Jean Lambert-Wild

  • Il est toujours difficile de décrire ce qui n'existe pas. Cette tentative rend le théâtre incertain ; tout comme est incertaine notre existence où le théâtre s'écrit. Par jeu de quilles : nier l'incertitude sur une scène, c'est renier ce qui s'écrit de l'homme.

    Il est étonnant de constater que l'oeuvre de Jean Lambert-wild, qui s'est fait reconnaître par la force de ses images, dévoile avec retard la charge insoupçonnée de langage qu'elle recelait. Elle est pourtant présente depuis les origines de son travail, avec une audace poétique peu commune. Et ses écrits théoriques sont indissociables de la démarche et de la forme qu'il a toujours adoptées dans son écriture théâtrale. Évoquer, comme c'est le cas dans cet ouvrage, la situation du théâtre en Occident, pourrait avoir l'apparente rigueur d'une analyse cheminant de l'état des lieux aux préconisations. Chez Jean Lambert-wild, l'analyse distanciée étant en relation constante avec l'oeuvre, elle se formule à partir du ressenti, dans la langue de l'utopie. (extrait de la préface de Marc Le Glatin) Ouvrage publié avec le concours du Centre régional du livre de Franche-Comté et de la Région Franche-Comté

  • Comme disait mon père... Le comble de l'élégance‚ c'est de prévoir les moments où l'on n'en aura plus. Comme disait mon père... Dans ton désert‚ il n'y aura que le vent pour gémir et que du sable pour l'entendre.

    Quelqu'un prend la parole et lance : « Comme disait mon père. » Or ce quelqu'un ne va plus rien ajouter de lui-même, les phrases qu'il cite sont celles de son père, qui ne cessent de rouler les unes derrière les autres, comme dévalant la rampe des générations. Le quelqu'un n'a plus, pour se raccrocher à lui-même, que le « comme disait mon père », avec lequel il tente de remettre en perspective les paroles envahissantes dudit père, ce « comme disait mon père » au travers duquel persiste héroïquement le personnage de départ. Jusqu'au moment où le « comme disait mon père » explose de tous ses phonèmes et s'atomise jusqu'à la lettre.

    La Calenture suivante, elle aussi, est à deux voix. La voix du fils qui dit la mère ne disant rien, et la voix du fils tout court qui tente de s'inscrire pour elle-même. « Je le savais » scande-t-il sans cesse. Arrogance ou impuissance ? Cette affirmation lancinante sous-entend bien qu'il « le savait » mais n'en disait rien, lui non plus, que le silence est aussi propre à envoûter que le torrent des mots. (extrait de la préface de Frédéric Révérend)

  • Préface de Michel Onfray Visages vêtus du visage des dieux‚ Nous voulons juste être heureux‚ Pour l'illusion d'un paradis‚ Nous acceptons de vivre à crédit de l'injustice et du mépris.



    Jean Lambert-wild chante et s'inscrit dans le lignage primitif des poètes de la généalogie du monde : les eddas‚ les genèses‚ les sagas. Dans L'Ombelle du trépassé‚ il psalmodie un monde celte. Pas seulement à cause de la langue bretonne‚ mais en regard du monde créé : un univers de genêts jaunes et de mer sombre‚ d'embruns épais et de géologies grises.

    Michel Onfray

  • L'enfance est un royaume où l'on peut voir les dieux naître et mourir. Leurs figures se construisent dans le brouillard de notre identité. Chaque jour y est un règne. Parfois s'y mêlent la senteur d'un fruit‚ la voix d'un père‚ l'effigie d'un mythe‚ l'éraillement d'un souvenir ou la caresse rocailleuse d'une lamentation.
    Dans ce royaume‚ ce que l'on est se cache dans le reflet de ce que l'on croit être. Une amitié relie le présent du monde au monde absent de nos illusions. Nous nous nourrissons de tout ce que nous touchons‚ capturant les mots qui s'étalent à nos pieds et qui lorsqu'ils sont prononcés sont des fagots que nous jetons sur le bûcher où brûlent nos peurs.

    Ce livre contient le DVD Les Coulisses de la mémoire (25 mn) un film de François Royet sur la création de La Mort d'Adam au Festival d'Avignon 2010.

  • Le diable ne pourra ni m'aider, ni même m'attraper. Je préfère ne pas bouger et mâcher mes histoires car sans leur mémoire la liberté n'a pas de goût. Ce que je dis c'est qu'on ne peut pas se mettre à manger en déclarant:«Je n'ai pas le choix !» Ma poule est plus gourmande. Elle est plus libre qu'un homme. Elle est plus libre qu'un diable. Elle sait picorer ce que je dis. Elle pond des oeufs en se nourrissant de ma mémoire.

    L'Armoire du diable est une comédie familiale inspirée de contes tziganes. Chaque conte sera l'oeuf d'une mémoire d'où écloront les mots qui nous redisent l'honneur, la jalousie, la solitude, la joie, l'ingéniosité, la magie, le rire, la douleur et l'espoir.

  • La figure du Capitaine Marion Déperrier est le possible lien de raccordement entre deux époques, qui vivent dans une même culture de guerre.

    Je ne serai bientôt Plus qu'un nom Anonyme Perdu entre d'autres noms anonymes Sur une plaque de cuivre oubliée Les saveurs des temps héroïques Ne seront plus que des torches de feu En mon coeur plein de nuit (...).

    Ma tâche Est d'encourager au sacrifice D'embrasser la guerre D'étreindre un uniforme de fertiliser un drapeau Le corps à la patrie (...).

  • J'ai grandi dans la tradition des mythes. J'essaye d'être digne d'eux. Dans 100 ans, dans 1000 ans, le théâtre aura peut-être disparu ou sera parqué dans des réserves. Un médium, écrasé sous le poids des médias dont la mémoire sera un mythe pour nos enfants ! J'essaie d'être digne de cette mémoire. J'essaie avec toutes mes forces et en instrumentalisant toutes les puissances des technologies qui nous anéantissent, de maintenir cette tradition vivante. J'essaie de continuer les enseignements que m'ont transmis mes maîtres.
    J. L.-w.

  • Ce texte a fait l'objet d'une commande d'écriture du Granit-Scène nationale, Belfort (où Jean Lambert-wild est artiste associé).
    Il a été créé en juillet 2003 dans le cadre du Festival d'Avignon.

    Un spectacle de Jean Lambert-wild et Jean-Luc Therminarias.
    Une création de la Coopérative 326.
    Jeux de regards pour actrices, scaphandre autonome et installation sonore.

  • Je vous transmets mon savoir.
    Ce que vous entendez est mon savoir.
    J'ai parlé de ce secret Pour vous réveiller Pour que vous vous souveniez de mes paroles.
    Ce que j'ai dit Je l'ai dit pour vous.
    C'est ainsi C'est ce que je dis.
    (Extrait du discours de Sereburã) Les Xavante se nomment A'uwê Uptabi, ce qui signifie « peuple de vérité », ils vivent dans l'état brésilien du Mato Grosso, dans les réserves indiennes de Rio das Mortes, Areões, Parabulure, Marechal Rondon, São Marcos et Sangradouro. On compte près de douze mille personnes réparties approximativement dans quatre-vingt-six villages.
    À travers trois voix qui nous rappellent avec force la nécessité vitale d'une harmonie entre l'homme et le cosmos, Jean Lambert-wild poursuit son oeuvre théâtrale, poétique et politique.

  • Création poétique et musicale, mariage subtil du texte dit et du texte chanté, L'Ombelle du trépassé est né de la rencontre du chanteur Yann-Fañch Kemener avec le poète et homme de théâtre Jean Lambert-wild, une rencontre qui s'est faite sous les auspices des « mystères du monde » : « lui les chante ; j'essaie de les dire », explique Jean Lambert-wild.

    Ce livre contient un CD audio (50') de L'Ombelle du trépassé, spectacle de Jean Lambert-wild avec Yann-Fañch Kemener (voix et chants bretons), musique de Patrick Portella.

  • Cette nouvelle version a pour ambition de redonner vie et voix à La Chanson de Roland, autrement dit en proposer une version fidèle à l'esprit des jongleurs, qui jouaient, chantaient, poétisaient, réinventaient sans cesse leurs chansons de geste. Car il faut toujours le rappeler : même si seuls demeurent aujourd'hui des manuscrits, les troubadours n'avaient pas pour but premier de produire des textes (la plupart d'entre eux, d'ailleurs, sont restés anonymes), mais des spectacles. C'est donc en amoureux du théâtre que nous avons abordé le Manuscrit d'Oxford, la plus ancienne version disponible de l'épopée rolandienne. Nous en avons scrupuleusement respecté les décasyllabes asymétriques et les rimes assonancées, parce que cette versification confère à l'oeuvre un rythme, une dynamique, une identité formelle dont le bateleur peut faire son miel. À l'intérieur de ce cadre formel, nous nous sommes ensuite permis la plus grande licence poétique : chacun de nos vers correspond à celui du texte médiéval, mais aux idéaux d'une fidélité littérale ou académique, nous avons substitué celui d'éveiller chez nos contemporains une expérience équivalente à celle que les jongleurs provoquaient en leur temps. C'est ainsi que nous avons repris chaque vers de l'ancien français, puis laissé grandir en nous les images et les émotions qu'il éveillait, avant de les exprimer dans notre langue, avec nos mots, pour nos contemporains.

  • En haut d'une colline un pommier l'attendait.

    Depuis longtemps ses branches l'enlaçaient.

    C'étaient les branches de son père et de sa mère qu'elle avait oubliés.

    C'étaient les branches de tous ceux qu'elle aimait vers qui elle marchait.



    Mon amoureux noueux pommier, c'est l'histoire d'un arbre, évidemment. Mais c'est aussi l'histoire d'un fruit : une pomme qui lui pousse, comme une fille, une pomme qui lui rappelle qui il fut dans une autre vie...

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