Colette Braeckman

  • Un pays ? Pas tout à fait, tant ses frontières sont convoitées et disputées. Un continent ? Pas complètement. Un peuple ? Pas si sûr. Alors, une fresque ? Évidemment !

    Le Congo est un tableau peint au rythme de l'Afrique, sur une toile immense où l'ardeur de survivre et l'ingéniosité forment les ressorts d'une naïveté apparente et si séduisante.

    Le Congo est musical, il danse, il chante, il vibre quand il rit et quand il pleure, sur les rives du grand fleuve, cette artère profonde de l'Afrique remontée par des aventuriers tout droits sortis du coeur des ténèbres.

    Ce petit livre n'est pas un guide. C'est un décodeur. La rumba congolaise y rythme l'amour et les folies de la vie. Le courage des femmes outragées par les guerres interminables y révèle la détermination de surmonter les décennies d'horreur. Un récit à l'image des Congolaises, rempli de leur folle énergie et ode à l'éternelle maternité de l'Afrique.

    Récit suivi d'entretiens avec Isidore Ndaywel (La colonisation belge a engendré un esprit de dépendance), Maddy Tiembe (Au Congo, une femme doit obligatoirement avoir des attributs) et Freddy Tsimba (Les artistes congolais sont des créateurs d'identité nationale).

  • Le Rwanda est un mystère. Il y a vingt ans, en avril 1994, un effroyable génocide s'y déroulait, révélant au monde l'envers d'une colonisation manipulatrice, où tout fut mis en oeuvre pour faire s'affronter les Hutus et les Tutsis. Changement de décor complet aujourd'hui : le pays-martyr affiche sa prospérité et se rêve en plaque tournante de l'Afrique de l'Est. Le Front patriotique Rwandais au pouvoir depuis deux décennies y a, à la hussarde et d'une poigne de fer, transformé les villes, les paysages, l'économie, les mentalités.
    Ce petit livre n'est pas un guide. C'est un décodeur.
    Il nous donne à comprendre, à travers le récit d'une journaliste devenue au fil des ans l'une des plus grandes chroniqueuses des bonheurs et des malheurs de l'Afrique, la tourmente d'un peuple et les fatales erreurs de ceux qui l'asservirent. Un récit poignant, écrit à la première personne et accompagné de grands entretiens. Une parole libre et dérangeante pour raconter ce pays aussi fascinant que déroutant.

  • Non, la haine et la violence ne sont pas inscrites dans les gènes des peuples des Grands Lacs ! Mais que penser de ces images en provenance de l'Est du Congo, de cette guerre qui a pris un nouveau visage, celui de la barbarie, de la cruauté gratuite ? Avec les femmes comme principales victimes : violées, mutilées, terrorisées... Depuis bientôt vingt ans, Denis Mukwege, médecin-chef à l'hôpital de Panzi (Sud-Kivu), fait face à une urgence qui dure : vagins détruits et âmes mortes.
    Le gynécologue coud et répare. A mains nues, il se bat contre le viol, cette arme de guerre qui mine toute une société. Son combat lui vaut une large reconnaissance internationale, dont le prix des droits de l'homme en France, le prix Roi Baudouin pour le développement 2011 et en 2014 le prestigieux prix Sakharov. Plongeant le lecteur dans ce Kivu paradisiaque devenu un enfer, ce livre doit sa force aux regards croisés de deux témoins de premier plan : Colette, Braeckman, une journaliste passionnée par le Congo, qui revient d'abord sur les séquences du désastre.
    Un rappel historique indispensable. Elle nous invite ensuite à démêler les mobiles des seigneurs de la guerre, fait écho à la souffrance des femmes, leur rend hommage... Sa plume «trahit» sa colère, son écoeurement, sa compassion. Parfois désenchantée et révoltée, mais jamais fataliste. Denis Mukwege vit ces horreurs de l'intérieur. Avec lui, c'est bien sûr le médecin qui parle, mais très vite l'homme, le citoyen s'exprime.
    Ses réflexions complètent à merveille le récit hallucinant de l'auteur. Le résultat : un ouvrage original et puissant.


  • le temps viendra-t-il où le congo surmontera la malédiction de ses richesses ? la dictature de mobutu avait été un frein à l'exploitation du cobalt, de l'or, du diamant : pour les prédateurs, il était urgent d'ouvrir les immenses réserves congolaises aux prospecteurs et aux aventuriers.
    dans le même temps, les pays voisins - rwanda, ouganda, zimbabwe - rêvaient de bâtir leur développement sur les ressources puisées chez leur voisin. mais laurent-désiré kabila, le tombeur de mobutu, qui aurait dû être le fondé de pouvoir de ce vaste projet régional, ne tarda pas à renier ses promesses. telle fut la raison profonde de l'éclatement du conflit. depuis l'assassinat de kabila, en janvier 2001, l'équation a changé : au nom de l'ouverture, le pays s'est soumis aux institutions financières internationales, les promesses d'assistance se sont multipliées, les prédateurs ont subi de fortes pressions.
    car, après le 11 septembre, il importe que l'ordre règne dans les banlieues du monde, et les grandes puissances - etats-unis, france, grande-bretagne - s'y emploient. mais si les rôles ont été redistribués, si de nouveaux acteurs sont apparus, les ambitions demeurent, et les intérêts des populations continuent de passer au second plan. les accords de paix de sun city ont ouvert la voie aux élections démocratiques, que le peuple congolais attendait depuis si longtemps.
    mais c'est une autre histoire qui s'est posée et que nous décode ici colette braeckman, jusqu'aux derniers rebondissements de janvier 2009.

  • Durant deux ans, une commission d'enquête parlementaire belge a tenté d'élucider les responsabilités de Bruxelles dans l'assassinat du premier ministre congolais Patrice Lumumba, en juillet 1960. Dans cet opuscule dense et limpide, Colette Braeckman commente les conclusions, trop prudentes à ses yeux, de cette commission. Si la responsabilité morale des autorités belges est établie de manière « irréfutable », des zones d'ombre demeurent : l'implication américaine, le contexte international, les ressorts profonds de la haine distillée contre Lumumba dans la métropole. Malgré ces limites, le rapport officiel a le mérite d'établir l'essentiel des faits et montre que les plus hautes autorités de l'Etat belge ont, a minima, encouragé un véritable crime d'Etat. Pour Colette Braeckman, les conséquences historiques de cet assassinat se font sentir jusqu'à nos jours dans le Congo-Kinshasa en guerre. L'ouvrage reproduit en outre trois documents : les conclusions de la commission d'enquête, le fameux discours de Lumumba dénonçant devant le roi Baudoin les méfaits de la colonisation belge et un témoignage exceptionnel sur les dernières paroles du leader nationaliste assassiné.

  • En quelques semaines, un million de Tutsis, de Hutus du Sud, d'opposants, d'intellectuels ont été massacrés, et deux millions se sont enfuis en terre étrangère. Tout cela dans l'assourdissant silence des puissants de ce monde, qui n'avaient pourtant rien ignoré de ce qui se tramait: ni la minutieuse préparation du crime, ni l'assassinat qui le déclencha, l'attentat qui coûta la vie au président du Rwanda et à son homologue du Burundi, ni l'impuissance des Casques bleus. Il fallut attendre l'exode et l'intervention controversée de la France pour que l'opinion se réveille, s'émeuve, s'interroge.

    Alors, puisque rien n'a été fait quand il était encore temps, il est bon de rappeler le fatal enchaînement du malheur, d'en éclairer les origines et le déroulement.

    Afin que l'on se souvienne.
    C.B.

    Journaliste au quotidien Le Soir à Bruxelles, collaboratrice du Monde diplomatique, Colette Braeckman s'est spécialisée depuis quinze ans dans l'information sur l'Afrique, et plus particulièrement l'Afrique centrale. Outre de très nombreux reportages dans les zones de conflit, elle a publié Le Dinosaure: le Zaïre de Mobutu (Fayard, 1992).

  • Depuis quinze ans, Denis Mukwege, médecin chef à l'hôpital de Panzi (Sud Kivu), fait face à une urgence qui dure : les femmes, toujours aussi nombreuses, viennent à lui, brisées, écartelées par la violence. Vagins détruits et âmes mortes. Le gynécologue coud et répare. Il écoute aussi, prie quand il le peut, se révolte souvent. Quand il en a l'occasion, il témoigne de la souffrance de ces femmes du Kivu, dont le corps est devenu le champ de bataille d'une guerre « de basse intensité » et d'intense cruauté. À mains nues, il se bat contre le viol, cette arme de guerre qui mine la société congolaise.
    Ce livre fait écho à cette souffrance des femmes, il entend rendre hommage à celles qui se remettent debout, il revient sur les causes et les séquences du désastre et souhaite amplifier plus encore le témoignage de Denis Mukwege, l'homme qui répare les femmes et qui, sans cesse, se voit obligé de recommencer son ouvrage.
    Prix Olof Palme et prix des droits de l'homme des Nations unies en 2008, fait chevalier de la Légion d'honneur en France et élu «Africain de l'année» par une association de presse africaine en 2009, prix Van Goedart aux Pays-Bas en 2010, prix Jean-Rey et prix de la Fondation Roi Baudouin en Belgique en 2010, Denis Mukwege figure parmi les nominés pour le prix Nobel de la paix 2012.

  • Si la guerre se termine, le Congo, après avoir connu des élections démocratiques, récupérera enfin toute sa souveraineté. Il pourra alors, peut-être, proclamer véritablement son indépendance. La deuxième. Avec ou sans la Belgique ?
    Ce livre décrit le pari qu'a représenté la transition vers la démocratie, finalement réussi grâce à l'appui international, à la détermination des acteurs politiques congolais mais, surtout, grâce à la volonté d'une population désireuse de décider de son destin, de reconstruire son État, de confirmer son sentiment national.
    Ce livre retrace aussi le parcours de Joseph Kabila, depuis son arrivée au pouvoir dans des circonstances dramatiques jusqu'à sa victoire électorale. Il relate les tentatives d'émancipation économique et les obstacles qui se sont multipliés, parmi lesquels la relance de la guerre au Kivu par le général rebelle Laurent Nkunda.
    Lorsqu'il s'agit du Congo, le pessimisme coïncide souvent avec le bon sens, en apparence en tous cas. Ce livre-ci tranche par rapport à ce conformisme de la raison, il se conclut sur une note prudemment optimiste, à l'heure où le Rwanda et le Congo ont décidé d'unir leurs efforts pour régler la question des combattants hutus rwandais réfugiés au Congo, prétexte à quinze années de guerre, de pillages, de martyre aussi pour les femmes du Kivu.
    Les perspectives qui se dessinent en Afrique centrale ne laissent personne indifférent. Après avoir sillonné le Congo dans tous les sens depuis des années, Colette Braeckman nous dresse son bilan de manière passionnante et magistrale.

  • Pourquoi faut-il que des Hutus massacrent des Tutsis, que des Tutsis massacrent des Hutusoe Luttes tribales, dit-on, séculaires, inévitables... Mais peut-on se satisfaire d'une explication aussi simpliste ?

    La réalité apparaît bien différente, et enfin compréhensible, quand on prend la peine de l'étudier de près. Au Burundi et au Rwanda, où coexistaient des groupes sociaux différents, des clans rivaux, c'est la colonisation, relayée par l'Eglise catholique, qui a semé les germes de la haine, transformé une lutte sociale en affrontement ethnique: les bombes à retardement exploseront bien plus tard, lorsque la majeure partie des intéressés auront fini par s'identifier à l'image qu'avait donnée d'eux le colonisateur belge, lui-même secoué de crises identitaires. Au Zaire, le président Mobutu joue de son côté en virtuose sur le clavier de l'ethnicité pour mieux apparaître, par défaut, comme le garant de l'unité du pays.

    Quoi qu'en pensent ses dirigeants, la Belgique ne saurait se désintéresser de ces drames sous prétexte que les pays concernés sont devenus indépendants. Et comment la France, au nom de la francophonie, peut-elle jouer les apprentis sorciers dans la région aux seules fins de faire pièce aux Américains?

    De la duplicité à la complicité, il n'y a pas loin. Or, c'est de crimes contre l'humanité dont il arrive qu'on se rende coupable là-bas.

    Journaliste au quotidien Le Soir à Bruxelles, collaboratrice du Monde diplomatique, Colette Braeckman s'est depuis longtemps spécialisée dans l'information sur l'Afrique, et plus particulièrement l'Afrique centrale. Outre de très nombreux reportages dans les zones de conflits, elle a publié chez Fayard Le Dinosaure: le Zaire de Mobutu (1992) et Rwanda: histoire d'un génocide (1994).

  • En mai 1997, la fin sans gloire de Mobutu, chassé par l'armée d'enfants soldats de Laurent Désiré Kabila, apparaît comme une victoire pour l'Afrique toute entière. La chute du régime le plus corrompu d'Afrique centrale, devenu le symbole de l'ordre néo-colonial, n'a-t-elle pas été obtenue grâce à l'alliance de plusieurs pays déterminés à parier sur l'avenir du continent ?

    La guerre qui, un an après la chute de Kinshasa, mettra aux prises les anciens alliés, engendrera une déception à la mesure de l'espoir qu'avait suscité la "renaissance africaine", dont le Congo devrait être le berceau. Il apparaît alors que si les pays qui prétendent incarner la nouvelle Afrique se sont dégagés de l'influence européenne, ils restent en proie à leurs vieux démons : l'égoïsme d'Etat, l'ethnisme, le goût du profit immédiat, le recours à la violence.

    Tout à la fois chronique des événements récents, analyse des forces en présence (Etats, leaders, ethnies, peuples, grandes puissances, organisations humanitaires, etc.) et réflexion prospective, cet ouvrage s'attache aussi à déceler les signes d'espoir au coeur de ce continent à la dérive.


    Journaliste au quotidien Le Soir à Bruxelles, collaboratrice au Monde diplomatique, Colette Braeckman suit depuis longtemps les événements d'Afrique, et plus particulièrement ceux que déchirent la région des Grands Lacs. Outre de très nombreux reportages dans les zones de conflit, elle a publié chez Fayard Le Dinosaure : le Zaïre de Mobutu (1992), Rwanda : histoire d'un génocide (1994) et Terreur africaine. Burundi, Rwanda, Zaïre : les racines de la violence (1996).

  • Vers la fin des années 1980, bon nombre de dictateurs africains arrivaient en bout de piste, perdus par leurs excès, discrédités par leurs échecs. Depuis que l'URSS avait implosé, ils n'étaient même plus les alliés indispensables de la guerre froide et les puissances pouvaient se passer de leurs voix aux Nations Unies. C'est alors que l'Occident imagina de gérer en douceur les transitions africaines, d'offrir assistance économique et conseils de gouvernance à ceux qui choisiraient l'option démocratique. « Ça passe ou ça casse » : c'était le temps du volontarisme et, au Rwanda, cela cassa. Ailleurs aussi, il y eut des guerres privatisées, des conflits pour les ressources.
    Le xxie siècle s'est ouvert sous le signe de la mondialisation, et le continent noir, imprudemment considéré comme perdu ou laissé pour compte, est redevenu objet de convoitise car les puissances se sont rendu compte que l'Afrique était la dernière réserve. Les cartes ont alors été à nouveau rebattues : le tête à tête avec les anciennes puissances coloniales s'est brisé et distance a été prise avec des partenaires européens qui ont alloué à l'Est leur énergie et leurs investissements. D'autres interlocuteurs sont apparus, et avec eux, de nouveaux enjeux : l'eau, les terres cultivables, les ressources en pétrole ou en minerais rares...
    Mais surtout, les peuples ont commencé à redresser la tête : les femmes se font entendre, la société civile se mobilise, acteurs et musiciens envahissent les scènes et les écrans, les migrants tentent l'aventure... Sur la carte du monde, l'Afrique apporte sa couleur et reprend sa place. Le temps des pleureuses et des donneurs de leçon touche à sa fin. Au Rwanda, en République démocratique du Congo, au Sud Soudan et ailleurs, de nouveaux chapitres restent à écrire. Vite.

  • Depuis trente et un ans, dont vingt-six sous la dictature, le destin du zaïre est mêlé, sinon confondu, avec celui de son président, mobutu seke seko. cet homme, contemporain de marcos, de duvalier, du shah d'iran, est l'un des derniers " dinosaures ", le sous-produit de la guerre froide dans le tiers-monde, l'allié de l'occident et de ses services secrets... encombrant, anachronique, il s'enferre aujourd'hui dans ses contradictions, préférant régner sur des ruines plutôt que de passer la main. qui est cet homme, considéré comme l'un des plus riches du mondeoe comment le fils d'un cuisinier, devenu sergent dans l'armée coloniale, a-t-il pu incarner un tel pouvoiroe sur quelle pyramide a-t-il construit sa puissance?

    L'etat zaïrois n'est rien d'autre qu'un échafaudage d'injustices. vivant sur un coffre-fort de matières précieuses, les zaïrois sont parmi les plus pauvres d'afrique et le développement est la dernière des préoccupations du régime... pendant un quart de siècle, les etats-unis, la france et, bien sûr, la belgique ne l'ignorent pas, mais se taisent. mobutu, fidèle à l'occident, n'hésite pas à obliger ses amis à soutenir la politique américaine en angola, française au tchad, belge au rwanda. s'accommodant de la corruption du régime, des violations des droits de l'homme, voire de la faillite économique du pays, les occidentaux le soutiennent, voient en lui une garantie contre le chaos. jusqu'à ce que le vieil allié, une fois terminé son rôle historique, devienne véritablement gênant. comment alors s'en débarrasser, l'obliger à céder le pouvoir, et au profit de quelle opposition?

    Colette braeckman est journaliste au quotidien le soir à bruxelles et collaboratrice au monde diplomatique. en plus de nombreux reportages à travers le monde, elle se consacre surtout à l'afrique et plus particulièrement au zaïre, bruxelles étant à ce titre un poste d'observation privilégié.

  • Trois millions de morts en quatre ans. Comment, à notre époque, une telle hécatombe peut-elle passer inaperçue ? Et quels en sont les responsables ?

    A partir de 1998, soit quatre ans après le génocide au Rwanda, lorsque la République démocratique du Congo s'est trouvée prise dans l'engrenage de la guerre, on a vu l'armée du Rwanda « punir » la population congolaise suspectée d'abriter les acteurs du génocide. Mais si bien des Congolais sont alors morts dans la violence ou l'abandon, ce n'est pas seulement au nom de la sécurité du Rwanda, c'est surtout parce que les richesses de leurs terres aiguisent tous les appétits...
    Trop longtemps, en effet, au gré des prédateurs rôdant dans la région, la dictature de Mobutu a été un frein à l'exploitation du cobalt, de l'or, du diamant, du colombo-tantalite et du pétrole : il était urgent d'ouvrir les immenses réserves congolaises aux prospecteurs et aux aventuriers. Dans le même temps, les pays voisins - Rwanda, Ouganda, Zimbabwe - rêvaient de bâtir leur développement sur les ressources puisées chez leur voisin. Mais Laurent-Désiré Kabila, le tombeur de Mobutu, qui aurait dû être le fondé de pouvoir de ce vaste projet régional, ne tarda pas à renier ses promesses. Telle fut la raison profonde de l'éclatement du conflit.

    Depuis l'assassinat de Kabila, en janvier 2001, l'équation a changé : au nom de l'ouverture, le pays s'est soumis aux institutions financières internationales, les promesses d'assistance se sont multipliées, les prédateurs ont subi de fortes pressions. Car, après le 11 septembre, il importe que l'ordre règne dans les banlieues du monde, et les puissances - Etats-Unis, France, Grande-Bretagne - s'y emploient. Mais si les rôles ont été redistribués, si de nouveaux acteurs sont apparus, les ambitions demeurent, et les intérêts des populations continuent à passer au second plan.
    Le destin de cette région convoitée est exemplaire d'une configuration désormais planétaire. Et à l'heure de la mondialisation, la résistance des peuples du Congo à cette nouvelle ruée vers l'or est, elle aussi, exemplaire.

    Colette Braeckman est journaliste au Soir de Bruxelles, spécialiste de l'Afrique. Elle a publié tous ses livres chez Fayard, parmi lesquels Le Dinosaure : le Zaïre de Mobutu (1992), Rwanda : Histoire d'un génocide (1994) et Terreur africaine : Burundi, Rwanda, Zaïre, les racines de la violence (1996).

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