Coups de coeur

  • En 1936, tandis que la Seconde Guerre mondiale menace, l'écrivain tchèque Karel Capek (1890-1938) entreprend un voyage dans le Nord de l'Europe. Forêts à perte de vue, fjords échancrés, vaches noir et blanc, fermes rouges, myriade d'îles ponctuent sa traversée du Danemark, de la Suède et de la Norvège. Au fil du récit, derrière une naïveté feinte et un lyrisme tempéré, où affleurent une tendre ironie et un humour mordant, se profile le portrait troublant, éblouissant de nature et de lumière, d'un continent en sursis. Car, en route vers le cap Nord, Capek pressent la fin d'une époque et dessine une Europe qui, bientôt, sombrera dans le chaos.

    Voyage vers les pays du nord

    Loin d’une Europe prête à s’embraser, Karel Capek part promener son regard facétieux sous le soleil de minuit. De port en port, sur un rafiot norvégien, c’est un émerveillement continu, le récit d’un voyage dans une terre à la beauté surnaturelle.
    Crayon à la main, le ton espiègle sinon mordant, il nous raconte un monde où toute pierre, toute montagne, toute île, a une vie propre.

    Lire Karel Capek est un enchantement, une leçon de sensibilité et de charme, un bain dans la lumière du nord & la grandeur du monde.

     

    Camille

  • Quand Kapka Kassabova retourne en Bulgarie, son pays natal, pour la première fois depuis vingt-cinq ans, c'est à la frontière avec la Turquie et la Grèce qu'elle se rend. Une zone inaccessible lorsqu'elle était enfant et que la guerre froide battait son plein, un carrefour qui grouillait de militaires et d'espions. Au gré de son voyage, l'autrice découvre les lieux qui furent dominés par des forces successives, de l'Empire ottoman au régime soviétique, et baignés de mythes et de légendes. Son livre est peuplé de magnifiques portraits de contrebandiers, chasseurs de trésors, botanistes et gardes-frontières, et aussi de migrants.

    Ce livre est génial, lisez-le

    Prenez un shaker et glissez-y un peu d’histoire, un peu de philo, beaucoup de voyages, un brin de linguistique, une touche d’aventure, d’innombrables rencontres et énormément de talent littéraire. Et, en d’autres circonstances, vous pourriez obtenir un fourre-tout inimaginable, mais grâce à la magie de Kapka Kassabova (oui, il y a des gens comme ça, on ne sait pas pourquoi, elles/ils prennent un stylo et PAF! ça fait des chefs-d’oeuvre !), vous obtenez, présentement entre vos mains frétillantes d’impatience et sous vos yeux ébahis, Lisière, une curiosité littéraire certes, mais surtout un véritable bijou capable de vous émouvoir autant que de vous nourrir.   C’est subtil, brillant, surprenant et inclassable. Vous aurez un plaisir infini à le retrouver, à le lire et le relire. D’ailleurs, Lisière n’est pas vraiment un livre, c’est une porte : vous l’ouvrez et soudain, vous êtes ailleurs.   Et si vous aimez Lisière, lisez L'écho du lac.  

    Alexandra

  • Un voyage dans une région brisée par le pouvoir où cohabitaient autrefois peuples, langues et religions.
    « Dans notre lignée de femmes, je représente la quatrième génération à émigrer. » C'est pour rompre cette spirale de l'exil que Kassabova se rend aux sources de son histoire maternelle, les lacs d'Ohrid et Prespa, les deux plus anciens lacs d'Europe. Elle parcourt leurs rives, grimpe les montagnes alentour, se baigne dans leurs eaux et, au gré de ses rencontres - gardien d'église troglodyte, guide ou pêcheur -, collecte les histoires agitées de cette région des Balkans située à cheval entre la Macédoine du Nord, l'Albanie et la Grèce. Tous ses habitants sont issus de familles qui ont été à un moment donné dispersées, que ce soit à cause de la chute de l'Empire ottoman, des guerres ou des régimes autoritaires. Tous ont hérité d'une façon ou d'une autre de l'histoire de leurs ancêtres.

    Kapka Kassabova jongle avec les registres et mêle habilement récits familiaux, légendes locales et faits historiques pour mener une réflexion à la fois intime et universelle sur l'identité, celle dont nous héritons et celle que nous façonnons.

    Paysages grandioses, érudition et toujours autant de plaisir

    Agnès Varda a dit : « Si on ouvrait les gens, on trouverait des paysages ». Nul besoin d’ouvrir Kapka Kassabova (ce serait un peu violent quand même). A la place, ouvrez ses livres et transportez-vous dans les Balkans, leur histoire, leurs habitants et ici, les paysages grandioses du lac d’Ohrid. Dans son périple, Kapka glissera un peu de mélancolie, en remontant sa lignée familiale et leur destin irrémédiablement lié à celui des lieux. L’écho du lac a les mêmes qualités que Lisière, son premier roman (et vous pouvez toujours chercher, il n’y a aucun défaut, dans aucun des deux) : l’Histoire, les rencontres, l’émotion et toujours, cette écriture immersive et incroyable, capable de transformer ces suites de mots et de phrases, toute cette érudition, en d’incomparables romans. On pourrait dire que Kapka est la nouvelle ceci ou la nouvelle cela. Mais Kapka est Kapka. On ne peut la comparer. C’est elle qui deviendra le point de comparaison.

    Alexandra

  • Lorsque Eleanor, jeune artiste à succès, achète une maison dans la campagne du New Hampshire, elle cherche à oublier un passé difficile. Sa rencontre avec le séduisant Cam lui ouvre un nouvel univers, animé par la venue de trois enfants : la secrète Alison, l'optimiste Ursula, et le doux Toby.

    Comblée, Eleanor vit l'accomplissement d'un rêve. Très tôt laissée à elle-même par des parents indifférents, elle semble prête à tous les sacrifices pour ses enfants. Cette vie au coeur de la nature, tissée de fantaisie et d'imagination, lui offre un bonheur inespéré. Et si entre Cam et Eleanor la passion n'est plus aussi vibrante, ils possèdent quelque chose de plus important : leur famille. Jusqu'au jour où survient un terrible accident...

    Dans ce roman bouleversant, Joyce Maynard emporte le lecteur des années 1970 à nos jours, liant les évolutions de ses personnages à celles de la société américaine - libération sexuelle, avortement, émancipation des femmes jusqu'à l'émergence du mouvement MeToo... Chaque saison apporte son lot de doute ou de colère, mais aussi de pardon et de découverte de soi.

    Joyce Maynard explore avec acuité ce lieu d'apprentissage sans pareil qu'est une famille, et interroge : jusqu'où une femme peut elle aller par amour des siens ? Eleanor y répond par son élan de vie. En dépit de ses maladresses, son inlassable recherche du bonheur en fait une héroïne inoubliable, dans sa vérité et sa générosité.

    Une chronique familiale poignante

    Le cours de la vie d’une femme qui n’a rien d’un long fleuve tranquille mais pas grand chose d’un torrent impétueux non plus. Joyce Maynard raconte le flot des jours, le mouvement sans fin des émotions, le coeur qui se brise mais finit par guérir, la fragilité des instants et la force des sentiments… Cette notice ne vous avance sans doute pas beaucoup et vous n’avez toujours aucune idée du pourquoi et du comment de ce livre, je n’en dirai pas plus : il vous faut PLONGER !! Une chronique familiale poignante.

    Camile

  • À mi-chemin entre le « touriste professionnel » et le « reporter à temps partiel », Julien Blanc-Gras se revendique « envoyé un peu spécial ».
    Armé de son détachement salutaire et de son humour indéfectible, il nous embarque dans un nouveau tour du monde, avec la curiosité et la joie de la découverte pour seules boussoles.
    Tout peut arriver en voyage. Au fil de ses aventures dans une trentaine de pays, Julien Blanc-Gras raconte les galères et les instants de grâce, les no man's land et les cités tentaculaires, les petits paradis et quelques enfers. On y rencontre un prêtre shintoïste et un roi fantasque, une star du cinéma nigérian et un écrivain américain, un gardien de phare et un héros national - parmi tant d'autres portraits qui peuplent ces récits et cette planète.
    Sur une montagne sacrée du Népal ou sur une île déserte d'Indonésie, au fin fond du Kansas ou dans l'agitation de Kinshasa, Julien Blanc-Gras rend compte de notre époque sans jamais asséner, démontrer ou pontifier.
    « En s'éloignant de chez soi, on se rapproche de l'universel. » À lire Julien Blanc-Gras, on comprend que, vu de près, le monde n'est pas aussi moche qu'il en a l'air.

    Humour et sagesse !

    M. Blanc-Gras est exactement l’acolyte avec qui l’on rêverait de partir en voyage. Détendu, intrépide (mais raisonnable), il a le mot pour rire en toutes circonstances et le chic pour se retrouver dans des situations croustillantes.  Ces cartes postales des 4 coins du monde sont autant de pieds de nez aux clichés, de portraits désopilants et d’occasions d’apprendre ce qu’aucun guide touristique ne vous racontera. Ne ratez pas cette échappée tout en légèreté, humour & sagesse !

    Camille

  • En 1911, fuyant les persécutions contre les Juifs en Lituanie, Chaïm, le grand-père du narrateur, arrive en France. Afin d'obtenir la nationalité française, il s'engage dans l'armée et prend part à la Grande Guerre. Il est grièvement blessé par une bombe chimique. Il passe vingt ans interné, avant de mourir dans l'anonymat à l'hôpital psychiatrique de Cadillac, en Gironde. En 1940, Albert, le père du narrateur, est fait prisonnier et dénoncé comme Juif. Lors de la libération des camps, il met plusieurs semaines à rejoindre la France à pied depuis la Pologne. Il risque plusieurs fois d'être exécuté par des soldats nazis en déroute ou des militaires russes avides.
    Dans ce premier roman époustouflant, François Noudelmann emporte le lecteur dans les tumultes des deux conflits mondiaux. Les destins de son grand-père et de son père sont de véritables épopées, à travers lesquelles l'auteur questionne son identité française.

    Quand vient la nécessité d'écrire...

    François Noudelmann nous raconte les histoires bouleversantes de Chaïm et Albert, des histoires d'hommes du XXème siècle dont la judéité a joué comme un point de bascule indélébile. Au-delà de ces histoires édifiantes, de la force narrative avec laquelle elles nous sont contées, se profile la question de ce qu'elles signifient pour l'auteur, François Noudelmann, fils et petit-fils de ces hommes. En philosophe qu'il est, François Noudelmann la pose pour dire le mystère perpétuel de l'"identité", le piège peut-être de ce terme lui-même lorsqu'il enserre nos vies et nos représentations. François Noudelmann détourne le roman familial pour construire ici un récit qui dit, au-delà de lui, les écueils de nos besoins d'appartenance, les démons resurgis de l'antisémitisme (mais ont-ils jamais disparu ?) et affirmer plus que tout la vie et nos existences comme des forces farouches à l'entrave comme à la définition. Magnifique !

    Claire

  • Les envolés

    Etienne Kern

    4 février 1912. Le jour se lève à peine. Entourés d'une petite foule de badauds, deux reporters commencent à filmer. Là-haut, au premier étage de la tour Eiffel, un homme pose le pied sur la rambarde. Il veut essayer son invention, un parachute. On l'a prévenu : il n'a aucune chance. Acte d'amour ? Geste fou, désespéré ? Il a un rêve et nul ne pourra l'arrêter. Sa mort est l'une des premières qu'ait saisies une caméra.
    Hanté par les images de cette chute, Étienne Kern mêle à l'histoire vraie de Franz Reichelt, tailleur pour dames venu de Bohême, le souvenir de ses propres disparus.
    Du Paris joyeux de la Belle Époque à celui d'aujourd'hui, entre foi dans le progrès et tentation du désastre, ce premier roman au charme puissant questionne la part d'espoir que chacun porte en soi, et l'empreinte laissée par ceux qui se sont envolés.

    Un premier roman bouleversant

    Ce qui nous mène à la folie ou à l'exploit ? Qui le sait ? Etienne Kern nous bouleverse avec ce premier roman qui distille l'atmosphère d'une époque comme le mystère d'un homme. Car nous ne saurions saisir les clés d'un destin, soit que les hasards ou accidents ne les masquent, soit que le coeur ne les torde sans relâche. La raison ne décèle pas la vérité d'un homme, le roman le peut en images, en poésie, en sensibilité.  Etienne Kern le sait et nous livre des existences tourmentées, en un mot, des vies pleines, pleines de leurs espérances, de drames et de rêves. Il rend un hommage poignant à ces hommes et femmes qu'il désigne comme les "envolés" comme si résidait dans le souffle de l'air qui élève et balaie les vestiges de l'être, l'éternel de notre évanescence entre audace et tragédie.

    Claire

  • Après plusieurs années d'absence, un homme resurgit dans la vie de sa compagne et de leur jeune fils. Il les entraîne aux Roches, une vieille maison isolée dans la montagne où lui-même a grandi auprès d'un patriarche impitoyable. Entourés par une nature sauvage, la mère et le fils voient le père étendre son emprise sur eux et édicter les lois mystérieuses de leur nouvelle existence. Hanté par son passé, rongé par la jalousie, l'homme sombre lentement dans la folie. Bientôt, tout retour semble impossible.
    Après Règne animal, Jean-Baptiste Del Amo continue d'explorer le thème de la transmission de la violence d'une génération à une autre et de l'éternelle tragédie qui se noue entre les pères et les fils.

    Impitoyable

    Jean-Baptiste Del Amo plante son stylo dans la chair, le vent, les pluies, les tissus, les regards, les vapeurs d'essence, les fleurs sauvages....Jean-Baptiste Del Amo est un écrivain de la matérialité et d'une forme de bestialité car nous ne sommes jamais que des êtres vivants avant d'être des individus qui se croient rationnels ou sages ou "évolués", nous ne sommes jamais que des êtres conduits par on ne sait quoi à commettre occasionnellement ou systématiquement les pires choses. Non, les bons sentiments n'ont rien à faire ici et Jean-Baptiste Del Amo puise aux sources de notre humanité, là où vie, survie, puissance et frustration s'amalgament, l'origine d'une violence répétée comme un éternel retour. Un roman hypnotique

    Claire

  • « La honte est l'affect majeur de notre temps. On ne crie plus à l'injustice, à l'arbitraire, à l'inégalité. On hurle à la honte. » Frédéric Gros.

    On peut avoir honte du monde tel qu'il est, honte de ses propres richesses face à ceux qui n'ont rien, honte de la fortune des puissants lorsqu'elle devient indécente, honte de l'état d'une planète que l'humanité asphyxie, honte des comportements sexistes ou des relents racistes.
    Ce sentiment témoigne de notre responsabilité. Il n'est pas seulement tristesse et repli sur soi, il porte en lui de la colère, une énergie transformatrice. C'est pourquoi Marx proclame que la honte est révolutionnaire.
    Dans cet essai qui prolonge la réflexion de son livre Désobéir, Frédéric Gros, convoquant notamment Primo Levi et Annie Ernaux, Virgine Despentes et James Baldwin, explore les profondeurs d'un sentiment trop oublié de la philosophie morale et politique.

  • Allongée, les jambes écartées, une jeune femme observe le crâne dégarni du Dr Seligman en train de l'ausculter. Elle se lance dans un monologue absolument déjanté et lui parle de ses fantasmes, de ses obsessions, des détails de sa vie sexuelle ainsi que de son histoire familiale. Née en Allemagne, elle a fui ses parents pour s'installer à Londres où elle vit à présent, s'exprimant dans une langue qui n'est pas la sienne et se débattant avec un corps qui l'étouffe un peu plus chaque jour. Au décès de son grand-père, elle réalise qu'elle ne pourra échapper à son héritage et à la culpabilité d'avoir grandi dans une famille allemande après la Shoah. Exilée dans son corps, exilée au Royaume-Uni, elle décide alors de raconter sa transition et de conjurer le silence grâce au rire.
    Elle décrit au Dr Seligman sa fascination pour M. Shimada (un créateur japonais de sex-toys), ses séances avec Jason (son psy, aussi incompétent que désespéré lorsqu'il doit sagement écouter les obsessions hitlériennes de sa patiente) et bien sûr sa grande histoire d'amour avec K (un homme marié qui a bouleversé la vie de la jeune femme après leur rencontre dans des toilettes publiques...). Entre la découverte d'écureuils comestibles et l'art du sexe oral, entre une mère envahissante et le pyjama du Führer, elle se débarrasse des conventions pour caresser son rêve le plus fou : retrouver sa liberté - et s'offrir un sexe circoncis.
    Déjà culte dans de nombreux pays, Jewish cock est un roman explosif qui a été applaudi par la critique et les plus grands auteurs contemporains à sa sortie. Dans les pas de Thomas Bernhard, Katharina Volckmer explore la culpabilité allemande, la question du genre, l'asservissement de nos corps et le danger des tabous érigés en barrières morales. Un texte puissant qui annonce la naissance d'une écrivaine majeure.

  • Les confluents

    Anne-Lise Avril

    Liouba est une jeune journaliste qui parcourt le monde à la recherche de reportages sur le changement climatique. En Jordanie, elle croise la route de Talal, un photographe qui suit les populations réfugiées. Entre eux, une amitié se noue qui se transforme vite en attirance. D'année en année, le destin ne cessera de les ramener l'un vers l'autre, puis de les séparer, au gré de rencontres d'hommes et de femmes engagés pour la sauvegarde de la planète, et de passages par des théâtres de guerre où triomphe la barbarie. Liouba et Talal accepteront-ils de poser enfin leurs bagages dans un même lieu ?
    Ce premier roman, grave et mélancolique, a pour fil conducteur l'amour lancinant entre deux êtres que les enjeux du monde contemporain éloignent, déchirent et réunissent tour à tour. Avec cet éloge de la lenteur et du regard, Anne-Lise Avril donne à la nature une place de personnage à part entière, et au fragile équilibre des écosystèmes la valeur d'un trésor à reconquérir.

  • Un chaman de Sibérie trouve sous le permafrost la sépulture d'une reine datant de plus de dix mille ans. Stupéfaction : le corps momifié par les glaces a la peau noire. Décidé à utiliser sa découverte pour protéger un territoire menacé par l'exploitation gazière, le chaman contacte un ami scientifique français dans l'espoir qu'il mobilisera les écologistes du monde entier. Celui-ci monte une discrète expédition avec une docteure germano-japonaise et un ethnologue congolais. Deux mafieux qui tiennent à leurs projets industriels les attendent de pied ferme...
    On retrouve l'enthousiasme de Wilfried N'Sondé dans un roman d'aventures haletant qui parle d'écologie, d'harmonie avec le vivant, de partage entre les peuples et de communication entre mondes visible et invisible.

  • Ce n'est pas vraiment une ville, plutôt une sorte de village de pêcheurs aux maisons d'un étage, en bois peint de couleurs vives, nichées au creux d'un bras de mer qui s'enfonce comme une langue, à l'extrême nord de la Norvège. C'est là que tout commence, ou plutôt que tout semble finir. Ça a débuté avec l'accident sur la plateforme pétrolière, de l'autre côté du chenal. Ça continue avec cette fissure qui menace le glacier, ces poissons qu'on retrouve morts. Quel est le lien entre tous ces événements ? C'est en tant qu'ingénieur que Noah, enfant du pays, va revenir et recroiser la route de trois de ses anciens amis, comme au temps où il était le maître de leurs jeux de rôles, Sigurd, du nom de cette maudite plateforme.

  • Le 26 mai 1964, un enfant parisien sort de chez lui en courant. On retrouvera son corps le lendemain matin dans un bois de banlieue. Il s'appelait Luc. Il avait onze ans. L'affaire fait grand bruit car un corbeau qui se dit l'assassin et se fait appeler « l'Étrangleur » inonde les médias, les institutions et les parents de la victime de lettres odieuses où il donne des détails troublants sur la mort de l'enfant. Le 4 juillet, il est arrêté. C'est un jeune infirmier, Lucien Léger. Il avoue puis se rétracte un an plus tard. En 1966, il est condamné à la prison à perpétuité. Il restera incarcéré quarante et un ans, sans jamais cesser de clamer son innocence.
    Avec son style inimitable, Philippe Jaenada reprend minutieusement les éléments du dossier et révèle que, par intérêt, lâcheté, indifférence ou bêtise, tout le monde a failli, ou menti. Alors il se penche sur Solange, la femme de l'Étrangleur, seule et vibrante lumière dans la noirceur.
    À travers ce fait divers extraordinaire, il fait le portrait de la société française des années 60, ravagée par la deuxième guerre mondiale mais renaissante et, légère seulement en apparence, printemps trompeur de celle qui deviendra la nôtre.

  • 24 fois la vérité

    Raphaël Meltz

    Il y a Gabriel, un opérateur de cinéma qui a parcouru le vingtième siècle l'oeil rivé derrière sa caméra : de l'enterrement de Sarah Bernhardt au tournage du Mépris, du défilé de la paix de 1919 au 11 septembre 2001, il aura été le témoin muet d'un monde chaotique, et de certains de ses vertiges. Il y a Adrien, son petit-fils, qui est journaliste spécialisé dans les choses numériques qui envahissent désormais nos vies. Et il y a le roman qu'Adrien a décidé d'écrire sur son grand-père.

    En vingt-quatre chapitres, raconter une vie. Vingt-quatre chapitres comme les vingt-quatre images qui font chaque seconde d'un film. Vingt-quatre chapitres pour tenter de saisir la vérité : que reste-t-il de ce qui n'est plus là ? Que connaît-on de ce qu'on a vu sans le vivre ? Que faire, aujourd'hui, de tant d'images ?

    Du vrai, du sensible, du très beau !

    24 fois la vérité comme 24 points de vue qui jalonnent notre XXe siècle. Un homme et son grand-père nous questionnent sur notre rapport au temps, à l'absence, aux traces que nous laissons, ainsi qu'aux technologies, qui nous émerveillent autant qu'elles nous avilissent. Raphaël Meltz signe un texte d'une grande délicatesse, touchant, subtil et savamment mené. Avec toujours en ligne de mire cette injonction à être vrai et à prendre le temps de vivre, car... « La vie. Une fois encore. La vie. Rien que la vie ». Éblouissant !

    Laura

  • Eriophora

    Peter Watts

    Ils sont trente mille.
    Ils voyagent depuis soixante millions d'années.
    Leur mission : déverrouiller la porte des étoiles...
    Avez-vous jamais pensé à eux ?
    Aux Progéniteurs, aux Précurseurs - qu'importe le nom que vous leur avez choisi cette semaine -, ces dieux anciens disparus qui ont laissé derrière eux leurs portails et leurs autoroutes galactiques pour votre plaisir ? Avez-vous jamais cessé de vous demander ce qu'ils ont vécu ?
    Pas d'hyperespace de seconde main pour eux. Pas d'épaules de géant sur lesquelles se dresser. Ils rampent à travers la galaxie, pareils à des fourmis, en sommeil pendant des millénaires, se réveillant juste assez longtemps pour lancer un chantier d'un système solaire à l'autre. Ils vivent au fil d'instants répartis le long des millions d'années, au service d'ancêtres morts depuis une éternité, pour des descendants n'ayant plus rien de commun avec eux. À vrai dire, ce ne sont pas des dieux mais des ouvriers, des hommes des cavernes vivant dans des astéroïdes évidés, lancés dans une mission sans fin pour étendre un empire posthumain qui ne répond même plus à leurs appels...

  • Un space opera coup-de-poing situé dans un futur lointain, celui du Système Mercantile, où le racisme, la guerre, l'esclavagisme et la corruption n'ont pas pris fin, bien au contraire.
    Quand elle avait huit ans, Andrea Cort a été témoin d'un génocide. Pire, après avoir vu ses parents massacrés, elle a rendu coup pour coup. En punition de ses crimes, elle est devenue la propriété perpétuelle du Corps diplomatique. Où, les années passant, elle a embrassé la carrière d'avocate, puis d'enquêtrice pour le bureau du procureur.

    Envoyée dans un habitat artificiel aussi inhospitalier qu'isolé, où deux meurtres viennent d'être commis, la jeune femme doit résoudre l'affaire sans créer d'incident diplomatique avec les intelligences artificielles propriétaires des lieux. Pour ses supérieurs, peu importe quel coupable sera désigné.

    Mais les leçons qu'Andrea a apprises enfant ont forgé l'adulte qu'elle est devenue : une femme pour le moins inflexible, qui ne vit que pour une chose, « combattre les monstres ».

  • Les Indifférents sont une énigme. Nichés dans le bulbe galactique central, ils refusent tout contact avec la méta-civilisation de l'Amalgame et ses milliers de cultures extraterrestres ou posthumaines. Les messages qui leur sont adressés demeurent sans réponse, les sondes ignorées, réexpédiées. Un mystère que Leila et Jasim, comme bien d'autres avant eux, font voeu de percer, une entreprise grandiose, le point d'orgue d'une existence tissée de merveilles. Alors seulement, après dix mille trois cent neuf années de vie commune, leur restera le dernier des partages, l'ultime voyage - enfin.

  • Une novella où nous retrouvons cette Égypte émancipée du début du XXe siècle, où les hommes côtoient la magie et les djinns, qui est aussi le théâtre de L'Étrange Affaire du djinn du Caire (paru en avril 2021).
    Qui dit nouvelle histoire, dit nouvelle enquête et nouveaux agents du ministère de l'Alchimie, des Enchantements et des Entités surnaturelles. L'agent Hamed Nasr et son partenaire fraîchement sorti de l'académie, l'agent Onsi Youssef, sont chargés d'un banal cas d'apparitions. Pas d'une maison hantée cette fois-ci, mais d'un tramway...
    Et la créature, qui prend tantôt les traits d'une fillette innocente, tantôt ceux d'une monstrueuse harpie, leur tient tête. Aux prises avec les luttes de pouvoir administratives, les batailles de financements et le manque de budget, Hamed et Onsi vont recevoir une aide insoupçonnée :
    Celle d'une étrange serveuse nubienne dénommée Abla (répondant aussi au doux nom de Siti...), mais aussi d'une cheikha assistée d'une automate hors du commun, ainsi que d'une vieille marchande de poupées, qui leur apprendront chacune à dépasser leurs préjugés et leur montreront que la clef de leur enquête se trouve dans les légendes et la magie populaires.
    Dans son récit, Clark s'appuie sur la culture égyptienne et sur la dualité réelle qui existe entre ville et campagne, entre tradition et modernité encore aujourd'hui. Hamed et Onsi en sont d'ailleurs les incarnations, l'un représentant plutôt la tradition, l'expérience, un certain archaïsme de pensée, malgré une volonté d'évolution, et l'autre illustrant la fougue un peu naïve d'une jeunesse lettrée.
    Grâce à des personnages féminins forts et à un arrièreplan de revendication sociale et politique avec la lutte des suffragettes, l'auteur interroge sur la place de la femme et sur sa représentation mentale dans la société. Il remet en question - ouvertement quoique avec finesse - un patriarcat finalement mis en échec. La solution vient des femmes et de leur savoir - de leur magie ? - qu'on aurait tort de négliger.

    Allez hop ! Tout le monde au Caire pour les vacances !

    Après Les tambours du dieu noir, retrouvez de nouveaux enquêteurs du ministère de l’alchimie, des enchantements et des entités surnaturelles pour une nouvelle affaire bizarre autant qu’étrange. Et c’est reparti pour une plongée pleine d’action dans un Caire teinté de steampunk et de magie où les esprits ont décidé de ne pas se tenir tranquilles. Aussi immersif que Les tambours, Le mystère du tramway se dévore avec autant de plaisir et finit de nous convaincre que P. Djéli Clark est non seulement un excellent conteur mais également un véritable créateur de personnages. Un auteur complet, donc. Et un auteur à suivre surtout ! Allez hop ! Tout le monde au Caire pour les vacances !

    Alexandra

  • Le temps gelé

    Mikhail Tarkovski

    • Verdier
    • 8 Mars 2018

    Le Temps gelé est un ensemble de récits évoquant les rives de l'Ienisseï, dans la région de Krasnoïarsk, où depuis trente ans Mikhaïl Tarkovski s'est installé comme chasseur- trappeur.
    Après avoir longtemps vécu isolé, il habite main- tenant le petit village de Bakhta avec sa famille.
    Ses récits retracent des histoires de chasseurs, de pêcheurs, de villageois, de gens simples, d'ani- maux, de rivières, toute une vie qu'il connaît bien, qu'il dépeint avec amour et humilité.
    Il dresse avec un lyrisme discret un portrait inégalé du coeur de la Sibérie et de ses habi- tants, aussi bien Russes qu'appartenant à divers peuples autochtones. Il nous fait partager sa connaissance concrète et profonde de la forêt où les conditions de vie sont particulièrement diffi- ciles, racontant avec le même bonheur d'écri- ture la construction d'une cabane, la chasse à la zibeline, les rêveries amoureuses du trappeur durant les mois solitaires de chasse, les retours difficiles à la ville ou les fêtes au village - pour le lecteur, toute la taïga en partage, un long séjour en Sibérie.
    Son écriture fine et élégante, précise, sait nous faire sentir son goût pour une existence dont nous savons peu de chose, une réalité où chacun est responsable de sa vie à chaque instant - les grands froids ne pardonnent pas -, et où l'homme se construit un monde à sa mesure.
    Pour Mikhaïl Tarkovski, écrire est avant tout un acte de générosité et d'initiation.

    Pénétrez dans l'âme sibérienne

    Dans la famille "plus russe que russe", vous avez Le temps gelé de M.Tarkovski. En quelques chapitres vous entrerez dans l'âme sibérienne comme on se love dans un manteau de zibeline, vous pénétrerez la poésie brute de ces habitants de l'immensité. Elles et ils s'appellent Nikolaï, Tania, Petrovitch, Nadia... Dehors le vent mord, les eaux du fleuve Ienisseï montent et on irait bien boire une petite vodka auprès de leur poêle...

    Camille

  • Le roman de Jim

    Pierric Bailly

    À vingt-cinq ans, après une séparation non souhaitée et un séjour en prison, Aymeric, le narrateur, essaie de reprendre contact avec le monde extérieur. À l'occasion d'un concert, il retrouve Florence avec qui il a travaillé quelques années plus tôt. Florence est plus âgée, elle a maintenant quarante ans.
    Elle est enceinte de six mois et célibataire.
    Jim va naître. Aymeric assiste à la naissance de l'enfant, et durant les premières années de sa vie, il s'investit auprès de lui comme s'il était son père. D'ailleurs, Jim lui-même pense être le fils d'Aymeric.
    Ils vivent tous les trois dans un climat harmonieux, en pleine nature, entre vastes combes et forêts d'épicéas.
    Jusqu'au jour où Christophe, le père biologique du garçon, réapparaît.
    La relation entre Aymeric et Jim, l'enfant de Florence, est le coeur de l'intrigue. C'est un roman sur la paternité. Aymeric sera séparé de Jim. Il va souffrir d'un arrachement face auquel il ne peut rien.
    Mais se donne-t-il vraiment les moyens de s'en sortir ? Aymeric multiplie les contrats précaires dans la grande distribution, les usines de plasturgie ou la restauration rapide. Plus tard, il est même photographe de mariage. Une grande partie de l'histoire se déroule à Lyon. Jusqu'au bout, Aymeric reste obsédé par cet enfant qu'il a vu naître et grandir, et qui lui a été enlevé, avec lequel il ne sait pas toujours observer la bonne distance, ni occuper la bonne place.

    Un roman qui vise le coeur

    “C’est l’histoire d’un mec.” Un mec banal et terriblement attachant. Aymeric. Jour après jour, il se laisse porter par le courant. Des plans, des galères, des histoires, des moments heureux, d’autres moins. La vie.  Et puis… arrive Jim. Une tempête d’affection, un tendre chamboulement. Et ce gosse va changer sa vie, lui donner une vibration toute particulière.  Soyons honnêtes, ce livre ne vous épargnera pas. Avec sa langue dépouillée, désarmante, il vise le cœur, et devant cette sincérité crue qui sonne incroyablement juste, nous voilà bouleversé.es.  Un bijou à l’accent du jura !

    Camille

  • «Ces lieux façonnent des gens un peu verticaux, austères et tenaces... C'est un fond dont je ne me suis jamais départie, et le travail d'écriture, depuis plus de vingt ans, m'y confronte constamment [...] ; ce nord du Cantal, ce pays perdu à mille mètres d'altitude, est fondateur ; et le sauvage n'est jamais loin ; il palpite sous l'écorce des choses».

    Marie-Hélène Lafon a grandi dans une ferme isolée du Cantal, au coeur de la vallée de la Santoire, et ses livres s'en souviennent. À travers ces conversations, elle nous invite dans son pays perdu, ces terres volcaniques de moyenne montagne où la sauvagine, toujours proche, palpite sous l'écorce des choses. Voyage au coeur d'un monde intense, aux sources de la beauté.

    Marie-Hélène Lafon toujours et encore !

    Récompensée par le prestigieux prix Renaudot en 2020, Marie-Hélène Lafon confirme la place salutaire et singulière qu’elle occupe dans le paysage littéraire français. Ce court livret est une porte d’entrée par le territoire dans son oeuvre. Une invitation à remonter à la source de sa langue, à se perdre dans les herbages nus du Cantal. Avec sa manière simple et précise de parler de choses complexes, M-H Lafon permet de comprendre ce que la topographie, le lieu des origines, insufflent à la phrase, ce que les hauts plateaux impriment à la page… Encore une bonne raison d’admirer éperdument cette autrice !

    Camille

  • « Une bonne histoire, aujourd'hui encore, c'est souvent l'histoire d'un mec qui fait des trucs. Et si ça peut être un peu violent, si ça peut inclure de la viande, une carabine et des lances, c'est mieux... » Mais quelle place accorde-t-on dans ces histoires aux personnages féminins et à la représentation de leur corps ? Alice Zeniter déconstruit le modèle du héros et révèle la manière dont on façonne les grands récits depuis l'Antiquité. De la littérature au discours politique, elle nous raconte avec humour et lucidité les rouages de la fabrique des histoires et le pouvoir de la fiction.

    Une bombe intellectuelle à faire frétiller vos neurones de bonheur !

    Saviez-vous qu’un essai de théorie littéraire pouvait être à la fois brillant et drôle, léger et profond, ludique et savant… ? Il n’y a qu’ Alice Zeniter pour réussir ce tour de force !  Que nous dit la fiction ? Quels sont les grands récits qui structurent nos visions du monde ? Et si nous changions les fictions qui nous entourent, quel serait notre monde ? Oui, c’est vertigineux. Et pourtant, tout dans cet essai est limpide et plein d’espoir. En bref : Aristote + Ursula Le Guin + Frédéric Lordon + Baptiste Morizot… passés au mixeur d’Alice Zeniter = une bombe intellectuelle à faire frétiller vos neurones de bonheur !  

    Alexandra et Camille

  • Monsieur Ka, Monsieur Ron et Monsieur Petit s'ennuient. Ils trainent leurs rêves de jour en jour, sans trop y croire. Une nuit, leur errance les rassemble dans le bar d'une ville minuscule. C'est le moment que vont choisir les trois hommes, dans une montée d'ivresse, de frustration et de rage, pour basculer dans une folie barbare.

    Inspiré d'un simple fait divers, Ritournelle est un livre sur la banalité de la violence, l'histoire d'un procès qui se transforme en théâtre des hommes perdus. Dimitri Rouchon-Borie livre ici une vision de l'espèce humaine clinique, sans lyrisme, où le tragique vire à l'absurde.


    L'illustration de couverture a été réalisée par Delphine Rivals.

    Fort et nécessaire

    Tout comme avec le Démon de la colline aux loups, c’est à travers le spectre de la fiction que Dimitri Rouchon-Borie continue d’explorer l’absurdité du mal et la violence banalisée. Basé sur un fait divers, tel qu’il en existe des milliers, Ritournelle nous emmène sur les bancs d’une cour d’assises, écouter l’interrogatoire des accusés, des témoins, des experts. On accède à l’envers du décor, aux reconstitutions imaginées par le narrateur/chroniqueur judiciaire afin de comprendre l’horreur des faits et les motivations de ces hommes qui basculent au cœur des ténèbres. C’est fort, c’est brut, c’est violent. Une plongée dans la violence ordinaire de notre époque qui prouve encore une fois la nécessité de la littérature pour comprendre notre monde.

    Laura

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