Hubert Krivine

  • L'appellation intelligence artificielle (IA) est la source de bien des fantasmes d'apocalypse ou de paradis lorsqu'elle peut faire accroire qu'il s'agit d'une intelligence, mais "en mieux". L'IA moderne travaille essentiellement à partir de corrélations tirées de l'analyse statistique de millions - voire de milliards - de données. Il convient donc de s'interroger sur le rôle des corrélations dans la genèse de l'intelligence, humaine comme artificielle. Or, qu'elles soient causales ou pas, les corrélations permettent de prévoir, ce qui suffit dans bien des cas. Mais permettent-elles de comprendre, et surtout d'expliquer ? Est-ce même encore nécessaire, à l'heure des Big Data ? Un essai sans parti pris mais aussi sans complaisance sur les capacités et les limites actuelles de l'intelligence artificielle à paraître dans la collection Sciences et plus.

  • L'idée que comprendre permet de prévoir est une idée moderne. Elle est fondée sur la découverte, que le monde physique obéit à des lois (Galilée, et surtout Newton). Elle a mis fin à la pensée magique, et elle est à la base de la révolution scientifique et du monde moderne.

    Or nous assistons à la dissociation de ces deux choses. D'une part, on réalise par exemple que les lois mathématiques de certains phénomènes, mêmes parfaitement connues, sont si sensibles à la moindre imprécision dans les données que cela rend la prévision impossible en pratique. C'est le fameux « effet papillon » : un battement d'ailes à Rio pourrait être la cause d'une tornade au Texas.
    D'un autre côté, la puissance des big data rendrait inutile, selon certains essayistes et quelques scientifiques, le raisonnement théorique. On n'aurait plus besoin de comprendre les causalités puisque la corrélation suffirait. Un retour au Moyen Âge en somme, aux recettes qui ont marché, mais avec des données des millions de fois plus nombreuses.
    En termes économiques, on a découvert avec la révolution scientifique qu'une explication théorique coûtait moins cher que certaines observations : Newton avait prévu l'aplatissement de la Terre sans qu'on ait besoin d'aller voir aux pôles ;
    Aujourd'hui grâce à la rapidité des ordinateurs et des réseaux, les termes de la comparaison s'inversent.
    À ceci, Hubert Krivine répond notamment que les big data et l'intelligence artificielle qui se fonde sur elles sont conservatrices, et que si elles conviennent aux assureurs, elles ne peuvent pas prévoir des choses nouvelles et extraordinaires.
    Les ordinateurs composent aujourd'hui sur demande du Mozart ou des ballades celtiques, aucun n'invente de musique nouvelle. Ils conduisent des voitures, mais aucun n'explique le mystère de la « matière noire ».
    La machine peut aider l'homme, elle ne le remplacera pas.

  • Ce petit livre est destiné à un public large, aussi les mathématiques n'y sont-elles qu'exceptionnellement tolérées et toujours à titre facultatif. En précisant, quelquefois contre le bon sens, la notion de probabilité, il veut éviter au lecteur de se laisser piéger par des statistiques (fussent-elles correctes) « démontrant » des causalités imaginaires et souvent intéressées.
    Comme tous les événements sont réputés arriver soit par hasard, soit « pas par hasard », on comprend que rien ne saurait échapper à un prétendu « traité de hasardologie ». Voilà pourquoi, le lecteur trouvera pêle-mêle des considérations sur l'astrologie, la mécanique quantique, les scores du football et les blagues de Coluche.

  • À notre époque, le rejet de la vérité scientifique a deux sources. L'une est la lecture littéraliste des textes sacrés, l'autre est un relativisme en vogue chez certains spécialistes des sciences humaines, pour qui, en caricaturant un peu, « la science est un mythe au même titre que les autres ».
    En réponse, Hubert Krivine a choisi d'expliquer sur un exemple précis : la datation de l'origine de la Terre, et la compréhension de son mouvement, comment, à la différence des vérités révélées, se construit une vérité scientifique. Comment, contrairement à l'évidence et aux textes sacrés a-t-on compris que le mouvement des cieux s'expliquait par celui de la Terre ? Quelle a été la démarche initiée par les savants de l'âge d'or arabe et reprise à la Renaissance (Copernic, Galilée) pour se dégager d'une lecture littérale du Livre saint ?

    Son livre a comme public privilégié les enseignants du primaire au supérieur, que des pressions venant de divers côtés (conceptions utilitaristes du gouvernement, du patronat, des familles, pressions communautaristes ou religieuses, philosophies relativistes) amènent parfois à douter de la validité et de l'intérêt du savoir qu'ils dispensent.

  • " si l'analyse de la matière en molécules, atomes, noyaux, etc.
    , a eu bien des succès, elle est loin de répondre à elle seule aux questions que nous nous posons sur son comportement. pour la reconstruire à partir de ses constituants, il a fallu développer une autre approche. en 1872 ludwig boltzmann comprit que l'entropie - concept macroscopique - était le résultat de la distribution statistique des configurations moléculaires microscopiques. moment historique oú le lien entre la constitution et le comportement s'établissait.
    Le gigantisme du nombre de particules qui constituent le moindre grain de matière venant à notre aide, on remplace un calcul détaillé par des probabilités. les fluctuations statistiques sont, en pratique, éliminées par ce nombre colossal auquel jean perrin, après l'avoir mesuré en 1909, donna le nom d'avogadro. ce livre de problèmes est en réalité un vrai cours de physique statistique. il combine des exercices classiques indispensables et d'autres fort originaux.
    Des appendices mathématiques viennent au secours de ceux qui peinent avec la surface de la sphère à n dimensions ou le calcul des variations. les auteurs ont apporté toute la richesse issue de leur expérience de chercheurs mais, forts de leur connaissance approfondie des difficultés que rencontrent les étudiants dans cette discipline, ils ont choisi d'écrire un traité oú la physique est abordée par des problèmes.
    " edouard brézin, de l'académie des sciences (extraits de la préface).

  • Hubert Krivine couvre dans cet ouvrage un programme d'analyse ambitieux, à travers un choix d'exercices où l'intuition du physicien est toujours présente, mais où la rigueur n'est à aucun moment sacrifiée.
    Il sait bien que quand la rigueur mathématique est offensée, c'est souvent la réalité physique qui se venge... Loin d'éluder les difficultés théoriques, l'auteur les signale et les commente. Ces commentaires ou fil du texte enrichissent un corpus d'énoncés et de solutions déjà très substantiel. La rédaction est soignée, la lecture fort agréable. Que le lecteur n'attende pas un cours magistral. Hubert Krivine veut au contraire aider l'étudiant à explorer, y compris en s'aidant de l'ordinateur, la réalité mathématique décrite dans les thèmes étudiés : convergences, intégration dans le plan complexe, transformation de Tourier, polynômes orthogonaux, distributions, transformation de Laplace, probabilités.
    Les rapports à la physique de certains exercices sont mentionnés, mais aussi et surtout leurs rapports entre eux. Au-delà des " recettes " qu'il faut connaître, ce livre essaye de dégager une - très embryonnaire - culture mathématique. Principalement destiné aux étudiants en licence, maîtrise, magistère ou master de physique, cet ouvrage sera utile à des physiciens ou ingénieurs qui auraient besoin ou envie de retrouver leurs racines mathématiques dans un cadre qui ne soit pas trop scolaire.
    Mais même un étudiant en mathématiques " pures " y trouvera de quoi alimenter son intuition et en fin de compte assimiler en profondeur certaines notions importantes de l'analyse.

  • Ce livre, principalement adressé aux étudiants en troisième année de licence et en master de physique mais aussi aux élèves des écoles d'ingénieurs ne cherche pas à remplacer un cours de mécanique statistique. Il vise, à l'aide d'une progression d'exercices et de problèmes longuement corrigés et commentés, à faire comprendre comment ça marche. La correction sera d'autant plus détaillée que le problème sera simple. Les plus difficiles (indiqués comme tels), ne pouvant être abordés sans un minimum de connaissances, auront une correction complète, mais plus synthétique. Plusieurs solutions seront souvent proposées. Le lecteur pourra commencer directement à les résoudre et ne recourir aux rappels de cours ou à l'appendice mathématique qu'en cas de nécessité.

  • Comme tous les événements sont réputés arriver soit par hasard, soit « pas par hasard », on comprend que rien ne saurait échapper à un prétendu « traité de hasardologie ». Voilà pourquoi, le lecteur trouvera ici pêle-mêle des considérations sur l'astrologie, la mécanique quantique, les scores du football et les blagues de Coluche.
    Ce "traité" relie des idées élémentaires et intuitives à des connaissances plus savantes dispersées dans bien des livres, mais rarement réunies dans un ouvrage de vulgarisation. Puisqu'il s'adresse à un large public, les mathématiques n'y sont qu'exceptionnellement tolérées et toujours à titre facultatif.

  • En prenant comme exemple l'histoire de l'hypothèse atomique, les auteurs veulent montrer dans ce livre comment se règlent les controverses scientifiques et comment s'établit une vérité scientifique admise par tous.
    Ils s'opposent au relativisme de certains milieux non scientifiques, selon lesquels la science ne serait qu'une « narration du monde » parmi d'autres, propre à une société et une époque données, une construction sociale dont les prétentions à l'objectivité seraient abusives et où - comme ailleurs - le consensus ne serait que le résultat de rapports de force.
    Pour démontrer l'inanité de cette conception, les auteurs ont choisi de relater l'histoire de l'atomisme, 25 siècles de controverses, de théories et d'expériences, d'une façon qui permet au lecteur de se mettre à la place des uns et des autres.
    Le récit court ainsi des premiers atomistes dans l'Antiquité grecque jusqu'à la preuve définitive de l'existence des atomes par Einstein et Jean Perrin, au début du XXe siècle.
    Le détail de cette histoire montre bien que ce qui convainc l'ensemble des scientifiques de se rallier à une théorie, ce n'est jamais un fait isolé, mais bien plutôt la façon dont le fait nouveau s'insère dans le réseau très serré, très imbriqué, de tous les faits scientifiques déjà connus, et dont il explique en même temps qu'il les relie des phénomènes jusque là sans relation.

  • En prenant comme exemple l'histoire de l'hypothèse atomique, les auteurs veulent montrer dans ce livre comment se règlent les controverses scientifiques et comment s'établit une vérité scientifique admise par tous.
    Ils s'opposent à une opinion répandue dans certains milieux non scientifiques, selon laquelle la science ne serait qu'une « narration du monde » parmi d'autres, propre à une société et une époque données, une construction sociale dont les prétentions à l'objectivité seraient abusives et où - comme ailleurs - le consensus ne serait que le résultat de rapports de force.
    Assez étrangement, les tenants de cette opinion prétendent la fonder en observant les scientifiques « de l'extérieur », s'interdisant ainsi par avance de comprendre ce qui chez un scientifique peut emporter la conviction.
    Au contraire, les auteurs ont choisi de relater l'histoire de l'atomisme, 25 siècles de controverses, de théories et, dans le dernier siècle, d'expériences, d'une façon qui permet au lecteur de se mettre à la place des uns et des autres. Le récit court ainsi des premiers atomistes dans l'Antiquité grecque jusqu'au xixe siècle, où on réalise que l'hypothèse atomique fournit les meilleures explications à nombre de phénomènes physiques et chimiques (« mais ce n'est pas pour cela que les atomes existent, » pouvait-on dire à bon droit), et à la preuve définitive de l'existence des atomes et à la mesure de leur taille par Einstein et Jean Perrin, au début du xxe siècle.
    La conclusion de Krivine et de Grosman, inspirée par Jean Perrin, si on peut la résumer en trois lignes, c'est que ce qui convainc l'ensemble des scientifiques de se rallier à une théorie, ce n'est jamais un fait isolé, mais bien plutôt la façon dont le fait nouveau s'insère dans le réseau très serré, très imbriqué, de tous les faits scientifiques déjà connus, et dont il explique en même temps qu'il les relie des phénomènes jusque là sans relation. On est donc très loin des « conversions » obtenues en faisant jouer la crainte, l'intérêt ou l'esprit d'imitation.

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