Marianne Jakobi

  • Quoi de commun entre Paul Gauguin (1848-1903) et Paul Signac (1863-1935) ? Le premier, révolté, rompt avec l'académisme et nous transporte au bout du monde à la recherche d'un Eden perdu et retrouvé. L'autre, proche des anarchistes, mais vite consacré comme peintre officiel du néo-impressionnisme puis de la Marine, peint sans relâche bords de Seine et ports de pêche. Si différents qu'ils paraissent l'un de l'autre, quelque chose d'essentiel les rapproche : une nouvelle conception du « titre », considéré jusque-là comme un détail insignifiant de l'oeuvre, et auquel ils assignent chacun à sa manière, un statut artistique sans précédent.
    Gauguin inscrit le titre dans l'espace pictural lui-même et le formule en tahitien, en accordant à la langue et à la culture de l'autre une complète dignité artistique. Quant à Signac, il emprunte à un autre médium, l'écriture musicale, le principe d'une intitulation sérielle par « Opus ».
    Dans cette étude admirablement informée, Marianne Jakobi montre qu'en bouleversant le concept même de titre, Gauguin et Signac incarnent deux formes de réactions exemplaires qui subvertissent à la fois le modèle industriel et le sens de la création, et inventent ainsi une nouvelle forme d'art.

  • Jean dubuffet

    Marianne Jakobi

    • Cnrs
    • 2 Mars 2006

    Peintre, dessinateur, graveur, sculpteur, architecte, poète, épistolier, homme de théâtre, Jean Dubuffet, l'un des artistes les plus importants et controversés de la seconde moitié du XXe siècle, offre un cas exemplaire du travail de nomination des oeuvres. À la jonction de la production et de la réception, ses titres sont décisifs pour la compréhension du travail tant visuel que verbal d'un artiste ayant minutieusement tenu des Cahiers d'atelier et contrôlé le Catalogue raisonné de son oeuvre.
    Le contexte littéraire et éditorial de l'époque - celui de la fin de l'Occupation - et ses liens avec Georges Limbour, Jean Paulhan et les écrivains proches de l'ancienne NRF ont permis de mettre au jour la période où il commence à forger son statut d'artiste-écrivain. C'est en effet par les titres que Jean Dubuffet se mesure aux écrivains qui l'ont propulsé sur la scène artistique après la Seconde Guerre mondiale, et s'émancipe de leur « asphyxiante culture ». Enjeux de pouvoir, les titres n'en constituent pas moins une pratique réflexive sur sa technique, sur les pigments de sa palette chromatique, sur les matériaux insolites qu'il détourne, sur les effets de cadrage, sur la représentation de la forme et de l'informe. Cependant, d'autres intitulés viennent rappeler les traces indélébiles du savoir et l'impact des lectures d'un artiste fin lettré.
    Cet ouvrage de référence sur la question des titres en histoire de l'art contemporain éclaire le processus de création des oeuvres, la maîtrise de leur réception et la dimension classificatrice de la démarche d'un artiste. Objet d'étude novateur, ces écrits de la brièveté ouvrent des perspectives nouvelles aux études de génétique des arts.

  • - D'avril à septembre 2018, une exposition temporaire sera orga- nisée au musée de la Houille blanche sur Alfons Mucha, célèbre affichiste et peintre tchèque (1860-1939).
    - Ce beau livre illustré consacré à l'artiste, sa carrière, son oeuvre, et sa relation d'amitié avec la famille Bergès fera écho à l'exposi- tion et ira bien au-delà. Il abordera plus largement l'art singulier de Mucha et les rapports entre l'Art et le monde industriel des années 1900.
    - La priorité est donnée aux illustrations. Deux niveaux de lecture sont proposés : légende des illustrations, encarts, zooms, et texte courant : court et accessible, sans jargon.

  • On dit l'« Olympia » de Manet, « La Joconde » de Vinci, ou « Guernica » de Picasso, comme si le lien entre le tableau et son titre allait de soi. Pourtant, identifier l'oeuvre d'art par un « titre » est une pratique récente. Mais est-ce toujours l'artiste qui nomme sa création ? Par quel processus et à quel moment prend forme l'acte d'intituler une oeuvre ? Quel rôle le titre joue-t-il dans sa création et dans sa réception ? La Fabrique des titres répond pour la première fois à ces questions en portant l'enquête dans les coulisses de la création, du XVIIe siècle à nos jours : intitulés personnels des artistes, titres d'ateliers, intitulations de Salon, musée ou galerie, qualifications de circonstance, dénominations fictives, jusqu'au cas paradoxal des « sans-titre ».
    Réunissant les meilleurs spécialistes de Courbet, Manet, Gauguin, Rodin, Joan Miró, André Masson, Alechinsky, Cy Twombly, Louise Bourgeois et Gina Pane, le livre aborde une multiplicité de genres allant de la peinture aux arts graphiques, de la sculpture à la photographie, de l'action aux performances.
    Un champ de recherche inédit, fertile en découvertes surprenantes, pour comprendre la genèse de ce geste inaugural : donner à l'oeuvre le nom qui la représentera.

  • Cet ouvrage constitue la toute première biographie de Jean Dubuffet. Le constat est étonnant, compte tenu de la notoriété du peintre, mais la raison est simple : aucun artiste n'a davantage participé à l'élaboration de son mythe, organisant sa couverture médiatique par un mélange achevé de provocations et d'éloges.
    Les auteurs ont réussi à reconstituer et à recomposer la figure exacte d'un artiste majeur du XXe siècle, en retraçant l'itinéraire d'une vie scindée en deux : de 1901 à 1942, c'est l'histoire d'un homme irrésolu et inquiet, déchiré entre vocation et atavisme familial, histoire occultée par Dubuffet et ici restituée ; de 1943 à 1985, se déroule l'autre histoire d'un homme qui parvient à ficher son oeuvre réfractaire au coeur de la création française et à en être la vedette autant que l'ennemi public n° 1.
    C'est ensuite la biographie entrecroisée d'un homme - commerçant en vins pendant l'Occupation, aventurier à Buenos Aires, orpailleur en Suisse, exilé en Amérique maccarthyste et agitateur soixante-huitard - et d'un artiste qui cherche à remodeler le paysage culturel entre art, argent et pouvoir, tout en se prétendant hors système.

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