des textes fondateurs de notre culture à dire la spécificité de l'humus humain, le second parce qu'il est convaincu que la psychanalyse développe une approche de l'être humain qui n'est pas étrangère aux textes qu'il travaille.

  • Un psychanalyste, Jean-Pierre Lebrun, et un bibliste, André Wénin, se risquent au dialogue. Le premier parce qu'il est intéressé par la capacité des textes fondateurs de notre culture à dire la spécificité de l'humus humain, le second parce qu'il est convaincu que la psychanalyse développe une approche de l'être humain qui n'est pas étrangère aux textes qu'il travaille.

  • Ce livre éclaire, en relation avec le terrorisme et à partir de la psychanalyse, le vécu collectif et individuel contemporain, tel qu'il se révèle notamment dans les cures.

    Deux psychanalystes abordent le traumatisme généré, tant au niveau collectif qu'au niveau individuel, par les actions terroristes récentes.
    Leur réflexion part du plus singulier, de ce dont, au fil des séances, peuvent parler les sujets qui les consultent. Ils constatent en effet un malaise diffus dans la plupart des cures dont ils ont la charge. Les patients en analyse ne parlent évidemment pas exclusivement des attentats djihadistes. Mais néanmoins dans le quotidien des séances se manifeste une angoisse plus ou moins latente, liée à l'impossibilité de prévoir d'où pourra venir le prochain coup peut-être plus encore qu'à l'horreur de ce qu'ils savent des massacres de masse qui ont eu lieu. S'agit-il d'un nouveau malaise dans la civilisation ?

  • Les progrès incontestables des neurosciences de ces dernières années mettent-ils en question la discipline que Freud a inventée et que Lacan a réinventée ? N'assistons-nous pas plutôt à un troisième moment de naissance de la science - après l'âge grec et l'âge classique - qui nous contraint à revisiter les assises du sujet ? Néanmoins, les avancées des neurosciences nous obligent à problématiser à nouveaux frais les rapports du corps et du langage, à aborder différemment des questions aussi anciennes que cruciales telles les relations corps-esprit, nature-culture, animal-humain... et à prendre en compte l'impact des mutations technologiques sur la réalité psychique.

    Dans un entretien vivifiant, Jean-Pierre Lebrun et Marc Crommelinck convoquent la psychanalyse et les neurosciences pour appréhender le fonctionnement du cerveau pensant. Ils prennent appui sur les concepts, aujourd'hui promus, d'émergence, de causalité ascendante et descendante, de plasticité... en maintenant la rigueur d'une position matérialiste devenue désormais incontournable et une volonté de transmettre au plus grand nombre.

  • À l'époque - révolue - où on les sollicitait de tout interpréter, les psychanalystes ont sans doute eu le tort de trop répondre à la demande, de se présenter comme détenteurs du savoir que l'on attendait d'eux. Il convient aujourd'hui de rompre avec cet usage et de suivre le fil des questions auxquelles conduit la pratique psychanalytique elle-même, et qui concernent au premier chef, nous dit Roland Chemama, l'éthique.

    Il ne s'agit pas, bien sûr, de réduire l'éthique à une déontologie nécessaire au praticien, ni même de prétendre proposer des valeurs idéologiques au sujet contemporain dont on connaît le désarroi. L'auteur analyse de quelle façon la psychanalyse, qui a démontré les déterminations inconscientes du sujet humain, le met cependant, pour finir, devant ses responsabilités. En le détournant de répéter seulement ce qui circule dans la culture, elle l'appelle à s'engager dans une véritable énonciation. On le voit, l'enjeu est éthique : le sujet doit « y aller », analyser rêves, lapsus, formations de l'inconscient et non se cacher derrière les faux-fuyants du discours commun.

    De la différenciation homme-femme à la critique du point de vue utilitariste, Roland Chemama reprend les questions cliniques, ordinairement abordées par les psychanalystes, à partir du choix éthique qui demeure celui du sujet.

  • Le discours capitaliste repose sur la conviction que la science rend compréhensible tout ce que nous aurions à connaître, que la technoscience peut fabriquer tout ce dont nous avons besoin, et que le marché nous donnera accès à tout ce qui nous manque. Dans ce contexte de promesse de complétude, quelle est la capacité de la psychanalyse à rester présente dans le lien social et à rejoindre, en se réinventant, ce que Lacan appelait « la subjectivité de notre époque » ? Marie-Jean Sauret est psychanalyste, membre de l'Association de psychanalyse Jacques Lacan (APJL), professeur de psychopathologie clinique à l'université Toulouse-Le Mirail.

  • Les concepts aujourd'hui promus par les neurosciences - causalité ascendante et descendante, émergence, plasticité... - permettent mais aussi obligent à réaborder autrement des questions anciennes comme les relations corps/esprit ou encore le débat nature/culture. Évitant tout réductionnisme, ce livre mène un dialogue rigoureux entre psychanalyse et neurosciences autour du fonctionnement du cerveau pensant.

    Jean-Pierre Lebrun échange avec Marc Crommelinck, professeur émérite à l'Université de Louvain, neurophysiologiste et épistémologue à propos de la psychanalyse et du développement des neurosciences. Les progrès incontestables de celles-ci ces dernières années mettent-elles en question la discipline que Freud a « inventée » et que Lacan a « ré- inventée » ? Leurs avancées ne contraignent-elles pas à revisiter les rapports du corps et du langage ? Ces questions sont abordées sous la forme d'un entretien vivifiant qui ne se contente pas des réponses simplistes auxquelles nous ont habitué les médias.

  • Comment l'enfant (et l'adolescent) devient-il ce sujet, acteur de sa vie, pour habiter le lien social avec ses contemporains ? Comment le néolibéralisme, de mutation en mutation, affecte-t-il les conditions requises pour ce processus anthropologique ?

    À partir de l'évolution des symptômes de l'enfant, de sa place dans la société, de l'accueil qui lui est réservé, l'auteur, en tant que praticien de la psychanalyse, chercheur, enseignant ou du militant (politique, syndical, associatif), s'interroge sur la logique qui préside à ces mutations, et dessine quelques perspectives cliniques nouvelles. Dans cette réflexion, la psychanalyse constitue à la fois un appareil de lecture, un « poumon artificiel » et un symptôme.

  • Comment les auteurs, psychanalystes, soutiennent-ils leur pratique concrète avec ces patients - enfants aussi bien qu'adultes - pour lesquels Melman avait introduit le terme de nouvelle économie psychique ?
    Sans doute la clinique contemporaine impose à l'analyste de " savoir y faire ". Non pas de " savoir faire ", au sens où elle demanderait un savoir technique descriptible. Mais de se mettre dans la position éthique d'accepter que les réalités cliniques nouvelles puissent le déranger, d'accepter d'inventer sans trop bien savoir ce qu'il invente. À cette seule condition, il pourra " faire avec " : faire avec ce qui, quotidiennement, vient interroger son désir, et sa responsabilité. À partir de leurs assises théoriques et de leur pratique clinique, les auteurs contribuent, chacun, à élaborer l'éthique qui leur permet de se constituer un lieu d'adresse pour ces sujets en mal de parole.

  • À travers une série d'entretiens, Michèle Gastambide, psychanalyste particulièrement intéressée par la tragédie grecque, et Jean-Pierre Lebrun, qui poursuit son questionnement sur les effets des mutations de la société sur les sujets, engagent à lire L'Orestie d'Eschyle pour y trouver de quoi faire face à la clinique actuelle.
    Le triangle oedipien classique ne semble plus rendre compte des situations cliniques et sociales qu'on rencontre aujourd'hui : un duo mère-enfant assorti d'un père estompé, voire effacé par le maternel. Plutôt qu'oedipe, ce serait alors Oreste qui pourrait nous orienter dans l'approche de cette clinique : ce dernier est amené à tuer sa mère pour venger son père qu'elle avait assassiné. La façon dont Eschyle fait le récit de sa trajectoire nous apporte de quoi réfléchir. À vingt-cinq siècles de distance, l'actualité de notre social n'est pas sans résonner avec ce moment d'émergence de la démocratie, où se met en place le règne de la parole en même temps que la prise en compte de sa faille.

  • Écrit par trois psychanalystes qui travaillent ensemble depuis de longues années, ce livre concerne la pratique de la pratique psychanalytique dans ce qu'elle a de plus quotidien.

    Il ne s'agit donc pas d'aborder celle-ci d'un point de vue idéal, mais de questionner le psychanalyste lui-même à travers la position qu'il prend par rapport à son acte ainsi que le désir qui est le sien dans la direction de la cure.

  • « La psychanalyse est-elle capable de répondre aux défis nouveaux que pose la transformation culturelle à laquelle nous assistons ? Le défi est très simple, il est de savoir si nous serons capables de préserver ce qui est la caractéristique de l'humanité, c'est-à-dire la possibilité de l'analyse, de la réflexion et du choix de ses conduites dans une mutation culturelle qui se présente comme très impérative quant aux comportements, et laisse peu de place au choix et à la réflexion.

    « Cette mutation culturelle, qui entraîne la mutation des rapports entre les sexes, implique de nouveaux symptômes : ce qui est guéri d'un côté se trouve en souffrance de l'autre côté.

    « La psychanalyse ne peut pas être une psychothérapie sociale ; elle ne peut pas apporter de remède à l'échelle sociale, ni en aucune manière se présenter comme un guide des conduites sociales. Ceci étant, la psychanalyse a néanmoins une vertu subversive, une vertu dérangeante, une vertu 'urticariante' - la philosophie jouait ce rôle autrefois dans l'Antiquité - une façon d'amener les gens à s'étonner un peu sur leur existence. Le psychanalyste qui intervient en public ne cherche ni à plaire ni à séduire mais à dire frontalement ce que sont ses positions. Il est aujourd'hui l'un des rares à pouvoir maintenir une opposition qui ne soit pas seulement velléitaire. Par exemple, il y a des mouvements de résistance à la mondialisation, mais ce sont des mouvements velléitaires qui n'ont pas de support théorique susceptible d'amener, d'entretenir la réflexion et de justifier pleinement l'opposition. Aujourd'hui, la psychanalyse est bizarrement la seule, au moment où on nous promet tous les bonheurs, tous les progrès, à dire 'non, ça ne va pas'. » CM Dans un texte très vivant, issu de conférences tenues au Brésil et en Belgique, d'un débat avec Pierre Beckouche et Marcel Gauchet ainsi que d'un nouvel entretien avec Jean-Pierre Lebrun, Charles Melman poursuit la réflexion engagée dans L'homme sans gravité (Denoël, 2003, Folio). Il précise ici les nouvelles modalités cliniques produites par cette mutation culturelle, qui nous entraîne notamment vers le matriarcat, et noue sa réflexion à notre actualité : « Ce que nous n'avions pas prévu dans L'homme sans gravité, c'est que la crise économique actuelle allait être l'expression sociale de cette dérégulation dont nous parlions, c'est-à-dire le fonctionnement sans limite et sans restriction d'une économie de l'échange ».

  • La parole oubliée

    Karima Lazali

    Cet ouvrage explore les différentes modalités d'un nouage, entre corps, parole et inconscient, dans la cure analytique mais aussi dans le champ social.
    Une même question insiste tout au long de l'ouvrage : comment et surtout à quelles conditions opère une cure analytique ? En d'autres termes, qu'est-ce que parler pour la psychanalyse (et en psychanalyse) et par quels tours et détours dans le trajet du parlant se produit la transmission du savoir inconscient vers le réel du corps ? Et, partant de là, comment penser le potentiel politique de la parole et ses effets au un par un et dans le lieu social ? Pour y répondre, l'auteur visite l'envers de ce décor, à savoir les lieux de panne de la parole qui ouvrent à différentes formes de ravages, meurtres et autres destructions à l'échelle du psychisme singulier et du collectif.
    Karima Lazali, psychologue clinicienne et psychanalyste, exerce à Paris depuis 2002 (en institution et en cabinet) et à Alger (en cabinet) depuis 2006.
       

  • Si les positions sexuées sont liées à la structure de la parole et du langage, leurs assises sont éminemment précaires, ce que révèle la clinique contemporaine des enfants, des adolescents et des adultes.
    L'auteur s'attache à analyser les enjeux des positions sexuées et de leurs intrications. En s'appuyant sur le schéma de la sexuation de Lacan, il tente de décoder les manifestations symptomatiques du monde actuel qui relèvent des difficultés à faire valoir les différences sexuées et à reconnaître l'altérité comme fondement de la subjectivité de chacun : l'altérité entre les êtres qui, quand elle est bafouée, resurgit dans des débordements racistes, et l'altérité à l'égard de soi-même quand l'enjeu de nos actes, corrélé au refoulement originaire qui fait de nous des êtres de parole, nous échappe.

  • Les psychanalystes, à la suite de Lacan, ont, depuis quelques décennies, largement utilisé le terme de jouissance. Pourtant celui-ci ne va pas sans quelques paradoxes. En effet, la jouissance ne désigne-t-elle pas tout autant la recherche effrénée de l'objet manquant que l'étrange satisfaction que le sujet trouve dans un repli dépressif ? Roland Chemama questionne ici l'empire de la jouissance : l'autorité qu'elle a sur le sujet humain, mais aussi l'immense domaine qu'elle régit. La jouissance infiltre en effet toute l'existence, prenant du discours ses mots d'ordre, et prolongeant ses effets jusqu'au plus intime du corps. Elle concerne aussi le social, au sens où ce que l'on vend et que l'on achète, c'est de plus en plus de la jouissance, quelque chose qui relance l'excitation, et, comme une drogue, pousse le sujet à renouveler sa consommation. La jouissance, en elle-même, comporte des contradictions fondamentales, dont les effets se font sentir dans l'ensemble de la clinique. Poursuivant le projet initié dans Clivage et modernité (érès, 2004) et dans Dépression, la grande névrose contemporaine (érès, 2006), l'auteur développe une approche clinique attentive aux formes nouvelles de la pathologie, celles qui répondent aux symptômes sociaux dans lesquels nous sommes pris. Le parcours théorique qu'il propose témoigne du fait que les « concepts » psychanalytiques eux-mêmes portent la marque de l'évolution historique qu'ils tentent d'éclairer.

  • Le père fait-il symptôme aujourd'hui ? L'auteur revient sur les élaborations théoriques de Freud et de Lacan pour penser la clinique contemporaine et avancer de nouvelles hypothèses sur la fonction paternelle.

    L'auteur approfondit ce que le « déclin social de l'imago paternelle », auquel Lacan fait allusion dès 1938, recouvre au regard des changements sociétaux du statut du père. Il cherche à jauger son bien-fondé et sa portée dans la clinique contemporaine. Pour cela, il met à l'épreuve la notion lacanienne de fonction paternelle, fondamentale pour accéder à une lecture structurale du père qui va au-delà de toute phénoménologie (anthropologique, psychologique, sociale, biologique...) et montre qu'elle relève d'un « principe d'invariance ».

  • Dans le clivage, ce qui est dénié se trouve en même temps reconnu : un tel mécanisme, loin d'expliquer seulement un petit nombre de pathologies très particulières, éclaire en fait un très large pan de la clinique, et notamment de la clinique contemporaine. Renonçant aux descriptions simplistes des avancées freudiennes et à la formalisation lacanienne des concepts qui fait fuir les non-spécialistes, l'auteur a choisi de convoquer comme interlocuteur l'honnête homme pour être poussé à justifier ce qu'il avance. Roland Chemama est psychanalyste (Paris).

  • À partir de mots liés au monde de l'adolescence et à celui de notre époque, cet ouvrage montre comment les discours sociaux, dominés par l'impératif de l'économique et celui de la jouissance consommatrice, produisent la figure de l'adolescent contemporain, l'installant dans une adolescence de plus en plus longue et consensuelle. L'auteur dessine des pistes d'appréhension des nouvelles modalités d'organisation des liens intersubjectifs (SMS, chat, mail, réseaux sociaux, contractualisation des relations...), afin de saisir comment un jeune contemporain cherche, dans ce monde sans limites, des repères susceptibles de structurer son être en devenir. Les adolescents d'aujourd'hui demandent encore à pouvoir désirer le monde et goûter les mots, cet abécédaire en témoigne. Dominique Texier, pédopsychiatre et psychanalyste, médecin-chef du CMPP (centre médico-psycho-pédagogique) Paris 6e.

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