Thierry Ménissier

  • " Pour bien connaître la nature des peuples, il faut être prince, et pour bien connaître celle des princes, il faut être peuple. " Dans ce texte inaugural de la philosophie politique, Machiavel se fait tour à tour " peuple " et " prince ".

    Toutes les clés concernant les théories de l'Etat républicain, c'est-à-dire libéré de la théologie, la société et le droit moderne, et plus radicalement, la liberté telle que nous la concevons désormais, s'y trouvent rassemblées.

  • Se substituant à ce qu'on appelait autrefois le progrès, la notion d'innovation s'est imposée dans tous les secteurs de l'activité humaine. On a pris l'habitude de qualifier d'innovante toute forme de changement qui semble susceptible d'améliorer quelque chose à l'activité humaine, sans pour autant penser philosophiquement la signification de ce changement. Tandis que l'économie industrielle dopée par la technologie a réalisé la prophétie émise par l'économiste Schumpeter, la notion d'innovation a elle-même évolué, devenant protéiforme. En enrôlant massivement les méthodes pour innover, actuellement se multiplient les tiers-lieux destinés à opérer ce changement. Mais progrès et innovation ne sont pas synonymes, et à bien des égards celle-ci dément les promesses affichées par celui-là. Aujourd'hui, les crises qui se produisent sur la toile de fond des transitions en cours conduisent à repenser le rôle dévolu à l'innovation, et invitent à décider si elle peut accompagner le monde qui vient. La difficulté est que ce qui la rend spécifique et intéressante, sa « sauvagerie » même, la rend peu aisée à dépasser. Cet ouvrage, le premier consacré à l'innovation par la philosophie de langue française, éclaire les questions qu'elle soulève, en les traitant sur les plans épistémologique et pratique.

  • La philosophie politique se fonde sur des termes que ces Éléments veulent définir et caractériser. D'« absolutisme » à « utopie », en passant par « égalité », « loi », « peuple » et « responsabilité », le présent ouvrage aborde quarante et une notions de base du langage philosophique. Il restitue leur signification usuelle, puis décrit les situations historiques et théoriques qui constituent leur histoire conceptuelle. Dans ce mouvement, le mot se transforme en concept, utile pour interpréter philosophiquement la vie politique. Chaque entrée se complète à cette fin d'un problème (que l'auteur construit en observant la réalité à l'aide de la notion étudiée), puis d'un thème de réflexion (par lequel il invite le lecteur à faire de même). S'il se présente comme un vocabulaire essentiel de philosophie, cet ouvrage est donc en même temps un livre de théorie politique - puisque dans la succession des problèmes posés se dessine la réflexion personnelle de l'auteur - qui repose sur le dialogue entre les mots, les faits et les idées.

  • Depuis toujours précédé de la réputation sulfureuse d'athée et d'homme immoral, Machiavel est l'auteur d'une oeuvre engagée en faveur de la défense de la liberté républicaine à une époque de la Renaissance où Florence, sa patrie, se trouve menacée et dominée. L'affirmation de l'autonomie de la politique conduit Machiavel à développer une oeuvre pleine de paradoxes, dans laquelle les évidences disparaissent en même temps que les illusions. La lecture simultanée du Prince, des ouvrages consacrés aux républiques et des écrits politiques de circonstance dévoile ainsi une philosophie où l'ombre et la lumière se mêlent sans cesse, en écho direct à la complexité des situations politiques mais également fort cruelle pour les espoirs naïfs. Si Machiavel est un penseur gênant, c'est parce que son oeuvre met radicalement en cause la tentation d'enchanter les relations humaines ; s'il est un auteur fascinant, caractérisé par une extraordinaire influence directe et indirecte, c'est qu'il promet une intelligence renouvelée de l'action collective et qu'il promeut une éthique de la vertu d'une grande profondeur.

  • La notion de corruption désigne la captation illicite de moyens publics à des fins privées. L'usage courant du terme laisse entendre qu'elle est sous-tendue par une forme de perversion morale ; le Droit l'emploie comme une catégorie juridique fondamentale pour préserver les biens publics de leur mise sous tutelle par la logique de l'intérêt particulier. Ces deux dimensions peuvent être complétées par l'apport des sciences humaines et sociales, qui la considèrent comme un phénomène irréductible tant à la transparence sociale qu'à sa régulation par la politique et à sa suppression par l'éthique. En prenant en compte ces différentes dimensions, cet ouvrage propose une approche originale de la corruption en engageant une analyse philosophique. La corruption apparaît comme un mal parce qu'elle rompt la condition d'égalité entre les citoyens. Le fait qu'elle perdure souligne la réalité d'un pouvoir social structurant, un pouvoir oblique. Le problème posé par la corruption pose une question d'actualité : quelle éthique publique est aujourd'hui possible?

  • L'ambition de la collection "Les classiques de la philosophie" - oeuvres intégrales ou fragments conséquents - est d'introduire à une lecture éclairée des grands "moments" de la pensée. Une présentation appropriée, des notes claires et précises, des traductions réactualisées, des glossaires étoffés, aideront le lecteur à parcourir au rythme qui est le sien, les principales étapes d'une histoire de la philosophie ouverte. Les analyses qui complètent ici les textes, suggèrent des perspectives, des orientations, qu'il appartiendra au lecteur d'explorer, de suivre ou de redessiner.

    Chaque ouvrage comprend deux parties :
    -Le texte classique avec de nombreuses notes, brèves et simples, situées en regard du texte ;
    -une analyse de l'oeuvre (repères biographiques, présentation, commentaire) ;
    -Les annexes comprennent :
    - un tableau chronologique pour situer immédiatement l'auteur dans son époque ;
    - un glossaire définissant les notions clés ;
    - des indications bibliographiques.

  • Les débats récurrents sur la nécessité en France d'une réforme institutionnelle montrent que l'idée de république est en crise.
    Le projet politique de la modernité a en effet échoué. Il visait depuis le XVIIe siècle à unifier l'espace civique et, tout en favorisant l'émancipation des sujets rationnels, à le penser comme un vaste ensemble soumis à la même discipline. Un soupçon plane de surcroît sur la référence républicaine exacerbée dans les discours actuels: dans le contexte de l'érosion des souverainetés nationales sous l'effet de la globalisation et de la construction de l'Union européenne, cette référence apparaît au mieux comme une incantation vers un passé rassurant mais défunt, au pire comme un levier démagogique qui en appelle à la souveraineté toute puissante du "peuple", cette entité aux contours mal définis.
    Le moment est venu de savoir si l'on gagne à se passer de cette référence ou si l'on peut en sauver quelque chose. En voulant examiner cette question, cet ouvrage constitue une enquête sur les principes fondamentaux du discours républicain, tout en les situant dans l'histoire concrète des évolutions politiques et propose une troisième voie entre la liberté des anciens et celle des modernes: la liberté des contemporains, qui ouvre une perspective stimulante pour rénover la notion de république.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • Pourquoi le nom de Nicolas Machiavel a-t-il servi à forger le nom d'une attitude mentale connue et pratiquée bien avant lui : le « machiavélisme », c'est-à-dire une façon cynique de se conduire visant la prise du pouvoir à tout prix ? Qu'est-ce qui, dans la pensée du Florentin, rend possible une telle disposition ? Et comment, dans l'histoire européenne, s'est propagée cette manière d'envisager la politique ?
    Cet ouvrage, en proposant un examen original du système intellectuel machiavélien, répond à ces questions de manière nuancée : si le machiavélisme est effectivement imputable à Machiavel, il ne consiste pas en une volonté perverse de faire le mal, mais se trouve déterminé par une vision du monde cohérente et tragique, sans équivalent dans la tradition culturelle occidentale.
    En brossant un vaste panorama de la réception des thèses du Secrétaire florentin, Thierry Ménissier examine également la manière dont les idées machiavéliennes ont profondément travaillé l'histoire des idées politiques européennes depuis le XVIe siècle, à la manière d'un héritage contrarié. Son livre nous fait ainsi prendre conscience de l'actualité du machiavélisme qui hante la politique occidentale.

  • La collection "Fondements de la politique", dirigée par Yves Charles Zarka, directeur de recherche au CNRS, accueille, d'une part, les éditions de textes importants où les concepts fondamentaux de la politique peuvent être ressaisis dans leurs mouvements doctrinaux de formation, d'infléchissement ou de crise, d'autre part, des travaux de recherche sur les auteurs ou les oeuvres de philosophie politique, enfin, des essais visant à renouveler la pensée politique contemporaine. Deux sections : Textes et Essais.

  • Grâce à une langue dont la beauté est celle de la simplicité et de la concision, la pensée machiavélienne s'est initialement employée à clarifier le jeu politique complexe dont elle était contemporaine ; par là elle est discours de vérité star celui-ci, et donne prise sur l'histoire à la raison désemparée.
    C'est dans celte entreprise de vérité que, d'abord étrangère à la philosophie par ses sources comme par son dessein, elle en a repris à son compte les principales questions politiques. ce " vocabulaire de machiavel " entend d'abord mettre en valeur la rigueur et la finesse de la pensée du florentin, pour établir avec quelle audace il a réfléchi ces questions et quelle est la fécondité de ses inventions théoriques.
    Il s'agit ensuite de montrer que si la philosophie politique connaît avec machiavel un nouveau commencement, c'est l'effet de l'extraordinaire sens des problèmes qui s'exprime dans ses prises de position.

  • L Nouv.

    Et si nous inventions un statut pour protéger la liberté de penser ? L'éleucratie promet une forme de vie fatalement intranquille, émaillée d'éclats permanents.

    Le contexte actuel de violence religieuse-politique brouille nos points de repère à propos du régime souhaitable pour la libre expression dans l'espace démocratique. Dans une contribution récente, Gérald Bronner évoquait la possible « impuissance de nos rituels collectifs » et le risque de saturation de notre espace symbolique. Il apparaît bien difficile d'apaiser le sociologue inquiet de la déchéance de la rationalité : la particularité de l'Europe moderne est d'avoir ouvert un espace voué à désacraliser toutes les causes, espace nommé tantôt démocratie, tantôt république.

  • L Nouv.

    Et si nous inventions un statut pour protéger la liberté de penser ? L'éleucratie promet une forme de vie fatalement intranquille, émaillée d'éclats permanents.

    Le contexte actuel de violence religieuse-politique brouille nos points de repère à propos du régime souhaitable pour la libre expression dans l'espace démocratique. Dans une contribution récente, Gérald Bronner évoquait la possible « impuissance de nos rituels collectifs » et le risque de saturation de notre espace symbolique. Il apparaît bien difficile d'apaiser le sociologue inquiet de la déchéance de la rationalité : la particularité de l'Europe moderne est d'avoir ouvert un espace voué à désacraliser toutes les causes, espace nommé tantôt démocratie, tantôt république.

  • L'idée d'empire a été utilisée pour désigner des contextes historiques très différents, et afin d'élucider des logiques politiques extrêmement variées. Ces contributions de philosophes, d'historiens, de politistes et de juristes tentent de la clarifier. Politique, elle apparaît nécessairement se fonder sur la domination ; cependant, qu'est-ce qu'une politique d'empire ? Et tout empire est-il nécessairement impérialiste ? Si la notion d'empire semble constituer un outil approprié pour penser certaines configurations et certains moments de civilisation, pourrait-on penser l'histoire du monde sans en faire référence ?...

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