Ramuz

  • Sur le chemin qui le ramène au pays, un soldat rencontre le Diable qui lui propose un marché : son violon contre un livre qui permet de prédire l'avenir. Le soldat accepte. Il deviendra richissime, puis se dépouillera de tout pour reconquérir son violon et le coeur d'une princesse. Hélas. Sur le CD, Denis Lavant, le récitant, est littéralement habité par cette oeuvre. Ses personnages (un diable formidable, un soldat candide mais pas que...), son interprétation, puissante et visionnaire, envoûtent et font frémir. La partition, écrite pour sept musiciens est confiée à l'Orchestre de la Garde républicaine, dirigé ici par François Boulanger. Le livre propose un résumé pour chaque scène et des prolongements documentaires pour guider l'écoute : le violon chez Stravinsky et dans la musique populaire, qu'est-ce qu'un tambour ? une colporteuse ? etc. Illustré par Nathalie Novi, le livre fonctionne comme un décor dont on tourne les pages à chaque scène, à chaque changement de point de vue. Un conte musical pour tous à partir de 8 ans.

  • Écrit en 1934, Derborence est un roman célèbre de Ramuz, l'un de ses plus connus. Au-delà du récit d'un effonrement de montagne et de l'ensevelissement d'hommes et de bêtes, c'est une formidable histoire des relations homme-nature, et des forces violentes de vie et de mort. Avec Ramuz, le récit qui s'empare d'une situation réaliste se colore toujours de légendaire, dans des évocations puissantes. C'est une magnifique illustration de la fragilité de l'homme.

  • « Le petit enfant, assis sur un carré de toile à matelas dans le pré, tend la main vers un cerisier qui est bien à quarante pas de lui.
    Ayant refermé sa main, il s'étonne qu'elle soit vide.
    Il nous faut apprendre le monde depuis son commencement. »

  • Adam et Eve

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    Avec Adam et Ève (1932), Ramuz donne corps à un projet qui l'a occupé pendant plusieurs années, et qui n'est rien moins qu'une réécriture des premiers chapitres de la Genèse. Destiné à « illustrer un vieux mythe d'Occident », le roman démontre la fatalité de la Chute. En peignant la désillusion de Louis Bolomey, Ramuz brosse une vision de la condition de l'homme sur terre qu'il assimile à un long désenchantement.

  • Resté inédit du vivant de Ramuz, Posés les uns à côtés des autres (1943) est son roman le plus personnel. Situant l'action du récit à Pully - jamais nommée - où il s'est installé en 1930, l'écrivain met en scène ses voisins et son village. Leurs vies s'entrecroisent sans qu'ils ne sachent ni se comprendre ni se parler. Constituée de chapitres juxtaposés, euxmêmes divisés en séquences, la narration reflète cette séparation des êtres entre eux. Une séparation que rien ne peut combler, sinon la création artistique : « Les hommes sont posés les uns à côté des autres : le poète voudrait faire que les hommes ne soient plus posés les uns à côté des autres et pour cela il sculpte, il peint, ou il écrit ».

  • Ramuz La Grande Peur dans la montagne Sasseneire est un pâturage de haute montagne que les gens du village délaissent depuis vingt ans à cause d'une histoire pas très claire dont tremblent encore les vieux. Mais faut-il perdre tant de bonne herbe par crainte d'un prétendu mauvais sort, alors que la commune est pauvre ? Le clan des jeunes finit par l'emporter : en été, le troupeau monte à l'alpage, à 2 300 mètres d'altitude, sous la garde du maître fromager, son neveu, quatre hommes et un jeune garçon. Très vite le site, les propos du vieux Barthélemy créent un climat de crainte et de superstition. Puis la « maladie » ravage le bétail. Mis en quarantaine, les hommes de l'alpage sont prisonniers au pied du glacier menaçant. Tout alors bascule. C'est la grande peur dont Ramuz fait le récit dans cette forte et célèbre chronique montagnarde.

    Préface de Jacques Chessex

  • En 1900, Ramuz (1878-1947) a 22 ans et débarque à Paris, où il s'apprête à entamer des études en Sorbonne. Soixante ans plus tard, ce futur géant de la littérature se remémore son arrivée dans la capitale et ses premières impressions, avec une fraîcheur, une sensibilité et une précision intactes.
    Ces premières impressions parisiennes en rappellent d'autres, celles de Pierre Assouline, arrivé de Casablanca à Paris encore jeune lycéen, et pour l'occasion préfacier de Ramuz.

  • Aline

    Charles-Ferdinand Ramuz

    « Elle était maigre et un peu pâle, étant à l'âge de dix-sept ans, où les belles couleurs passent, et elle avait des taches de rousseur sur le nez » : voici Aline, l'héroïne éponyme du premier roman de Ramuz. Tombée amoureuse de Julien Damon, fils de paysans riches, elle vit une véritable idylle, tandis que lui ne cherche qu'à apaiser sa faim. L'histoire débouche sur une fin tragique lorsqu'Aline, enceinte, apprend les fiançailles de Julien.
    Tournant le dos aussi bien au récit psychologique qu'aux modèles naturalistes, Ramuz décrit avec subtilité la passion et le revirement des coeurs. En écrivain débutant, il pose dans cette épure célèbre les jalons d'une forme de roman poétique, à laquelle il aspirera tout au long de sa carrière.

  • L'amour du monde

    C.F. Ramuz

    Une ville de quatre ou cinq mille habitants, un petit monde où les gens se contentent d'un beau soleil et d'une belle eau, parmi les vignes. Mais lorsque Louis Noël, grand voyageur, se met à raconter la vie sous d'autres cieux ; qu'un illuminé se prenant pour le Christ se promène sur la plage ; qu'un cinéma s'installe et fait office d'usine à rêves, l'imaginaire fait irruption dans le quotidien réglé, «une fenêtre a été ouverte sur le monde ».

  • Juliette, 19 ans, débarque de Cuba au printemps dans une communauté vigneronne petite et étriquée, prise entre lac et vignes ; et la quittera secrètement en août pour une destination inconnue. Elle a beau être la nièce du cafetier Milliquet, Juliette restera une étrangère, foncièrement différente des villageois, principalement par sa beauté mystérieuse. Sa présence éphémère au sein des habitants va modifier fortement leur quotidien. Car elle possède une sorte de don, de pouvoir magnétique d'attraction.
    Mais Juliette, en toute innocence, va diviser le groupe jusqu'au drame. Ce texte lie les thèmes de la beauté, de la solitude et du désir sexuel pour dire l'imperfection du monde.

  • Dans ce « tableau » de 1919 que sont Les Signes parmi nous, Ramuz peint un orage d'été qui fait croire à la fin du monde. En prévision de cette apocalypse lémanique, Caille, le colporteur biblique, répand une parole défaitiste. Mais le dernier mot appartient au couple de jeunes amoureux qu'anime une confiance toute humaine. Écrit à la fin de la Première Guerre mondiale, tandis que la grippe espagnole ajoute ses calamités aux malheurs du conflit, ce roman virtuose célèbre l'éternel recommencement de la vie.

  • Avec Taille de l'homme, Ramuz examine différentes formes d'organisations sociales pour souligner le caractère universel de la condition humaine, rendu plus évident à ses yeux par la mondialisation. Christianisme, bourgeoisie, communisme, matérialisme, autant de concepts que Ramuz déconstruit pour renouer, dans un mouvement néorousseauiste, avec une pensée proche de la nature, à taille humaine.
    « Qui sommes-nous encore dans notre taille, nous autres hommes ? Quelle est encore notre mesure, alors que l'univers est chaque jour et en tout sens plus minutieusement mesure´ ? »

  • A travers ce roman particulièrement éclairant sur la condition humaine, C. F. Ramuz s'attaque à l'idéologie communiste et ultralibérale qui dénigrent délibérément la nature de l'homme. Car que va-t-on faire de tous ces hommes disposant de nombreuses heures de temps libre ? Nous allons les cultiver et les distraire, répond le monde moderne. Mais il parle bien de cultiver l'homme, et non de l'homme qui se cultive par lui-même. Cette culture est donc passive et n'a rien de vécue. Elle passe à côté des grands questionnements essentiels. Selon Bastien Veuthey, l'oeuvre de Ramuz est un signal à cette humanité qui n'a jamais autant écrit, qui n'a jamais autant lu, qui n'a jamais été autant cultivée mais qui n'a jamais été si « fausse » Passage du Poète, un roman ambitieux qui unifie la poésie et le sens de la vie en donnant la parole à des gens simple dans un décor magnifique,comme si la beauté et la spiritualité était enfin réconciliée. Passage du Poète a fait l'objet de versions légèrement différentes. En 1929, il a paru sous le titre de Fête des Vignerons. Pour cette édition, nous avons opté pour la version de 1941 parue chez Mermod et revue par l'auteur, et repris les notes de Michel Dentan publiées dans la Bibliothèque romande.

  • La grande peur dans la montagne Nouv.

  • Ramuz - voilà un cas. Qu'un écrivain de cette dimension puisse être aussi méconnu, cela dépasse l'entendement. En Suisse, son pays d'origine, il est un monument historique. En France, de son vivant, il fut presque célèbre, et souvent mal compris (auteur « rustique », « romancier de la montagne », etc.) ; depuis sa mort (1947), il est peu réédité, peu lu. Il y a des absences dont on se console. Mais connaître Ramuz, c'est vouloir aussitôt le faire connaître. La Pléiade publie donc ses vingt-deux romans. Ils mettent en scène des paysans, la nature y est omniprésente, ils ne sont pas écrits en français standard : voilà pour la surface des choses - c'est elle qui a pu faire taxer Ramuz de régionalisme. Mais creusons un peu. Ramuz traite la nature comme Cézanne ses paysages : il la réduit à ses lignes de force, le pittoresque n'est pas son affaire. Sa montagne n'est pas moins réinventée que les collines mississippiennes de Faulkner. Ses paysans, dépouillés, « élémentaires », et à vrai dire fantasmés, il fait d'eux l'équivalent des rois de Racine : des hommes en proie à la fatalité. Ses sujets - l'amour, la mort, la séparation des êtres - sont ceux des tragiques : aussi universels qu'intemporels. Quant à sa langue, pure création, constamment rythmée, elle repousse les bornes de la syntaxe et sert une narration qui conduit le roman aux limites du genre : il « doit être un poème ». Ramuz étonne. Conformistes s'abstenir. Mais ce n'est évidemment pas un hasard si des écrivains aussi différents (et le mot est faible) que Claudel et Céline l'ont aimé. Pour qui attend du roman autre chose que l'éternelle répétition de modèles et de discours convenus, il sera une découverte majeure.

  • Une main

    C.F. Ramuz

    Toute vie, à l'instar de toute oeuvre, est faite de chutes et de rebonds, comme le montre Une main.
    Dans ce texte autobiographique, Ramuz se dévoile, laissant le lecteur pénétrer dans son intimité, dans sa maison, son bureau, se mettant en scène torse nu et soumis à ses médecins autant qu'aux impératifs du corps. Car un jour d'hiver de 1931, à la mi-janvier, Ramuz glisse sur du verglas et se brise l'humérus gauche.
    Impossible d'écrire désormais. L'auteur réfléchit dès lors à sa relation à la création : sa vie, semble-t-il conclure, n'a de sens que par la place qu'elle occupera dans son oeuvre.

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